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TROISIÈME PARTIE, LES CATÉGORIES DE l'ÈTRE 3'it

sont plus réellement et nunu'i'iqupment les mêmes qu'auparavant : elles ne seraient plus (|ue de simples apparences.

2. Opinions. — La « séparabilité » de la (|uantité et de la subslance est une question nécessairement liée à celle de la distinelion entre les accidents et leur sujet'd'inhérence. Si l'on rejette avec les (Cartésiens, les Eclectiques, les Rationalistes et beaucoup d'autres encore, la distinction de la sul)slanc(î et des accidents, on rejette, à plus forte raison, leur séparabilité. Mais les thé(dogi(Mis et la presque totalité des pbilosophes scolastiques regardent cette oj)inion moderne comme téméraire et erronée, surtout lorsqu'on l'étend aux espèces eucharistiques ; et ils formulent leur théorie sur la possibilité d'une séparation entre les accidents et la substance en quatre propositions :

1° L'accident modal ne peut exister isolé ; « bien que le mode se distingue réellement de l'objet modifié, il ne peut cependant subsister sans celui-ci ; le mode, en effet, est une sorte de forme de la chose qu'il affecte, et l'on ne concevrait pas qu'il conservAt sa ([ualité de mode, sans modifier vérltabh^nent son objet ».

'1° Aucun accident, même absolu, ne peut être naturellement séparé de la substance ; ses « aptitudes » essentielles réclament pour lui-même un sujet d'inhérence, auquel il emprunte son individuation et son existence.

ii" Mais il suffira d'un acte de la Toute-Puissance de Dieu pour séparer de la substance la quantité, qui est une entité réelle, et pour lui conserver ainsi l'existence sans aucun sujet d'inhérence.

4° Après la séparation, la quantité joue relativement aux autres accidents, le rôle de « quasi-substance », et dans la Sainte Euchai-istie, elle sei-i de subslratum à la saveur, à la figure, à la couleur et aux autres propriétés du pain et du vin.

Tni;sK 120- La quantité, et par son intermédiaire tous les autres accidents, peuvent:,^ en vertu de la puissance infinie de Dieu, demeurer séparés de la substance. L — Argument négatif. — Dieu peut accomplir tout ce qui n'est pas intrinsèquement contradictoire ; or la « séparabilité » de la quantité et de la substance n'enveloppe aucune contradiction ; Dieu peut donc effectuer leur séparation.

Preuve de la mineure. — Si cette séparation enveloppait contradiction, elle viendrait ou de l'identité de l'accident et de la substance, ou du caractère essentiel de leur union, ou enfin (le ce que la substance serait la seule cause capable de donner l'existence à la quantité. Mais aucune de ces hypothèses n'est légitime. — Et d'abord, il y a, on l'a vu, une distinction réelle entre l'accident et la substance (n. 119) : on ne saurait donc les considérer comme une seule et même chose. — D'autre part, l'union actuelle avec la substance n'est pas essentielle à l'accident : il lui suffit de l'aptitude ou de la puissance à cette union, puisque tout objet créé peut être indifléremment en acte ou en puissance sans que sa nature s'en trouve altérée. Enfin, si la causalité de la substance est capable de produire les accidents, pourquoi la cause première, qui est infinie, ne pourraitelle les produire directement et les soutenir dans l'existence?

Il faut donc conclure que la séparabilité de l'accident et de la substance n'implique pas contradition.

II. — Argument '[tositif. — Si l'on excepte les effets formels et les effets purement modaux, Dieu, cause première, peut conserver tous les effets des causes secondes, sans se servir de ces causes, car la cause première a par elle-même une efficacité souveraine. Or l'accident absolu est à la substance ce que l'effet est à la cause seconde, tant efficiente que matérielle (n. 00) ; la substance, en effet, pi'oduit les accidents qui lui sont propres et peut recevoir en elle-même tous les autres. Dieu peut donc, conserver l'être à un accident sans le secours d'aucune substance, en suppléant sa causalité efficiente ou matérielle à l'égard de ses accidents.

C'est ce que dit fort bien S. Thomas: « L'effet dépend de la cause liremiére d'une façon plus étroite que de la cause seconde. Dieu qui est cause première des substances et des accidents, trouve donc dans sa puissance infinie le moyen de perpétuer l'existence d'un accident, sans recourir à la substance qui le conservait précédemment dans Tr-tro. après le lui avoir communiqué. » — .\illeurs, le Saint Docteur s'exprime d'une manière plus explicite encore : « La cause première a plus d'influence sur l'effet de la cause seconde, que cette cause seconde ellemême. Aussi lorsque la cause seconde cesse d'agir sur son effet, celuici peut continuer à subir l'action de la cause première. 11 n'est donc pas douteux que Dieu puisse maintenir l'existence d'un accident sans son sujet. » (I Sent., d. xvii, q. 2, a. 1 ; — Sum. Theol., 1, q. 77, a. 0.)

