‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 19 sur 291 · Au point de vue de leur origine, les idées sont intiii · texte numérisé non relu

Au point de vue de leur origine, les idées sont intiii

l'REMIKRE PARTIE, DIALECTIQUE 21

tives on discursires, (/ircc/cs ou n'/Icres, i/nidditaticcs on abs- Iraclives.

\° L'idée intuitive est ce/Ze f/uc l'u/i conçoit i/nmédialement par la vue de la chose elle-niètne : telle l'idée d'être. Celle qui n'est conçue que niédiatenient par induction ou raisonnenrient, est l'idée discursive; ainsi, pour nous, l'idée de Dieu.

2" L'idée est directe, lors([u'elle est conçue par l'esprit sans aucun retour sur son objet on sur son opératio)i ; telles sont les idées de couleur, de son, dt; corps. — L'idée réflexe est le produit d'un retour de l'esprit sur lui-iuèni(^ ou sur le concept direct déjà acquis ; ainsi les idées de néant, de genre, d'espèce, etc., ne s'acquièrent que par la réllexion.

3° L'idée qniddltative est celle d'un objet directement perçu en lui-inihne ou dans sa propre iinaye. Telle est l'idée de Dieu pour les l^ienheureux dans le ciel, qui voient face à face l'essence de Dieu ; ou l'idée que je me fais d'une pierre connue au moyen de l'impression même de cette pierre. — L'idéi' abstractive est produite y>«r Ciniaye (C un autre objet semblable ou analogue, telles sont les idées que nous avons en cette vie de Dieu et des anges.

25, Division des idées au point de vue de leur perfection. — Au point de vue de la perfection avec laquelle elles représentent leur objet, elles sont explicites ou implicites, distinctes ou confuses, adéquates ou inadéquates. Nous allons les passer en revue.

1° L'idée explicite est celle qui exprime tous les caractères propres de son objet ; l'iiomme, par ex., est explicitement connu par le concept de rationabilité et d'animalité. — L'idée implicite est celle qui n'est pas exprimée, mais contenue seulement en bloc dans un autre concept explicite. xVinsi l'idée de père est implicitement contenue dans celle de fils.

2" L'idée distincte montre quelques-unes au moins des notes par lesquelles une chose est différenciée d'une autre ; l'idée qui ne montre pas ces notes est dite confuse. Ainsi nous pouvons avoir une idée distincte de la justice, et confuse de la pénitence. — Si, en outre, ces notes distinctivcs sont perçues avec lucidité, on a l'idée claire ; sinon, l'idée est obscure.

3° L'idée adéquate embrasse toutes les notes ou propriétés dan objet; — l'idée inadéquate n'en exprime qu'une partie-

L'idée d'homme peut être dite adéquate, mais notre idée d'infini est inadéquate. Evidemment, Dieu seul a de toutes choses une làée parfaitement diàê(\y\d.iç ou compréhensive.

25 bis. Y a-t-il aussi des idées vraies et des idées fausses ?

D'après quelques auteurs, toutes les idées ne sont pas vraies ; il y en aurait de fausses. Pour nous, au contraire, nous pensons que tidée est toujours vraie et jamais fausse.

Preuve. — L'idée se compose d'éléments qui sont contradictoires ou qui ne le sont pas. S'ils sont contradictoires, ex. : cercle carré, l'idée se détruit elle-même et n'existe pas, puisqu'elle est impossible à concevoir. S'ils ne sont pas contradictoires, l'idée est toujours conforme à quelque objet possible, et n'est donc pas fausse. Quelle que soit en effet la figure que l'on trace sur un tableau, elle représentera toujours quelque objet idéal, et sera nécessairement conforme à cet objet.

Cependant l'opinion contraire a une apparence de vérité. CiOmme on entend souvent par idées de quelqu'un, ses opinions et ses jugements, on peut en ce sens qualifier les idées de fausses. Mais ce n'est là qu'une manière de parler.

26. Division des idées au point de vue de leur compréhension et de leur extension. — Un appelle compréhension l'ensemble des notes ou éléments constitutifs d'une idée. L'ensemble des individus auxquels elle peut s'appliquer est son extension. Plus l'idée est riche d'éléments, moins elle embrasse d'individus, et plus elle est pauvre, plus elle s'étend. Ainsi l'idée d'infini ne s'applique qu'à Dieu, et l'idée d'être s'applique à toute réalité.

A. — Au point de vue de la compréhension : 1" L'idée est simple ou composée, suivant ([u'elle contient une ou plusieurs notes constitutives ; ainsi l'idée d'être est simple ; l'idée d'homme ou animal raisonnable est composée. — 2° L'idée est complexe ou incomplexe, suivant qu'elle représente plusieurs essences ou une seule ; l'idée d'homme est incomplexe, tandis que celle d'homme sage est complexe. — 3" L'idée est concrète ou abstraite suivant qu'elle exprime un sujet avec les qualités qui le déterminent : Dieu, l'homme, le héi'os ; ou bien les qualités sans le sujet : la divinité, l'humanité, l'héroïsme.

B. — Au point de vue de \ extension : !<> L'idée singulière^

HUKMIERE PARTIE, UlALKCllgl E ^.>

à cause des notes individuelles qu'elle contient, ne s'applique qu'à un seul individu : Dieu, Socrate. — 2o J^"idée universelle s'applique au contraire à tous les individus d'essence semblable : l'idée d'bonune s'applique à tous les hommes ; celle de triangle à toutes les espèces de triangle. — S» L'idée particulière, c'est l'idée universelle, dont on limite l'extension : quelques honmies, certains triangles. — 4° L'idée collective est encore une idée universelle qui ne se vérifie que dans un groupe d'individus : telles sont les idées d'armée, de l'aniille, etc.

27. Division au point de vue de leurs relations mutuelles. 1» Deux idées peuvent rire /V/r/i/Zywei- ; ex. : honinie ■=:. animal raisonnable ; ou bien diverses : homme et animal.

2° Denx idées diverses peuvent être compatibles : animalité et ivitionabilité, blanc et doux ; ou bien incompatibles et cela de ([uatre nuinières difi'érentes. — a) Elles sont contradictoires lorsque l'une nie précisémen t ceque l'autre al'lirme : aussi entre elles n'y a-t-il pas de milieu possible. Ex. : être avare et ne pas l'être. — b) Elles sont contraires quand elles expriment deux d(îgrés opposés d'un même genre, supposant des degrés intermédiaires. Ex. : avare et prodigue, blanc et noir, lâche et courageux. On ne peut être les deux à la fois, mais on peut aussi n'être ni l'un ni l'autre. — c) Leur opposition est dite y>r?'t'rt///'t' si l'une exprime une perfection propre à un sujet et l'autre son absence: vue et cécité, santé et maladie. — d) Enfin l'opposition j-elative ou de corrélation est la forme la plus mitigée d'opposition ; ex. : père et lils. L'une ne peut être conçue sans l'autre et cependant elles sont inconipatibles dans le même sujet.

On comprend aisément l'importance de ces distinctions pour la clarté des idées et la précision des jugements et des raisonnements.

AimCLE IIL

Classification des idées universelles .

De toutes les espèces d'idées que nous venons de distinguer, l(is plus importantes, en Philosophie, sont les idées universelles qu'il nous faut étudier à part.

Page 1