PREMIÈRE PARTIE, LE MONDE
démontrée, si iiuel([ue rhose est démontio. Si l'on soutient que Dieu qui peut tout ne peut pas produire un (Mre, il faut prouver l'exception, c'est-à-dire qu'il faut fournir la preuve que la production d'un être est nhsurde, contradictoire '. »
20. Origine de la notion de création. — Il semble que le concept de création n'a pu être découvert par la raison seule, et qu'il a été fourni et conservé à l'homme par la révélation.
A. — C'est un fait que, privés du secours de la révélation, les philosophes n'ont jamais su s'élever à une notion de cette sorte. Il n'y a pas lieu de s'en étonner; nos idées sont un fruit de l'expérience sensible; or la nature matérielle, loin de fournir à l'esprit limage d'un acte de création, tendrait plutôt à lui on faire méconnaître la possibilité. « (Iréer, faire que ee qui n'était pas soit, nous est difficile à comprendre parce que l'homme a besoin d une matière de ses œuvres-'. » — Cependant l'opinion d'.\ristote en cette matière fait encore l'objet d'une discussion. Dans son livre du Ciel, cet auteur dit que Dieu donne au monde non seulement le mouvement, mais aussi Vétre et la vie (tô sTvat ts xai ÇÂv). Il parle avec une netteté plus grande encore de la création ex nihilo dans son traité du Monde : mais l'authenticité de ce dernier ouvrage est contestée.
W. — Ajoutons que cette notion de «réation, qui nous vient de la révélation, n'a pu être gardée intacte par la philosophie rationaliste 3, comme l'histoire le prouve.
Tantôt, en effet, la légitimité du concept de création est révoquée en doute. C'est ce que font, entre autres, Jouffroy '* et P. Janet lui-même : « La création ex nihilo, dit ce dernier, est un mystère incompréhensible que nous ne voulons ni affirmer, ni nier, elle est en dehors do la science. » Et ailleurs : « L'action de la cause première est et nous sera toujours incompréhensible s. »
Tantôt ce concept est déclaré superflu : « Il faut, dit Cousin, abandonner la définition que créer, c'est tirer du néant, car le néant est une chimère et une contradiction. Créer, c'est une chose que nous faisons toutes les fois que nous faisons un acte libre. Ainsi créer, c'est causer avec le fond même de notre existence. La création divine est de même nature ^. »
Parfois enfin la notion de création s'altère et devient une émanation panthéistique : « Ce que la cause première contient d'existence dans son immuable éternité, dit Ravaisson, elle le déroule pour ainsi dire étendu
1. Religion nahirelle, Cité par Msrr Freppel, Tertullien, 3t' leç. —2. Bénard, Précis de Philosophie. — 3. Farges, Idée de Dieu, p iiiO-6l5l. — 4. V. Mélanges. — 5. Revue des Deux-Mondes, 1868 et 1874. —G. Cousin, Introduction à l'histoire de la philosophie.
et diffus dans ces conditions élémentaires de la matérialité, qui sont le temps et l'espace t. »
ARTICLE II
Le Fait de la création .
21. Erreurs concernant le fait de la création. — Le dogme de la création a donné lieu à beaucoup de difficultés de la part des philosophes ignorants ou ennemis de la révélation. Nous les ramènerons à trois groupes.
Plusieurs ont enseigné que le monde avec son ordojinance actuelle, ses lois et son mouvement, est éternel et n'a point commencé par création. A leurs veux, jamais ce monde n'a subi de modifications essentielles. Telle est la doctrine de quelques auteurs allemands. — Pour d'autres, seul tordre du monde a commencé, mais il résulte des modifications de la matière incréée et éternelle. C'est la pensée de Thaïes, d'Anaximène, d'Anaximandre, de Leucippe, de Démocrite, d'Epicure et de Platon ; et cette théorie est adoptée par un grand nombre de transformistes, tels que Lamarck et Wallace, ainsi que par les athées de l'école de Bûchner.. . — Eiifin nombre d'Orientaux ont confondu le monde avec la substance divine dont il n'était, à leur avis, qu'une é.nolution ou une émanation ; et cette explication a conquis l'assentiment de la plupart des Panthéistes, dont il sera question en Théodicée.
La foi catholique, qui affirme, d'une voix unanime, la création ex nilnlo du monde par Dieu, est du reste susceptible d'être établie par une démonstration purement rationnelle.