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III. Origine du nouveau mouvement

Le mouvement du moteur ne s' écoule pas dans le mobile, mais il excite en lui un second mouvement équivalent au sien. La mécanique reconnaît au mouvement éveillé dans le mo-

1. Farges, ibii., p. 38 el suiv. — 2. Farges, ibid., p. 70-'î3.— 3. Farges, ?6id.,'î8-84.

TROISIKMK PARTIR, LES CATKGORIES DE L KTRK

bilo passif une intensité égale à celle du mouvement perdu par le moteur. Cependant le mouvement nouveau ne saurait être numériquement le même que le premier, — tant à cause de la déperdition subie, dans sa transmission, par le mouvement du moteur, — qu'en raison de rimpuissance de tout accident à émigrer d'une substance dans une autre. Donc, la nouvelle activité, qui n'est point l'efTet d'une création, assurément, est tirée par Taction de l'agent de la puissance du mobile.

IV. Tran.ttnission de F action motrice '. « L'action de l'agent est dans le imlienl », c'est-à-dire qu'il n'y a qu'un seul et même acte produit par l'agent et reçu par le patient. J/action et la passion ne sont donc pas deux actes produisant une résultante commune par leur union, mais un seul et même acte résultant de deux causes simultanées, l'une active, l'autre passive, et informant à la fois l'agent et le patient. « L'acte est le même pour le moteur et le mobile, dit Aristote, comme l'intervalle de un à deux est le même que celui de deux à un. Ainsi c'est la même route que l'on monte et que l'on descend. » Descartes écrit lui-même : « J'ai toujours cru que l'action et la passion ne sont qu'une seule et même chose, en sorte qu'il répugne qu'il y ait durant le moindre moment, une passion sans action » (n. 1.S4) -.

139. Axiomes concernant l'action, la passion, le mouvement. — \ tiici les principaux ^ ;

1° ^ur r action et la passion. — I. « Il n'y a point de patient sans agent », et réciproquement : puisque l'action est le produit commun d'un double principe actif et passif. — 2. « L'agent rend le patient semblable à lui-même ; aussi ne sauraitil agir sur un être qui lui est déjà semblable », au moins en tant qu'il lui est semblable ; comment, en effet, communiquer à un être une ressemblance qu'il possède déjà ? — 3. « L'action est dans l'agent et elle est aussi dans le patient. » Mais elle se trouve en chacun d'une façon différente, car l'agent est comme son point de départ et le patient son point d'arrivée.

11° Sur le mouvement. — 1. « Le mouvement est une sorte d'intermédiaire {acte commencé) entre la puissance et l'acte » : il est le passage de l'un à l'autre. — 2. « Tout ce qui

1, Farges, ibid., 85-103. — 2. UUre,Vm, p. 275. — 3. Farges, ibid.,f. 113-118.

se meut est mû par un autre » ou par une autre partie de luimême : sinon, un même être serait, au même point de vue, moteur et mobile, en acte et en puissance : ce qui est contradictoire, — 3. « Le moteur et le mobile doivent être réunis » ; puisqu'il n'y a pas d'action à distance, les deux termes du mouvement ne pourraient être informés par la même forme accidentelle. — 4, « Le mobile reçoit la forme du moteur sans sa matière », ainsi la cire reçoit la forme du cachet sans sa matière, la matière étant impénétrable.

ji V. — L'Espace '.

Ici se pose la difficile question de la nature de l'espace : pour la résoudre, il y a lieu d'en diviser l'étude en quatre points : lo Notions pi'éliminaires ; — 2° Oy>i/iww5 diverses touchant la nature de l'espace ; — 3° réfutation des Fausses opinions ; — 4° démonstration de la Thèse scolastiqne.

140. Nature de la localisation : ses espèces. — La localisation est Vaccident, en vertu duquel une substance corporelle est contenue en un certain lieu qui ta circonscrit ; par ex., en telle ou telle partie de l'air.

