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Les sciences naturelles confirment le dualisme physique

Personne ne met en doute que la physique des anciens ne soit en contradiction sur un i?rand nombre de points avec la physique des modernes ; mais il n'en est pas de même de la théorie philosophique de la matière et de la forme, qui s'adapte très bien avec les principes modernes, soit sur les corps simples, soit sur les corps composés.

A. — Le premier point est certain : La matière, d'après les scolastiques , est indifférente à la réception de telle ou telle forme, et commune à tous les corps. Or, parmi les modernes adonnés aux sciences de la nature, Lockyer, Dumas, Proust. Janssens, de Parville et bien d'autres.

1. Liheraiore, Comp. hum., p. W. — Farges, Matière el Forme, p. 82.

ont émis une opinion analogue et soutenu que les éléments de tous les corps, qui constituent la matière et l'extension, peuvent être ramenés à l'unité. Plusieurs de ces savants sont allés jusqu'à assigner à l'hydrogène ou à l'éther le rôle de matière première de tous les corps. Assurément, ces hypothèses sont loin d'être établies, mais on a droit d'en conclure que cette tendance à l'unité de matière n'a rien de contraire à la science, et qu'elle lui est conforme. — D'autre part, les diverses espèces de corps, et surtout leur énergie, leur activité, leur mouvement, ne peuvent être rapportées à la matière seule qui est inerte, comme le prouvent abondamment les mêmes expériences de ces modernes. Cl. Bernard lui-même le reconnaissait : « la matière n'est que le théâtre des actions qui s'y produisent » ; un principe distinct de la matière inerte est donc requis, et ce principe peut être appelé forme substantielle.

B. — Le second point est aussi certain : la seule différence peut être que les savants modernes s'efforcent d'expliquer les changements spécifiques ou de nature des composés chimiques par des causes purement accidentelles, tandis que les scolastiques qui cherchent des causes vraiment proportionnées, expliquent le changement de substance par un principe substantiel. Ceux-ci sont philosophes, ceux-là physiciens ; mais si leurs conclusions diffèrent, ils ne soutiennent pas des principes essentiellement contraires. Du reste, il est facile de constater que l'opposition des savants diminue, à mesure que la théorie scolastique si oubliée est mieux comprise.

67. Obj . — Après l'analyse d'un corps composé, on retrouve les éléments dont il se compose ; ainsi l'analyse de l'eau produit les mêmes quantités d'hydrogène et d'oxygène qui l'avaient produite. Or cela prouve que les éléments demeurent en acte dans un corps composé. Donc le dualisme contredit la chimie.

Rép. — 1" Conc. la maj., laissons passer la min. et nions la cons. L'essence du dualisme, en effet, consiste en ce que les vrais corps individuels, et non les agrégats de corps, soient constitués par la matière et la forme, ce que l'hypothèse de notre adversaire ne contredit nullement. D'après lui, ce ne serait plus le corps composé, l'eau, mais ses éléments qui seraient seuls constitués de matière et de forme. Or <■ L'idée mère du système scolastique, comme l'a fort bien dit Liberatore, reste intacte, savoir que les vrais corps, c'est-à-dire ceux qui sont des substances et non des agrégats, sont composés de matière et de forme '. »

2o yions la min. -. En effet, la raison démontre comme beaucoup plus probable que les éléments formels dans le composé ne restent pas en acte, puisqu'ils ne manifestent plus leurs propriétés essentielles n. 4S) ; et les plus illustres chimistes eux-mêmes en ont fait l'aveu.

(1) Liberatore, Dit comp. hum, p. 457. — 3, Fargas, ouvr. eUé, p. 190.

Il suffit qu'ils y demeurent en puissance ou virtuellement, prêts à se manifester de nouveau dans les conditions requises.

68. Objections de la raison contre le dualisme physique. Outre les difficiiltt's scicntiilcjues, on élève d'ordinaire deux objections principales contre le concept métaphysique du dualisme.

li-e Obj. — Aristote définit la matière première : « ce qui n'est ni substance, ni ([uantité, ni qualité, ni rien de ce qui peut déterminer ou spécifier un être. » Or une telle conception est inintelligible.

R>-p. — Nions la min. La matière n'est pas une substance complète, mais seulement un principe substantiel ; elle n'est pas l'étendue, mais le principe de l'extension ou de la diffusion dans l'espace ; elle n'est enfin aucun des autres accidents qui déterminent un être, puisqu'elle n'est pas le principe de détermination, mais le principe déterminable par la forme. Or, en tout cela, il n'y a rien d'inintelligible.

2» Obj. — Les scolastiques donnent à la matière l'étendue ou la lui refusent : dans le premier cas, l'atomisme l'emporte ; dans le second, c'est le dynamisme.

Bi'-p. — D'après les scolastiques, la matière est étendue, en puissance, oui, car elle est, répétons-le, la source de l'étendue ; en acte, non. — De même elle est simple en acte, quant à son essence, oui ; quanta ses parties entitatives, non ; en elTet, elle est par sa quantité divisible (Ont., n. 124).

69. Note sur le degré de certitude du dualisme. — Bien que l'enseignement de l'Eglise, par ses théologiens et ses conciles de Vienne et de Latran, ait donné ses préférences à ce système philosophique, cependant il faut remarquer avec soin qu'il n'est pas un objet « prochain de la foi », comme certains l'ont prétendu. Aussi, les partisans du dynamisme et de l'atomisme peuvent-ils revendiquer c cette liberté légitime » que reconnaît le concile du Vatican. 11 ne faut donc frapper d'aucun blâme les auteurs, qui « (usant) de principes et d'une méthode propres » adoptent telle ou telle opinion •.

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