‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 190 sur 291 · Existence des causes efficientes dans la nature · texte numérisé non relu

Existence des causes efficientes dans la nature

Cette exislenrc a été niéo dans l'antiquité par les sophistes, les sceptiques, les pyrrhoniens, et aussi par les matérialistes des écoles de Déinocrite et d'Epicure. Ils ont été imités par des sceptiques, tels que Hume et Beguelin ; par des sensualistes, disciples de Locke ; par des sophistes comme Renan : enfin par les positivistes, partisans de Littré, de Comte ou de Taine. Tous ces auteurs admettent comme principe universel des choses la fortune et le hasard, ce qui revient à enseigner la possibilité d'effets sans cause.

Tiikse // exis(e (fans la nature des causes efficientes.

I. — L'existence des causes efficientes est l'objet d'une perception directe. — a) IJ expérience interne atteste que nous agissons. C'est bien nous-mêmes qui méditons, qui voulons, qui résistons aux tentations. — b) L'activité de l'homme s'exerce aussi en dehors de lui, lorsque, avec une pleine conscience de sa causalité, il peint, il écrit ou il parle. — c) Il faudrait être sceptique pour douter que les objets extérieurs puissent causer des impressions sur notre organisme, qu'ils soient chauds, froids ou sonores. — d) Enfin c'est un fait que les réalités extérieures agissent les unes sur les autres : ainsi le feu consume le bois, le loup dévore l'agneau, etc.

IL — On aboutit à la même conclusion en faisant ressortir la fausseté de la doctrine opposée. Pourquoi une cause déterminée engendre-t-elle un effet semblable à elle-même, tandis que l'effet serait différent, s'il provenait d'une cause d'ordre différent? le grain de blé, par ex., ne saurait produire autre chose que du blé. Ce lien invariable entre la nature de l'antécédent et celle de conséquent ne trouve de raison suffisante que dans l'influence de la cause sur son effet. Autrement n'importe quel effet pourrait suivre n'importe quelle cause.

M. Taine ne résout donc aucunement le problème, lorsqu'il écrit: « On dit qu'un homme sain a le pouvoir de marcher et qu'un paralytique ne l'a pas... que tel cheval a la force de traîner un chariot de ri.ÛOO kilogrammes, que telle chute a la force de mouvoir une roue... Il n'y a là que des liaisons (?) d'un fait qui est l'antécédent et de l'autre qui est le conséquent » {De l'Intelligence).

164. Coi'oll. Conditions de l'action.— Il faut bien se garder de confondre la cause efficiente qui seule produit l'effet, avec les conditions où elle le produit.

On appelle condition, totit ce qui, en plus de l'influence de l'agent, est plus ou moins nécessaire à la production d'un effet. Tel est le concours du cerveau pour la pensée pure, ou celui de la lumière par rapport <à la lecture. La condilion diffère donc essentiellemement de la cause efficiente : — si elle peut aisément se remplacer par une autre condition, elle porte simplement le nom de condition ; — si rien n'en peut tenir lieu, c'est une condition sine qua non ; — au cas enfin on elle consiste uniciuement dans la suppression d'un obstacle, on l'appelle cause négative {removens prohibens). Ainsi l'ouverture du volet n'est que cause négative de l'éclairage de ma chambre, c'est le soleil qui en est la vérital)le cause. D'autre part, la nécessité de la condition sine qua non peut n'être que relative à un état donné. Ainsi la nature de la pensée immatérielle nous permet de concevoir comme possible qu'elle se produise sans la matière cérébrale et dans des conditions nonvelles après la mort [Anthrop., n. 227).

ARTICLE m.

Principe de causalité.

Page 1