1° Cet accident affecte la substance corporelle : seuls, en effet, les corps sont, en raison de leur étendue, susceptibles d'être circonscrits par d'autres objets ; et ce n'est que par métaphore que l'on peut parler de présence locale à propos des substances immatérielles.

2° Les corps occupent l'espace d'une manière « circonscriptive », c'est-à-dire que les diverses parties de chacun d'eux correspondent à autant de parties de l'espace qu'ils occupent intégralement, sans pouvoir empiéter sur la place remplie par les autres corps. — Quant aux substances spirituelles et créées, elles ont dans l'espace un mode de présence virtuelle ou définie par leur opération ; elles ne jouissent pas de l'ubiquité de présence et d'opération qui est le privilège exclusif de Dieu ; mais elles manifestent leur activité dans un ou plusieurs lieux déterminés, témoins de leurs opérations.

A son tour, la localisation « définie » revêt un double mode :

1. Faigcs. liée du conlinu, p. 197-240. — Nys, La nolion d'espace.

TROISIKME PARTIE, LES CATÉGOUIES DE l'kTRE 35-'^

l'un, que l'on qualifie do simple, est celui qui convient aux anges présents dans certains lieux par leur opération. L'autre n'est pas seulement une présence définie, mais informante, et caractérise l'àme humaine, qui, comme forme du corps, est tout entière présente à chacune des parties de ce corps.

141. Nature du lieu : ses espèces. — A. — D'après ce qui précède, le lieu peut se définir : la surface immobile, qui rirconscrit immédiatement le corps.

1° C'est une surface ; voilà le genre prochain de la définition. « Toute surface, en clfet, ne mérite pas le nom de lieu. Cette dénomination est réservée aux superficies qui limitent les corps. Ainsi la couche d'air, qui sert d'enveloppe immédiate à mon corps est, comme on dit, le lieu de ma personne. »

2° Cette surface est idéalement immobile comme le lieu. En effet, bien que cette propriété n'appartienne pas physiquement il la surface circonscriptive de mon corps, « celle-ci cependant ne peut être considérée comme lieu ou comme contenant, sans être, par la pensée, rendue immobile. Par ex., quoique, sous le souffle du vent, la surface aérienne limitant tel corps se trouve changée dans ses éléments, cependant la capacité interne de la nouvelle couche d'air demeure toujours égale à celle de la précédente ; aussi, en tant qu'elle limite un corps, méritet-elle la qualification d'Immobile. »

.3° Le lieu est en outre la surface ^;•em^ère des corps ; c'est celle qui immédiatement les enveloppe et les circonscrit, et voilà en quoi consiste sa différence spécifique.

B. — Le lieu peut être interne ou externe. Le lieu Interne est la surface même du corps : et dans ce sens, on dira, par ex., qu'un animal est dans sa peau. Au contraire, la surface concave qui enserre immédiatement un corps par l'extérieur reçoit la qualification d'externe : c'est en ce sens que l'on dit que l'eau est dans le vase.

142. Notion viilgaire de l'espace: ses espèces. — A. — La notion de Heu conduit à celle d'espace: en concevant les corps non seulement comme localisés, mais encore comme changeant de place, nous sommes conduits à imaginer t existence diin immense réceptacle dans lec/uel tous les corps graviteraient, et auquel on donnerait le nom d'espace. Cet espace

se distinguerait du lieu comme le tout de sa partie : en effet : 1. — le mot lieu peut ne s'appliquer qu'à une surface plane ou à un point ; l'espace, au contraire, implique l'idée de profondeur et possède les trois dimensions ; 2. — le lieu est une surface limitée ; l'espace se conçoit indéfiniment étendu.

B. — L'espace est réel ou idéal. Le premier est la dimension des mondes créés, en tant qu'elle joue le rùle de contenant. Le second est l'immense réceptacle que l'on imagine comme existant, même au delà de tous les mondes créés.

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