Farges. MaMere et forme, p
Thèse ii
64. L'être de la forme nouvelle se tire dun non-être relatif,
mais pas d'un non- être absolu^.
T. — L'être de la forme est produit d'un non-être : c'est-àdire qu'avant d'être produit, il n'existait pas. En ce sens, l'être ne saurait venir de l'être, car s'il est déjà quelque chose, il ne peut le devenir ; ce serait contradictoire -,
II. — Mais il n'est pas produit d'un non-èive absolu ; il vient d'un état de puissance réelle et préexistante. En effet, du néant absolu, rien ne peut sortir ; donc la forme nouvelle doit préexister dans un sujet, non en acte, mais potentiellement ou virtuellement, comme l'effet préexiste dans sa cause efficiente. — Sans cela, il faudrait dire que Dieu crée incessamment de nouvelles formes, à l'occasion des agents naturels : mais ce serait nier la causalité des créatures et donner raison à l'occasionnalisme. Les formes ne sont donc pas créées e.r nihilo, mais elles passent de la puissance ù l'acte sous l'action des agents naturels.
ARTICLE III
Confirmation de la solution.
Le dualisme physique, tel qu'il a été exposé, peut être confirmé par sa comparaison avec l'atomisme et le dynamisme, par sa conformité avec les sciences expérimentales, et par la solution des objections.
65. Le dualisme physique évite les défauts de tous les autres systèmes. — 11 v a surtout trois défauts où tombent soit l'atomisme, soit le dynamisme.
i"^ Ce sont deux explications insuffisantes des coips. — En effet, nous l'avons vu, le dynamisme ne peut expliquer l'extension, l'atomisme n'en peut expliquer la qualité. La théorie scolastique, au contraire, explique à la fois la qualité, la quantité et tous les phénomènes qui s'y rapportent.
2° Ce sont deux explications invraisemblables de la nature. L'atomisme introduit dans la nature un immense hiatus, entre la matière et l'esprit par sa négation des forces physiques. Le dynamisme, au contraire, ne fait l'unité qu'en niant la ma-
1. Farces, niivr. cité, p. IC0-19T. —2. Farges, ouvr. cilé, p. 171.
tière ; pour lui, la matière et l'esprit difTèrent non en nature, mais en degré seulement. — Que si l'atomisme ou le dynamisme pouvaient (^tre restreints au règne minéral, ils seraient encore tous les deux en contradiction avec la loi danalof/ie : puisque tous les corps des végétaux, des animaux et des homnies sont constitués non par un seul principe, mais par un d(juble principe, il doit en être de même de tous les corps.
;|' Enfin ces deux systèmes, si on les presse un peu, aboutissent à de fausses cnnséquences, savoir l'atomisme à l'organicisme, et le dynamisme à l'idéalisme : conséquences que les atomistes et les dynamistes repoussent d'ordinaire, mais dont ils ont grand'peine à se défendre. En effet, si, d'une part, les seuls atomes et leurs groupements dans l'édifice moléculaire suffisent à expliquer les diverses propriétés et activités des corps inorganiques, on ne voit plus pourquoi l'organisme des vivants ne pourrait suffire à expliquer la vie, le mouvement et la sensibilité. Au fond, c'est le même problème qui se pose pour les deux règnes '. — D'autre part, si nous accordons à Kant que l'étendue matérielle n'est qu'un pur « phénomène», et à Boscovlch qu'elle n'est qu'une « apparence » et une illusion de l'esprit, il faut bien en dire autant des autres propriétés sensibles qui découlent de l'étendue ou s'appuient sur elle, et c'est le triomphe de l'idéalisme.
Au contraire, le dualisme physique rejette l'exclusivisme de l'atomisme et du dynamisme : il concilie les données légitimes de l'un et de l'autre ; il tient le juste milieu entre les deux excès contraires, et évite du même coup leurs inconvénients respectifs.