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L'origine des corps, ou de la matière et de la forme

Vn corps nouveau tire son existence ou d'une création ex iii/iiio, ou d'un changement substantiel.

Dans la première hypothèse, la matière et la forme sont créées en même temps par Dieu, elles sont « concréées ». Il en résulte que la matière a naturellement la priorité logique, en qualité de principe dans lequel se subjective la forme : « la l'orme, en effet, ne commence d'être que dans la matière », mais il n'y a pour aucune d'elles antériorité chronologique, selon la parole de S. Augustin : « Tu les a créées toutes deux ensemble, ô mon Dieu, de sorte que la forme suit, sans aucun intervalle, la matière. »

Dans la seconde hypothèse, voici comment peut s'expliquer l'origine des corps : un changement substantiel suppose deux jjhénomènes, la corruption ou suppression d'une forme, et d'autre part la production d'une autre forme, selon l'adage : « La corruption d'une chose est la génération d'une autre », et inversement. Un sujet, en effet, ou une matière ne peut avoir deux formes en acte : par ex., le bois ne saurait être en même temps bois et cendre. Par suite un corps n'acquiert une nouvelle forme que par la corruption de la première. Mais la matière, elle aussi, ne peut être actuellement sans forme ; le bois, par ex., a besoin d'un principe qui le fasse bois. Il s'en suit que lorsque la matière est privée de sa forme, elle doit acquérir une nouvelle forme.

Ainsi, la matière demeurant indestructible, tant que Dieu ne l'annihile pas, la raison de l'origine des corps se tire tout

SECONDK PARTrE, LES CORPS 443

entière de la génération des formes matérielles, qu'il nous faut expliquer.

63. La génération des formes matérielles. — Nous disons des furiiies malérielles ; r.'imf tmmnine, en elTcl, olant spirituelle et raisonnable, ne tire pas son origine de la génération, et ne peut être détruite par la corruption ; elle ne peut exister que par une création immédiate, comme nous le montrerons en Psychologie (n. 212). — Notre thèse s'applique donc aux autres formes substantielles.

Thèse i

La for/ne se tire de /a puissance de la matière, par

l'opération (fan agent naturel \

I. — Elle s'en tire de la puissance de la matière, dans laquelle elle préexiste. La matière ('{^.wi j^i'emière on seconde (n. ooj, cet axiome peut s'interpréter dans deux sens différents.

a) Elle se tire de la puissance passive de la matière première, ou plutôt elle est introduite dans la puissance passive de la matière première. Car la matière première, étant une puissance purement passive, ne peut être que passive relativement à une information nouvelle ; à peu près comme la forme accidentelle de la statue est tirée de la puissance passive du marbre sous l'action du sculpteur.

b) Elle se tire aussi de la puissance active de la matière seconde. Nous l'avons vu, dans la matière seconde se produisent souvent de nouvelles formes, par ex., la forme de l'eau se produit dans la matière de l'hydrogène et de l'oxygène. Donc, dans la matière de l'hydrogène ou de l'oxygène préexistait virtuellement, puisqu'elle en sort, la forme de l'eau, à l'état de puissance active. D'où l'axiome connu : dans chaque corps une seule forme est en acte, et une multitude sont en puissance active (n. 57).

II. — Elle se WvQpar l'opèratioa d'un agent naturel, c'est-àdire, tant(H par une cause efliciente, comme c'est le cas dans la génération des vivants ; tantôt par une cause seulement excitatrice, comme il arrive dans la production de l'eau parla combinaison de l'hydrogène et de l'oxygène sous l'inlluence de l'électricité. C'est là un fait qu'il faut commencer par admettre et que la thèse suivante va expliquer.

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