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Tout agent est orienté dans son opération vers

une fin dernière.

Preuve. — On vient de voir que tout agent agit en vue d'une fin. Mais cette fin ne peut être qu'une fin dernière ou rapportée à une fin dernière. Donc, tous les êtres capables d'agir, ont une fin dernière pour terme de leur activité.

La mineure est claire, car dans une série de moteurs subordonnés, si l'on supprime le premier moteur, tous les autres ne meuvent plus. Or la fin cîernière est le premier moteur de

toutes les fins intermédiaires, puisque c'est pour elle que toutes les autres sont voulues. Donc si A est voulu pour B, B pour C..., on ne peut supprimer le dernier terme sans supprimer les intermédiaires. Mais sans fin il ne peut y avoir de cause efficiente, car celle-ci ne peut agir sans une direction vers un but déterminé. Donc, faute de fin dernière, l'être deviendrait incapable de toute opération, et la causalité cesserait dans l'univers.

Corol. I. — On dit de l'homme qu'il voit, parce qu'il a des yeux, ou qu'il marche, parce qu'il a des pieds. Mais il n'est pas moins juste d'affirmer qu'il a des yei\x pour voir et des pieds pour marcher.

//. — La valeur objective du principe de finalité ne le cède en rien à celle du principe de causalité ; et il faut affirmer à rencontre de Kant et des subjectivistes que « tout être a une fin ».

178. Le hasard opposé à la finalité. — A. — Le mot hasard sert à désigner tantôt une cause et tantôt un effet. — Dans le premier sens, il ne serait autre chose qu'une fotxe aveugle produisant toutes choses, en dehors des quatre causes connues ; et c'est en ce sens qu'on dit : l'ordre du monde est le résultat du hasard. Parfois, le hasard est personnifié dans le destin, sorte de puissance aveugle et fatale, à laquelle rien ne peut résister ^ — Au second sens, le hasard désigne tout effet imprévu et impossible à prévoir : telle est la rencontre fortuite de Pierre et de Paul, ou bien la mort d'un homme tombant du haut d'un toit.

B. — Prendre le mot hasard au sens de cause, c'est prononcer un vain mot ne correspondant à rien de réel. « Le hasard n'est pas une cause, c'est seulement la rencontre des causes 2» » ^- Mais le hasard peut servir à désigner un effet imprévu^ Aux yeux de Dieu, il est vrai, le hasard n'existe point, car rien de ce qui arrive n'échappe à la prescience divine. Seules, les créatures peuvent mettre au compte du hasard ce qui se produit contrairement à leurs prévisions, surtout si l'événement résulte du concours imprévu de deux causes, dont l'une a empêché l'action de l'autre.

4. Sénèque, Q,\xxst. Nat-, L. III, ch, 22. — 2. Cournot, Diet. des sciences phil., art. hasard.

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