Preuve rationnelle du fait de la création
Thèse Le monde physique a été produit par création ex nihilo. Preuve. — Il faut se ranger à l'opinion qui est seule capable d'expliquer l'origine du monde : or tel est le cas de la création ex nihilo.
Trois hypothèses peuvent, en effet, se poser : ou le monde est éternel, et alors il n'a jamais été produit, ni au point de vue de l'ordre qui y règne, ni au point de vue de la matière
1. Elude sur Aristole, La philosophie en France au .MX' siècle. — 2. Fargeg, Idée de Dieu, p. 442-448.
PREMIKRE l'AUTIE, LE MONDE 4U3
dont il est coastitiu'! ; ou bien il résulte d'une émaiialion ou d'une évolution de la substance divine ; ouenliu il est sorti du néant en vertu d'une création immédiate. Or les deux premières hypothèses sont fausses ; la véi'ité se trouve donc dans la troisième.
1° Le inonde n'est pas nécessaire et éternel. Il réclame une cause el'liciente, qu'on le considère dans sa disposition, ses beautés et ses lois, ou dans la matière dont il est ibrmé.
Sa disposition actuelle n'a pas toujours existé, car elle n'est aucunement nécessaire ; et d'ailleurs la science lui assigne avec certitude un commencement et une fin i.
Quant à la matière cosmique, elle a dû, elle aussi, être produite ; car, on le démontre en Théodicée (n. 43, 18), l'être non produit ou doué d'aséi té est nécessaire, infini, simple, immuable ; la matière, au contraire, est contingente, puisque sa non-existence n'enveloppe aucune contradiction ; elle est finie, car on ne saurait concevoir une masse infinie ; son étendue nécessite sa composition, et son indifférence au mouvement et au repos, autrement dit son inertie, la rend sujette au changement. Le monde a donc été produit, tant au point de vue de son ordre qu'à celui de sa matière.
2° Le monde n'est ni une émanation, ni une évolution de la substance divine. — Par émanation on entend la manifestation d'une partie de l'être demeurée d'abord en quelque sorte cachée en lui-même : c'est, par ex., ce qui a lieu pour la toile d'araignée et pour le rayon de soleil. Or la substance divine est essentiellement simple, tandis que le monde est un agrégat d'éléments différents. Il y a donc une impossibilité absolue à ce que le monde ait été matériellement contenu en Dieu. En outre, l'expérience montre la diversité extrême des substances constitutives de l'univers : la pierre n'est pas l'arbre ; l'homme ne saurait se confondre avec les brutes ; et il n'est donc pas permis de voir en eux des émanations d'un être unique.
Le monde n'est pas davantage le fruit d'une évolution de la substance divine. Cette substance, en effet, de l'aveu même des panthéistes, est infinie, nécessaire, immuable ; le monde,