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121. Objections de Descartes et des modernes. — Apres avoir laissé de cûto les propos injurioux, c'est à peine si l'on trouve dans la philosophie contemporaine une ou deux objections contre la théorie scolaslique. A l'exemple des amiens adversaires de S. Thomas, les Cartésiens raisonnent comme il suit : Dieu ne peut agir d'une manière ahsurde ; or il est absurde qu'un accident soit sans sujet.

fii'p, — Je conc. la maj. cl Je dist. la min. : qu'il soit absurde que des accidents se soutiennent sans sujet, au sens admis par les Cartésiens, ,s'0i7 ; mais au sens admis par les Thomistes, cette affirmation nécessite une nouvelle distinction : si l'on considère le cours ordinaire de la nature, il est vrai que l'existence d'un accident sans sujet est une absurdité ; mais si celte anomalie est un effet de la puissance de Dieu, l'absurdité cesse. — Les Cartésiens ont à nos yeux un double tort. Us négligent de distinguer l'accident absolu de l'accident modal ; et même ils vont jusqu'à les confondre l'un et l'autre avec la substance. Mais aucun scolastique ne présente la rotondité de la terre comme un accident absolu ; aucun n'enseigne que le mode d'une chose soit séparable de cette chose.

Inst. I . — Un accident .sans sujet ne pourrait plus porter ce nom. puisqu'il ne serait plus inhérent à une substance. L'accident séparé est donc une substance ou il n'est rien.

Rép. —Je nie tant.,cn.Y l'accident, bien que séparé actuellement de la substance, lui reste uni par aptitude. Or l'accident est une réalité à la nature de laquelle « il convient seulement d'exister en un sujet ». — Leibnitz le reconnaît, lorsqu'il dit : « Les réalités véritablement distinctes peuvent être séparées par un acte de la toute-puissance divine... celleci peut faire persévérer les dimensions malgré la disparition de l'objet ou de l'essence. . . Dieu tient à sa disposition l'existence et l'union delà substance avec les accidents réels. » {Syst. théoL, n. 49.)

Inst. II. — Dieu ne peut séparer la pensée de l'esprit pensant ; il ne peut donc séparer la quantité de son sujet.

Rép. — Je nie la parité des deux cas. La pensée est un acte vital et immanent dont toute la raison d'être consiste à procurer la perfection de l'àme pensante ; supprimer l'àme, c'est donc enlever toute raison d'être à la pensée. La quantité extensive, au contraire, n'a rien de vital ; elle ne perfectionne pas seulement son sujet, mais elle agit sur les corps environnants, tels que l'air, la lumière et les sens. Donc, suppression faite de la substance, la permanence de l'étendue conserve encore une raison d'être, si tel est le bon plaisir de Dieu.

ARTICLE II

Les Accidents en particulier.

De ce qui précède (n. 115), il faut conclure à l'existence de

neuf accidents. Nous ne consacrerons cependant à leur étude que sept paragraphes, car il y a peu de chose à dire de la situation et de ïhabit, et luie commune explication s'impose pour r action et la passion.

i; I. ~ La Quantité K

122. Nature de la quantité en général. —A. — Au sens c/i/mologique, la quantité est ce ijui répoml aux deux questions : quelle est la o-randeur de tel objet ? combien y a-t-il d'objets ? C'est donc elle qui fait les dimensions ou le nombre des choses.

H. — En elle-même, la quantité en général est ce qui est composé de parties ou divisible en parties de même espèce. Si ces parties, avant la division, sont indistinctes, en sorte que la lin de l'une soit le commencement de l'autre, on a la quantité continue, comme dans une surface ; si elles sont déjà distinctes, on a la quantité discrète ou le nombre : dix hommes.

1° On la définit : ce qui est divisible, car la divisibilité est au moins la propriété la plus frappante des objets étendus ou nombreux, et comme telle suffit à les désigner.

2'' Elle est divisible en parties de même espèce, qui, après leur séparation, conservent toute l'essence de l'objet qu'elles constituaient ; aussi ces fractions demeurent-elles toujours étendues et divisibles. Telle est la division d'une goutte d'eau en deux gouttes plus petites. Sa division en hydrogène et oxygène ne nous indiquerait pas sa quantité, mais sa nature.

3° La quantité subsiste, même si elle n'est susceptible que d'une division idéale : ainsi l'atome, quoique insécable, n'en est pas moins un objet étendu. C'est en ce sens large, que le mouvement, le temps, la ligne, la surface, sont mesurables par la quantité.

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