Fargeâ, Idée de Dieu, p. 118 et suiv
'Mj\i COSMOLOGIE
sciences; nalurelles, on voit éclater cet ordre admirable, comme nue immense mélodie célébrant la science, la sagesse et la bonté du Créateur.
« Je te remercie, Créateur et Seigneur, s'écriait Kepler dans son ravissement, de toutes les joies que j'ai éprouvées dans les extases où m"a jeté la contemplation de tes œuvres. Aussi ai-je proclamé devant les hommes la sagesse et ta grandeur. « — La même admiration a fait dire à S. Thomas : « L'univers ne peut être meilleur. Que lun quelconque de ses éléments vienne à s'élever plus haut, la proportion et l'ordre seront détruits ; et le monde deviendra tel qu'une cithare, dont une des cordes tendue outre mesure serait un obstacle à la mélodie. »
15. Fausseté de l'optimisme. — Le pessimisme sera réfuté en Théodicée (n. 124) ; nous ne réfuterons ici que Voplimisme, soutenu, avons-nous dit, par Leibnilz et Malebranche.
1. Voici la théorie de Leibnilz * : il est meilleur de créer que de ne pas créer : il est meilleur aussi de choisir entre les mondes possibles celui qui possède la plus grande perfection ; Dieu a donc dû créer, et créer le monde le meilleur. Mais, on le voit, la liberté divine dans l'acte de la création se trouve ainsi doublement compromise. — A cette difficulté Leibnitz répond que la nécessité de la création n'est pas absolue, qu'elle est seulement morale, en sorte que la liberté divine ne s'en trouve nullement atteinte ; mais cette réponse ne peut satisfaire, car c'est toujours soumettre au déterminisme Dieu comme les créatures. — Et Leibnitz a beau dire que la perfection du monde consiste dans la délimitation des parties et dans l'harmonie de l'ensemble, que les défauts de chaque élément concourent à la perfection du tout sans lui nuire en aucune manière. Il n'en demeure pas moins que des limites se trouvent imposées à la sagesse et à la puissance divines déclarées incapables de créer un univers meilleur.
2. D'après Malebranche, Dieu a librement appelé le monde à l'existence ; mais le dessein de créer une fois arrêté, il a dû choisir l'univers le plus apte à manifester sa gloire. Or n"est-ce point nier la liberté divine que de l'astreindre à faire choix du monde le meilleur et le plus parfait? — De plus, comme la bonté intrinsèque de la création serait toujours restée indigne de Dieu sans l'Incarnation, Malebranche soutint la nécessité de l'Incarnation, ce qui est une erreur théologique.
Enfin le système de ces deux philosophes se heurte également : — U) à une question de fait, l'existence du mal physique et moral dans ce monde; — b] h une question de droit, l'impossibilité pour un degré quelconque de perfection, d'être un nombre infini. La perfection relative est donc la seule raisonnable.
il Essais de Théodicée.
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ARTICLE III
Ij imparfaite Unité du monde.
L'univers, conirue l'indique l'étymologie latine « versus uiuini », possède une certaine imité, qui n'est pas substantielle, niais accidentelle et numérique, comme on va l'établir.
§ I. — L'Unité du monde est accidentelle. 16. Caractère accidentel de cette unité. — Tous les panthéistes, maigre la diversité de leurs systèmes, prétendent que le monde est une seule substance, divine et infinie. De même les hylozoisles ('YXvi Çwô;), tout en distinguant le monde de Dieu, soutiennent 1 unité de la substance du monde, qu'ils déclarent finie et composée d'un corps et d'une àme. Cette Ame serait : — aveugle mais active, selon Morus, qui l'appelle hylarchique ('Y)./î v.p-/sh) ; — plastique, d'après Cudworth ; — végétative, suivant d'autres ; — intellectuelle de l'avis des Platoniciens, qui assimilent le monde à un gigantesque animal.
Tm'csE L'unité du monde n'est pas substantielle ; elle est accidentelle.
L — Elle n'est pas substantielle. — Dans l'hypothèse contraire, la substance unique du monde serait finie ou infinie ; mais ces deux alternatives sont également inadmissibles.
A. — Elle ne peut être infinie, quoi qu'en dise le panthéisme. On a vu en effet (Ont., n. 92) qu'il y aurait contradiction à admettre l'infinité d'une substance corporelle. Qui^ si pour justifier la réunion du fini et de l'infini dans une même substance, on proclamait, avec Hegel, Videntité des contraires, ce serait conclure au nihilisme absolu, aussi bien dans l'ordre logique que dans l'ordre ontologique.
H. — Serait-elle finie, l'unité de substance répî/^/ne au sens commun et à l'expérience, et conduit au panthéisme.
Le sens commun atteste avec une souveraine évidence qu'il V a dans le monde diverses substances, des pierres, des arbres et des animaux. — L'expérience intime de la conscience humaine, distinguant clairement le moi et le non-moi, n'est pas moins décisive. — Enfin nier cette multiplicité des substances, c'est, à peu de chose près, les considérer comme de purs phé* nomènes de la substance infinie, et par consquent, admettre l'identité du fini et de l'infini ; on en trouve la preuve dans
IMiiLOsoPiTiE. — To.Mi: I 23
l'histoire du stoïcisme qui fut conduit logic[uement à regarder comme infinie la substance unique des Platoniciens.
II. — Elle est accidentelle. — Cette multipliciti'' n'empêche pas c[u'il y ait dans l'univers une unité accideJitelle. Toutes les substances ont une origine commune, des relations mutuelles et une même fin dernière ; mais chacune a son essence propre et se distingue des autres par le nombre, l'espèce et l'opposition des propriétés. Leur variété s'ordonne donc dans l'unité du même plan.
On peut donc s'étonner de voir un penseur, tel que le P. Lepidi, se prendre à douter s'il doit nier ou affirmer la possibilité de l'unité dans la substance cosmique, sous prétexte que l'homme est un tout substantiel et que pourtant on remarque en lui des organes difTérents, tels que les poils, les muscles et les os. — C'est confondre la différenciation des fonctions et des organes de la même vie, chez le même individu, dans la même conscience, avec la multiplication des vies, des individus et des consciences. Du reste, l'objection du P. Lepidi ne se pose même pas pour le règne inorganique.
§ II. — L' Unité numérique du monde.