TROISIÈME PARTIE, LES CATÉGORIES DE l'ÈTRE
2° L'espace idéal est donc un (''tre de raison, fondé sur la réalité.
a) C'est un élre de raison, c'est-à-dire un être idéal, exprimant la possibilité indéfinie de la localisation de nouveaux corps, telle que la conçoit notre esprit. En effet, la création de nouveaux corps ou do nouveaux mouvements suppose, non pas la préexistence d'un nouvel espace, mais seulement sa possibilité. Et c'est la présence d'un objet nouveau qui réalise un espace nouveau, demauré jusque-l;^ purement possible. — Voilà pourquoi cotte notion de l'espace n'est ni finie, ni infinie, mais indéfinie. Or l'indéfini est le caractère distinctif de ridénl, autrcmonl dit, de l'être de raison.
/;) Mais cet èlre de raison est bien fondé en réalité. Sa notion n'est pas un simple idéal, comme le prétendait Kant : elle est formellement objective. L'espace idéal, c'est l'espace réel, que l'on prive, par abstraction, de ses limites. — Or si l'idée d'espace, comme les autres notions universelles, celles, par ex., d'humanité, d'animalité, etc., est tirée des réalités particulières, elle possède, par le fait même, un fon» dément réel et objectif.
i; "VI. — Le Temps '.
Le temps, comme l'espace, fournit matièn» à cpiatre questions : 1. Xolions préliminaires; 2. Opinions diverses: 3, Réfutation des Erreurs ; 4. l'renve de la 77t''Sf sciilasti(|nc,
147. Définition du temps. — l^e temps est la mesure de la durée successire. ^lais, conime le mouvement local est l'expression la plus sensible de la durée successive, les scolastiques ont adoptt'' cette définition équivalente : le temps est la mesure du mouvement considère avant et après, c.-à.-d., comme successif, « secundum prius et posterius ».
[° C'est une mesure ou un nombre ; c'est donc quelque chose de fixe et d'uniforme, sans quoi il ne pourrait servir à mesurer.
2° C'est la mesure du mouvement. Mais ce mouvement n'est point instantané ; il est successif. En outre, il ne résulte pas de la juxtaposition de parties successives mais séparées, comme par ex., une série de coups frappés ; il est continu.
3° Il doit donc être consid»''ré entre deux instants différents, avant et après. En effet, le mouvement consiste essentiellement
\. Farges, ouvr. cité, p. 2il-278. — Kant, Critique de la raison pure, Irad. Tissot, t. I. p. 63, Ci, 70, 71. — Sum. TheoL, p. 1, q. 10. a. 1.
dans la succession, « c'est-à-dire dans un flux continuel de parties dont la première précède et la seconde suit » ; et c'est la durée de cette succession qui, en tant qu'elle est niesuralde, se nomme le temps.
Ainsi le temps se compose d'un triple élément : le passé, le présent (?i le futur. « Si rieij ne passait, dit S. Augustin, il n'y aurait point de temps passé ; si rien n'arrivait, le futur serait une fiction ; quant au présent, s'il demeurait toujours (ce qui aurait lieu dans le cas où la succession n'existerait plus), il constituerait non plus le temps, mais Véternilé ^ » —
148. Espèces de durée. — A. — La durée ou permanence dans l'exislence est de trois sortes : elle comprend le temps, léviternité et [éternité. Le temps est une durée pendant laquelle le mouvement et la succession se manifestent à la fois dans les opérations et même dans les substances ; Yéviternité est une durée sans fin, qui ne suppose aucune modification dans les substances, mais une succession dans les opérations ; enfin l'éternité est une durée exclusive de tout mouvement et de toute succession, et elle est définie par Boèce : La possession parfaite et toute simultanée dune vie sans fin. — L'éternité, on le voit, n'appartient qu'à Dieu seul, Véviternité est l'apanage des anges et des substances spirituelles ; quant au temps il est la mesure naturelle du monde physique. Aussi Véviternité tient-elle le milieu entre l'éternité et le temps, comme la substance spirituelle joue le rôle d'intermédiaire entre Dieu et la matière.
R. — Le temps,o\\ le mouvement des objets matériels peut se considérer à plusieurs points de xua :
1" On l'appelle réel, lorsqu'il s'agit d'objets chez qui la permanence de l'existence, comme la succession elle-rpême, est quelque chose de réel. Et l'intelligence part de cette réalité pour concevoir, par voie d'abstraction, la notion générale de succession ou de temps. Au temps rée/ s'oppose donc le temps pris d'une manière abstraite.
2" Le temps est intrinsèque ou extrinsèque aux choses. Dans le premier cas, c'est le nombre de mouvements dont se compose l'existence de chaque être pris en lui-même ; dans le