‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 176 sur 291 · II. La Passion · texte numérisé non relu

II. La Passion

135. Nature de la passion. — A. — D'après ce qui piï'- (■èd('(n. 131), la passion est l'opposé de raotion et se définit: la féceptiun de l'action par la puissance passive ; — t exercice (le la puissance passive, — ou enfin l'acte second de la puissance passive. — Puissance passive, disons-nous, car « bien que, par rapport à l'ageut, le patient ne soit que le terme de l'action, celui-ci n'en est pas moins dans la nécessité de posséder une aptitude, une disposition à une sorte de coopération passive qui le rende capable de recevoir tel ou tel effet ; aussi le patient reçoit-il le nom de cn-pi-incipe ou de cause passive ».

B. — Le mot passion s'emploie donc en Ontologie dans un sens très large. Un être y est qualifié de patient, dès lors qu'il reçoit la modification qu'il était en puissance de subir.

Cette signification ontologir/ue du mot passion ne doit pas être confondue avec trois autres acceptions vulgaires du même terme.

a) A proprement parler, on n'entend pas par passion la réception de n'importe quelle action. Ce terme désigne ordinairement l'influence d'une opération nuisible au patient, « telle que la maladie ou la tristesse » ; c'est alors, dit-on, que la nature pâlit.

b) Avec moins cT exactitude, on emploie le mot passion pour exprimer une vive émotion psychologique de caractère sensible, comme sont par exemple : l'amour, la crainte.

c) Enfin l'usage de ce mot est étendu a la désignation des (jualités appartenant à la troisième espèce (n. 127). Telle la pâleur occasionnée par la crainte.

136. Distinction de la passion et de l'action. Tiii:HK L'action et la passion sont deux accidents réellement distincts de la substance et des autres accidents ; mais il n'y a entre eux qu une distinction modale.

L L'action et la passion sont réellement distincts de la substance. — La substance est concevable sans action ni paxsion, et peut exister sans ces accidents : il y a donc entre elle et ceux-ci une distinction réelle ' (n. 54). 1. Fafges, Théorie fondam,, ch. xi, en eniier.

II. L'action et la passion diffèrent des autres accidents. — Les autres accidents relatifs ont trait soit à la substance entière, comme la relation proprement dite, soit au lieu, comme l'espace, etc., mais aucun, en dehors de l'action et de la passion, n'a trait à la puissance d'agir et de pàtir.

III. L'action et la passion présentent entre elles une différence modale. — Elles sont distinctes, au moins dans les actions transitives : autre chose, en effet, est la production, autre chose est la réception. Point d'identification possible, entre l'action de chauffer et l'état du corps qui subit l'influence de la chaleur. — Il n'y a toutefois ici qu'une distinction modale ; l'action et la passion, comme on le dira plus loin (n. 138, IV), ne sont que les deux modes ou les deux termes d'une seule et même action, que l'on considère tantôt comme produite, tantôt comme reçue, suivant que l'on a en vue le terme d'oïl part l'action ou bien celui oii aboutit cette action.

Action et passion sont donc deux prédicaments distincts (u. I Ki). Et il ne faut pas s'en étonner : car, bien que l'action produite et celle qui est reçue ne forment qu'une même action, autre chose est donner, autre chose recevoir. III. Le Mouvement '.

137. Nature et existence du mouvement. — En général, le mouvement est le « passage de la puissance à l'acte », soit dans l'action, soit dans la passion.

A. — A prendre le mouvement au sens concret, ce mot peut avoir une quadruple signification.

1 . En un sens très large, ce terme désigne un changement ou une action, quelle qu'elle soit, alors même que le passage de la puissance à l'acte s'y ferait d'une façon instantanée : ainsi « les actes de l'intelligence, de la volonté et de la sensibilité sont des mouvements ».

2. En un ^ens large, ce mot peut signifier une action suc^ cessive, dont on dit pour cette raison qu'elle se résout en mouvement. Tels sont le temps, la parole : en ce sens, le mouvement diffère du changement, qui comprend aussi les actions instantanées, comme l'annihilation, la création.

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