‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 173 sur 291 · I. L'Action · texte numérisé non relu

I. L'Action

131. Nature de l'action. — A. — Il suffit d'analyser une action quelconque, la caléfaction de l'eau, par exemple, pour découvrir en elle les sept éléments suivants :

\. Vi' agent ou le principe actif, par ex., le feu. 2. — La puissance active ou l'énergie grâce à laquelle l'agent exécute son opération, par ex., l'énergie calorifique. 3. — \J action ou l'exercice même de cette force, c'est-à-dire la caléfaction. 4. — f^a passion ou la réception de l'action dans le terme passif de la caléfaction. 5. — h^x, puissance passive ou capacité de subir l'action de l'agent. 6. — he^ patient, par ex., l'eau soumise à l'influence de la chaleur. 7. — Enfin Veffet ou le résultat produit, c'est-à-dire le nouvel état calorifique de l'eau, qui persévère plus ou moins longtemps après le phénomène de passion.

B. — Cette énumération, qui parait subtile, a son importance tout d'abord au point de vue de la définition de l'action :

TROIStKME PARTIE, LES CATÉGORIES DE l'ÈTRE 343

a) L';u'tion est tcxercice même de la puissance aclice. Do même que la puissance, par laquelle la substance se trouve disposée à produire un acte, tient pour ainsi dire le milieu entre la substance et l'action, ainsi l'action se trouve être un intermédiaire entre la puissance et l'effet produit.

b) On la définit encore dans les ci'éatures : un accident en vertu duquel la substance produit un effet. Mais cette définition n'est exacte ([u'au point de vue des créatures. Celles-ci sont .seules capables d'action accidentelle. En Dieu, tout est substantiel, et aucun intermédiaire n'est concevable entre s;i puissance et l'efTet de cette puissance.

6") Elle est aussi tacte second de la puissance active ; l'acte premier de la puissance consiste dans l'existence. L'action est son acte second.

132. Principales espèces d'actions. — h Au point de Mje de la durée, on distingue les actions instantanées, qui s'accomplissent en un moment, comme la création de l'univers par Dieu (Cosmol., n. 23); et les actions successives, ([ui exigent plus d'un instant : telle est la caléfaction de l'eau.

2" Au point de vue de l'effet produit, l'action a pour terme ou un objet qui n'existait pas, et on est alors en présence d'une création ; ou bien un objet préexistant en puissance, afin de le faire passer à l'acte, et, en ce cas, elle prend le nom générique de production. A son tour, la production peut avoir pour terme une nouvelle substance, par ex., la cendre qui provient de la combustion du bois : on l'appelle, en cette hypothèse, génération. Parfois, au contraire, elle n'aboutit qu'à la production d'un accident, comme est le changement de couleui- : on la désigne alors sous le nom d'altération.

3° Si l'on considère le substratiim de l'effet produit, on est amené à distinguer l'action immanente et l'action transitive. L'action immanente est celle dont l'effet se produit dans l'agent lui-même. Principe et terme de l'action se trouvent alors réunis en un même sujet. Ainsi, la contemplation est dite immanente, parce qu'elle parfait le sujet qui contemple en dfmieurant en lui. Lorsque l'effet se fait sentir au dehors de la cause, en sorte qu'il n'y a point identité du sujet et du terme de l'action, celle-ci se nomme transitiv*^ ; telle est, par ex., la

caléfaction de l'eau ; ici l'effet tire son principe du feu et se manifeste dans l'eau.

4" Enfin, au point de vue de la présence du terme sur lequel agit l'agent, on distingue \ action à distance et l'action jxir contact. Mais ce contact peut être de deux sortes : ou bien la substance de l'agent est en contact immédiat avec le patient, ou bien ce contact est médiat, et alors la vertu de l'agent parvient jusqu'au patient au moyen d'un intermédiaire. C'est ainsi que le feu chauffe directement le vase, et ne touche le liquide contenu que d'une manière médiate. Que si l'action se produisait sur un objet absent, sans aucun contact ni immé diat ni médint, on aurait une action à distance.

133. Impossibilité de l'action à distance '. — Suivant la plupart des dynamistes, les monades simples, qui constituent les corps, sont séparées les unes des autres par des intervalles absolument vides. Chacune agit par attraction et répulsion sur la voisine saiis gu'auctm intermédiaire serve au transport de cette action. Cette doctrine est également soutenue par un grand nombre d'atomistos. JMais elle est fausse.

TriÈSR // riy a et il ne peut y avoir aucune action à dislance.

I. // n'y en a pas. — La Physique enseigne que l'attraction et la répulsion entre deux points matériels sont en raison inverse du carré de la distance qui les sépare ; or l'action à distance est incompatible avec une telle loi : car, si aucun intermédiaire entre deux points n'occasionne une déperdition d'énergie, celle-ci devrait se manifester, avec la même intensité à son entrée dans le patient qu'à sa sortie de l'agent. L'action à distance est donc en contradiction avec les lois de la physique.

IL // ne peut y en avoir. — Nos adversaires se trouvent en présence d'un dilemme. Si l'on admet l'action à distance, il faut admettre qu'une créature peut agir là où elle n'est pas ; ou prétendre qu'elle se trouve présente à distance, c.-à-d., en un endroit dont elle est éloignée. Or chacune de ces alternatives est en désaccord manifeste avec la raison, car on ne peut séparer l'action de son agent, ni l'agent du lieu qui le circonscrit.

Pour certains, l'action serait une émission des accidents hors de l'agent à Uavcrs le vide : d'autres supposent (jue l'agent exerce son influence sur

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