CHAPITRE SECOND
l'origine ou LA CRÉATION DU MONDE.
La nature du monde permet de conclure à sa création. Mais avant d'en étudier le fait, il y a lieu d'en expliquer la notion.
ARTICLE I
La Xatioii de la création.
18. Nature de la création. — La création estla pi-oduction ex nihilo d une substance complète.
1° C'est nno. production, c'est-à-dire une action ayant pour effet la réalisation d'un objet nouveauf On peut, à ce point de vue, l'assimiler au changement, à la génération et à l'émanation qui sont également des productions. Voici comment elle s'en distingue.
2° C'est une production e.r nihilo ; on entend par là une production accomplie sans la préexistence d'aucune puissance ni d'aucune matière comme substratum : « L'objet créé, dit Zigliara, c'est celui qui, avant sa création, était un pur néant. » Le passage de la puissance à l'acte n'est donc pas une création ; c'est une simple éduction ou évolution ; tels sont la génération, l'émanation, le changement accidentel.
3° C'est la production d une substance complète, comme, par ex., l'àme humaine. Aussi la production, même ex nihilo, d'une substance incomplète, telle que la matière première ou une forme matérielle, — a fortiori, celle d'un accident, — ne mériterait le nom de création qu'au sens très large de ce mot ; et S. Thomas l'appelle avec plus d'exactitude une a concréation )>. « En effet, dit-il. tout ce qui est dépourvu de subsistance jouit
moins de V existence que de la coexistence » et partant, n'est pas susceptible d'une création indépendante. — Du reste, dans la nature actuelle, aucune substance ni aucun accident n'est tiré du néant. Tout ce qui est produit, sauf l'âme humaine, trouve son principe dans luie potentialité préexistante.
19. Possibilité de la création. — Discuter la possibilité de la création revient à chercher si sa notion est ou n'est pas contradictoire.
TnÈSE La création ex nihilo est possible.
Preuve. — Tout ce qui n'implique pas contradiction est possible ; or la création ex nihilo n'est aucunement contradictoire. On l'établit comme il suit :
1° La création n'offre rien qui répugne à la notion de Dieu créateur, car il est tout-puissant et infini dans son intelligence, dans sa volonté et dans toutes ses perfections. On ne saurait, au contraire, admettre que Dieu, comme un vulgaire ouvrier, soit, dans l'accomplissement de son œuvi'e, asservi et limité par une matière préexistante i.
2° Elle n'offre rien qui répugne à la notion de créature^ qui est contingente «et également imparfaite dans son être et dans son opération. La contradiction se trouverait, au contraire, dans le concept d'une réalité contingente qui tiendrait son existence, non de Dieu, mais d'elle-même.
3" Enfin Véduction ex nihilo n'enveloppe elle-même aucune contradiction. (Juand on parle de création ex nihilo, en effet, on n'entend pas dire que le néant produise l'être, ni qu'il joue le rôle d'une cause matérielle servant de condition ou de point d'appui à l'action divine ; on affirme seulement que, par un effet de la puissance de Dieu, l'être succède au néant, et que, ce qui n'était point, arrive à l'existence. Or personne n'a jamais pu établir le caractère contradictoire de cette notion . La création est donc possible et ne surpasse aucunement le souverain pouvoir de Dieu.
« La puissance de Dieu, dit fort bien J. Simon, n'a qu'une seule limite, c'est le contradictoire. La production d'une substance impliquet-elle contradiction ? Qu'on le prouve. La toute-puissance de Dieu est
L Farges, Idée de Dieu, p. 44S, 45G.