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Si la matière première peut exister sans une forme

Tous les Scolasfiques enspig^nent qu'il y a une distinction réelle entre l'entité de la matière première et celle de la forme substantielle. Ce (|ui reste pour eux en discussion, c'est la distinction réelle de leur existence, ou la question de savoir si la matière existe ou du moins peut exister sans une forme.

Sur le premier point, on s'accorde généralement à penser qu'il n'y a pas de matière sans forme, ni de forme sans matière, en exceptant les formes spirituelles comme l'àme humaine.

Sur le second point, a savoir si la matière peut exister sans forme, au moins par la puissance absolue de Dieu, il y a controverse.

1. Les uns l'affirment, ce sont Henri de Gand, Scot et Suarez ; d'après eux. Dieu peut conserver dans l'être tout ce qui a quelque essence positive, autrement cette essence ne serait rien.

2. D'autres sont pour la négative, ce sont Aristote, S. Augustin, S. Thomas. Tout ce qui existe, en effet, a une essence déterminée ; mais il est de l'essence de la matière de n'être par elle-même qu'une pure puissance dépourvue de détermination. Donc la matière ne saurait exister toute seule * .

61. Définition logique du corps. — De riiiilon de la nialière et de la forme résulte un corps qui pourrait par suite être ainsi défini - :[/ne substance composée de matière et de forme, exigeant l'extension dans l'espace.

1" C'est une substance et une substance complète, tandis que la matière et la forme sont des coprincipes substantiels plutôt que des substances.

2" C'est une substance composée : d'oii il suit qu'elle peut se résoudre en parties, et en cela elle diffère de l'être simple, qui ne saurait être divisé.

3° Elle est composée de matière et de forme. — De matière, disons-nous, et c'est ainsi qu'elle se distingue des esprits, à moins qu'on ne veuille admettre avec Scot quelque matière même chez les anges et les purs esprits.

4° Une substance ainsi composée e-r/^e l'extension : en effet, d'après les scolastiques, la matière n'est pas douée nécessairement d'une étendue actuelle, mais seulement en puissance, c.-à-d., qu'elle est la cause de la diffusion normale dans l'espace, comme la forme est la cause de toutes les forces et

1. Farges, oxtvr. cilé, p. 256. — Sum. Theol., p. I, q. 66, a. i, aJ 3. —2. Sum. Theol, q. 29, a. i, ad 3'°.

activités qui en émanent , et dont par conséquent elle se distingue.

De lu vient que c'est une extension seulement virtuelle, qui appartient à l'essence des corps : à la suite d'Aristote, tous les docteurs du moyen Age, à l'exception d'Occam et de ses disciples, ont été d'accord pour enseigner que le corps, quoique naturellement doué de dimensions, ne les requiert pas néanmoins comme essentielles, de telle sorte qu'elles pourraient rentrer en puissance soit par la vertu divine, soit par des forces naturelles. Il en est donc ainsi contrairement à l'opinion de Descartes, de Malebranche et des autres philosophes, qui font consister à tort l'essence des corps dans la possession des trois dimensions.

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