Le composé diffère spécifiquement de ses composants
On appelle en chimie composé un corps résultant de la combinaison de deux ou plusieurs éléments simples, et qui, d'après tous les savants, paraît être d'une nature tout à fait nouvelle et tout à fait différente des composants, par exemple, l'eau qui est formée de la combinaison de l'hydrogène et de l'oxvgène. La combinaison diffère radicalement du simple mélange, lequel n'est qu'un groupement accidentel de substances, qui restent distinctes, sans former une nouvelle nature d'espèce différente ; telle est, par exemple, la poudre à canon ' . Or la science établit que les composés, d'une part, et les composants, d'autre part, manifestent des opérations et des propriétés spécifiquement différentes : il en est ainsi de
\. Farg'es, Matière et forme, p. 29.
l'eau, de l'hydrogène et de l'oxygène. Il faut donc conclure que le composé diffère spécifiquement de ses composants.
Principe VI
47 ■ // // ^ flanx /ex rorps de vrais changements de nature.
Preuve. — Les changements incessants que nous ohservons dans les objets extérieurs sont ou une illusion, ou une réalité. Dans la première hypothèse, si on l'admet avec Zenon et les sceptiques, il faudra dire ([ue l'univers est figé dans une complète immobilit('' : conclusion très absurde et qui conduit droit au scepticisme. Ueste la seconde hypothèse, à savoir qu'il y a de vrais changements dans le monde '.
Or, ces changements ou bien n'affectent jamais que les accidents, ou bien affectent aussi parfois les natures. L'expérience contredit la première hypothèse, puisque dans le monde organique des êtres nouveaux vivants et sensibles se forment sans cesse avec des éléments inorganiques ; et que dans le monde minéral il se produit des composés chimiques, spécifiquement différents de leurs éléments, comme la science le prouve. Reste donc la seconde hypothèse, à savoir qu'il se produit des changements jusque dans la nature ou la substance des corps, même dans les minéraux -.
La raison confirme cette conclusion : Là où les opérations et les propriétés ne sont pas les mêmes, mais sont, au contraire, spécifiquement différentes, là aussi la susbtance ou la nature ne saurait être la même : or il en va souvent ainsi après certains changements dans les corps. Nous avons cité comme exemple : l'oxygène et l'hydrogène se combinant en eau, ou se transformant en chair vivante et sensible ; il est clair qu'il n\y a pas, dans l'un et l'autre cas, similitude de nature. Or tout essai d'explication sur les principes constitutifs des corps doit tenir compte de ces faits ^.
ARTICLE IL
Solution de la question.
La plus grande difficulté n'étant pas d'établir Vexistence de
\. Farges, ouvr. cité, p. \'S, 16. — 2. Farges, ouvr. cité, p. 184, 263. — 3. Farges, Acte et puissance, p. 30.
la matière et de la forme, mais d'en expliquer la théorie, nous consacrerons deux paragraphes à la solution.
î^ I. — Existence de la matière et de la forme.