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Le principe de causalité; ses formules, sa valeur

Thèse

f.e priîîcipe de causalité, quelque formule qu'on lui donne,

est dune certitude absolue.

Preuve. — Ce principe a trois formules différentes : 1° Formule générale : Rien n'existe sans raison suffisante. ou bien : tout être a sa raison dêtre. On le démontre ainsi :

L'être et le vrai, c'est-à-dire l'intelligible, sont une seule et même chose (n. 59). Or l'être sans raison d'être (c'est-à-dire sans un mode d'essence et un mode d'existence, n. 156) serait inintelligible. Si un tel être existait, en effet, lorsqu'on demanderait : qu est-ce qu'il est ? il faudrait répondre : c'est le néant : — quelle est son origine ? c'est le néant ; — quelle est

1. Farges, L'idée de niai, p. 3ii, 48. — lievue Tliomisle. nov. 1607.

QUATRIÈ.MF. PARTIE, LES CAUSES DE l'kTRE M^

sa /in ? c'est encore le nrant. Mais qui ne voit la contradiction flagrante ? Dire qu'un être n'a ni mode d'essence ni mode d'existence, revient à prétendre que cet être n est pas un être. On peut mettre ce raisonnement sous une forme plus brève et près, (|ue mathématique : être =. intelligible ; or intelligible = raison suffisante : ilonc être = raison suffisante. Que si raison suffisante = néant, un a être z= néant, ce qui est contradictoire.

2° Formule tnoins générale : Si l'on ne considère que l'existence de l'être, le même principe peut s'énoncer de la façon suivante : tout ce qui existe a ta raison suffisante de son existence ou en soi-même, ou dans un autre être. — Tout être, en effet, tient l'existence de lui-même, ou d'un autre être, ou du néant. Or la dernière hypothèse implique contradiction, car avoir le néant pour raison d'être, c'est n'en posséder aucune.

3° Formule s^w/e : Restreint à l'existence des ohjets qui ne sont pas éternels et nécessaires, ce principe peut se formuler de la manière suivante : tout ce qui commence a sa raiso/i d'être dans un autre ; autrement dit, a une cause. — En effet, tout ce qui commence vient, ou du néant, ou de soi-même, ou d'un autre. Or la première hypothèse a déjà été rejetée comme contradictoire ; la deuxième est entachée du même défaut, car commencer par soi-même, ce serait se produire soi-même, c'està-dire posséder l'existence et la recevoir à la fois. C'est donc la 3® hypothèse qui demeure vraie : et l'on doit conclure que cet être tient son existence d'un autre, c.-à.-d., qu'il a une cause extérieure à lui-même. — Il faut, hien entendu, que cette cause soit suffisante. Une cause insuffisante et sans proportion avec son effet ne mérite pas véritablement le nom de cause. Et il est aussi impossible d'attribuer un effet à une cause insuffisante, que de lui refuser toute cause.

Le principe de causalité a donc pour fondement le principe de raison suffisante, dont il n'est qu'une application particulière. Le principe de causalité ne s'applique, en effet, qu'aux choses temporelles ; celui de raison s'applique à toutes, même aux choses éternelles et nécessaires. Mais les deux principes ont pour fondement l'intellitrihilité même de l'être.

165 bis. Formule aristotélicienne du principe de causalité '.

Aristoto a t'noncé le principe de causnlilé sons la forme du célèlire 1 Fai'sjes. l'idée de Dieu. p. 43. — Théorie fondam,. p. "li. '6.

axiome : Tout ce qui est mû l'est par un autre ou par une autre partie de lui-même).

1» L'expérience commune l'atteste. Les minéraux sont inertes ; ils ne se meuvent jamais eux-mêmes, et se trouvent clans l'incapacité de modifier spontanément le mouvement qui leur a été imprimé. Quant aux vivants, ils paraissent jouir du mouvement autonome ; cependant, même chez ces êtres, un organe se trouve toujours mû par un autre organe, en sorte que jamais le même membre ne joue, sous un seul et môme rapport, le double rôle de moteur et de mobile.

2° La raison, a son tour, déclare contradictoire la conception d'un mouvement sans moteur, aussi bien que l'identification du moteur et du mobile ; ce serait prétendre qu'un même être peut se trouver à la fois et au même point de vue, en acte et en puissance, et nier le principe d'identité. Rien n'entre donc en mouvement sans l'action d'un moteur.

Ce principe aristotélicien vaut pour toute espèce de mouvement et de changement. Il régit donc le passage du non-être à l'être, c'est-à-dire l'arrivée à l'existence de tout ce qui a un commencement. Aussi cet axiome est-il l'équivalent de notre principe de causalité : tout ce qui commence tient son existence d'un autre. — Du reste, il suffit d'analyser le principe d'identité pour comprendre qu'un être ne peut devenir tout seul autre qu'il n'est. Jamais zéro ne sera un (0=1), ni un, zéro (1 - 0), sans une addition ou une soustraction étrangère (0 + 1 = 1) (1 — 1=0). De même le possible ne peut devenir réel, tout seul et sans cause. Le principe de causalité n'est donc au fond que le principe d'identité appliqué au même être, non plus en dehors du temps, mais dans sa durée successive.

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