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Opinion thomiste sur le principe d'individuation

Cette doctrine peut se ramener à deux assertions principales :

A. — Dans les substances corporelles, le principe d'individuation est la matière avec des dimensions déterminées « signala quantitate ». — L'argument fondamental est celui-ci. Les substances corporelles sont toujours composées de matière et de forme. Or, comme l'établit la Cosmologie, le principe spécifique des objets matériels est la forme. Il reste donc que leur individuation vienne de la matière. D'autre part, la matière n'est pas individuée par elle-même ; il faut donc dans le cas présent recourir à la matière déterminée par la (]uantité. — L'expérience semblerait confirmer cette thèse : la multiplication des êtres matériels s'opère par division de la matière : c'est ce qui a lieu pour les pierres, les vers, etc. Or, ce qui préside à la multiplication numérique des objets, c'est aussi ce qui sert de base à leur individuation.

B. — Les substances spirituelles ont pour principe d individuation leurs formes respectives, en tant qu'elles sont spécifiquement différentes. — On le démontre par un raisonnement opposé à celui de la thèse précédente. Les anges, en effet, sont uniquement constitués par une forme spirituelle ; c'est donc à un même principe qu'ils doivent leur spécification et leur individuation. Mais alors la diversité des individus doit tenir à celle des espèces, et S. Thomas conclut, que les espèces d'anges

TROISIKME PARTIE, LES CATi(:GORIES DE l'AtRE 321

sf tniuvant par là même nussi nombreuses que les anges eux-mêmes, « il est impossible qu'il y ail doux anges de même espèce ».

Voilà bien toute la pensée de S. Thomas : la matière est individuel' par la quantité, la forme par la matière, l'àme après la mort par son aptitude à être réunie à son corps, l'ange par son espèce, Dieu par iiii-Mièmc.

ARTICLE V

S/iôsiskince de la substanci'.

110. Nature de cette subsistance. — La subsliuicc coniplète, suppôt ou personne, n'est pas seulement individuelle, elle subsiste. (Jii'est-ce donc qne la subsistance '?

A. — On la définit : fa perfection dernière, en vertu de laquelle une nature, déjà complète et individuelle (n. 105-109), devient un sujet autonome, c.-à.-d., qui n'est l'instrument ({aucun autre et s'appartient. On peut la considérer d'une manière concrète ou abstraite : dans le premier cas, c'est la même chose que la sul)stance parfaitement subsistante, c'està-dire un suppôt ou une personne. Dans le second, c'est la qualité même et la perfection ultime de cette nature, raisonnable ou non, qui produit l'état de suppôt ou de personne.

B. — La substance douée d'une subsistance propre, jouit d'une triple propriété.

1" Elle atteint son dernier degré de développement, et sa suprême perfection, comme substance. Ce n'est plus une simple nature, c'est-à-dire im principe par le moyen duquel s'accomplissent les opérations ; elle joue le rôle de sujet qui opère lui-même : elle est donc, comme on dit, « tout entière en elle-même et éminemment par elle-même ».

2" Elle e.viste pour elle-même, et non en vue d'une autre substance qui doit se l'unir et la posséder. Cette union ne parait pas cependant irréalisable d'une façon préternatnrelle pour une substance individuelle et complète, mais ])rivée de subsistance ; c'est ainsi que, suivant l'enseignement de la foi, l'humanité du Christ a pu être unie au Verbe divin.

3° Elle agit par elle-même. Voilà pourquoi l'on attribue à un homme toutes les actions, soit de son corps soit de son âme, comme la marche, la sensation et la pensée.

C — En conséquence : 1" Les actions sont le fait des sup-

pots et des personnes. L'action, comme l'efTet. doit être rapportée au principe premier d'où elle dérive ; or la personne est précisément ce principe premier d'action. C'est pour cette raison que tous les actes spirituels et matériels du Christ sont attrihualîles à la personne du Verbe.

2° Les actions participent à la dignité ou à la bassesse de la personne. L'action s'empreint, en effet, de l'honorabilité de son auteur, c'est-à-dire de sa dignité. Si donc la personne est divine, comme celle du Christ, les actions se trouvent être divines et infiniment méritoires.

3" Les qualifications sont personnel/es. Les qualités, comme les actions, sont pareillement attribuables à Têtre subsistant. C'est ainsi qu'on dit : Pierre est blanc. Je suis sage, etc.

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