RAPPORTS DES CAUSES ET DES EFFETS
Il sera utile, pour couronner ce traité des causes, de les coin-= parer soit avec leurs effets, soit entre elles.
180. Relations diverses des causes et des effets. — On peut les comparer au quadruple point de vue de \ix priorité, de la dignité, de la dépendance et de la ressemblance.
1 . La priorité est le mode suivant lequel une chose en précède une autre. Par ex., l'artisan a la priorité sur son ouvrage. — A la priorité s'oppose la simultanéité qui est la négation de l'antériorité d'une chose sur une autre : tel est le rapport qui existe, par ex., entre le soleil et sa lumière.
Une cause, quelle qu'elle soit, jouit relativement à son effet d'une priorité de nature à laquelle s'ajoute parfois une priorité de temps. — C'est donc une exagération de prétendre que la cause ne mérite ce nom qu'après la production de son effet. Sans doute, si l'on considère la cause précisément en tant que cause, elle n'a sur l'effet aucune priorité de temps, car l'action
1. Gournot, Essai sur les fondements de nos connaissances, t. I, p. 140. — 2. Copier, dié par M. Farges, L'idée de Dieu, p. 157. — Gliarles, Lecturei de phiiosophii, t. II, p. 252-259, — t. II, p. 100-103, 445-456.
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cl la passion sont simultanées et non pas successives (n. 134 ùin, l-i8, IV) ; mais l'existence de l'ùtre qui est cause précède généralement celle de reiïct, souvent d'une priorité de temps, toujours d'une priorité de nature.
2. Au point de vue de la dignité et de la perfection, — la cause matérielle et la cause formelle le cèdent au composé qu'elles constituent, comme les parties le cèdent au tout. -^ Mais, en aucun cas, la cause efficiente principale ne saurait être moins nol)le que l'efîet auquel elle communique sa perfection, — Quant à la cause finale, elle est naturellement plus parfaite que son effet : voilà pourquoi « la nature produit toujours l'inférieur en vue du supérieur. Ainsi le minéral est pour le végétal, le végétal pour l'animal, l'animal pour l'homme, et riiomnie pour Dieu. »
'.\. Sur la dépendance des effets par rapport aux causes, voici trois remarques. — \° Un seid et même effets au moins pour ce qui est du monde matériel, exige toujours le concours des quatre causes de genres différents, comme on l'a vu plus haut (n. 138). — 2° Mais il ne peut avoir plusieurs causes internes de même genre ; car la multiplicité des matières ou des formes entraine toujours la multiplicité des substances produites. — 3° Au contraire les causes externes peuvent être multiples. Ainsi toutes nos actions ont au moins deux causes efficientes. Dieu et l'homme, et souvent plusieurs causes finales, par ex., la gloire et la richesse.
4. Enfin, quant à la ressemblance entre la cause et l'effet, elle existe toujours au point de vue de l'être en général, ordinairement au point de vue de l'être spécifique, quelquefois aussi pour les propriétés accidentelles. — 1° La similitude, disons-nous, existe invariablement, au point de vue de l'être ; delà réalité de l'effet, on conclut donc légitimement à la réalité de sa cause. — 2"^ Cette ressemblance est ordinairement spécifique. Cela a lieu lorsque la cause n'est pas seulement excitatrice et équivoque, mais efficiente et univoque. Il y a par ex., identité constante d'espèce entre le père et le fils. — 3° Enfin, une certaine conformité de propriétés règne par fois entre la cause et l'efl'et. Les vices et les qualités des parents constituent un héritage que les enfants ont coutume de recueillir.