Le premier pî'incipe est le principe de contradicùon
Preuve. — Le premier principe est celui qui précède tous les autres et a plus d'universalité qu'aucun autre. Or tel est le principe : une mhne chose ne peut à la fois être et n 'être pas.
Preuve de la mineure. 1° Le principe qui dans l'ordre logique possède la priorité est celui qui suit immédiatement les notions d'être et de non-ètre ; ces notions, en effet, sont les premières que saisit l'intellect. Or tel est le cas du principe de contradiction ; il n'exprime autre chose que la répugnance de l'être avec le non-ètre ; une même chose ne peut à la fois être et n'être pas. Donc le principe de contradiction est bien le premier principe et ne dépend d'aucun autre.
2" Le principe le plus universel dans l'ordre réel, c'est celui qu'on ne saurait nier sans ruiner de fond en comble toute démonstration et tomber dans le scepticisme universel. Or tel est le principe de contradiction : ce principe une fois révoqué en doute, une même chose peut à la fois être et n'être pas ; rien n'est en soi vrai ou faux ; le vrai et le faux, l'être et le néant peuvent être une même chose. Donc le principe de contradiction est le premier principe.
44. Ce premier principe est donc contenu implicitement dans tous les autres. — A. — Preuve générale. Dans tout jugement l'esprit perçoit d'une manière implicite le principe de contradiction. C'est-à-dire qu'en affirmant une chose, il doit percevoir l'impossibilité d'affirmer le contraire. Ainsi dans les jugements analytiques, l'esprit affirme l'identité du sujet et de l'attribut, parce que cette identité ne saurait être niée sans qu'une même chose à la fois soit et ne soit pas. Ex, : le tout est plus grand que la partie ; autrement le tout serait à la fois tout et non-tout,
B. — Preuxe particulière, ou critique des autres solutions.
1" Il y a trois principes qui découlent du concept d'être : l'esprit, en effet, perçoit tidenlité entre « être » et « être » et il dit : « Ce qui est, est » ; — ou bien il perçoit la contradiction entre l'être et le non-être et il prononce : « une même chose ne peut à la fois être et n'être pas » ; — ou bien enfin il voit que l'un de ces deux termes exclut l'autre, et il ajoute :
PREMlkllK PARTIE, DIALECTIQUE 3;j
« toulf chose est ou n'est pas ». Or, d'une part, le principe d'identité « ce qui est, est», ne peut être affirmé sans que l'esprit perçoive au moins implicitement que « l'être ne peut à la l'ois être et n'être pas » ; d'autre part, le troisième principe « toute chose est ou n'est pas », suppose admise la répugnance entre l'existence d'une chose et sa non-existence. Le principe de contradiction est donc contenu dans l'un et supposé par l'autre.
2° Pareillement cette assertion de Descartes : « Je pense, donc je suis », bien qu'elle soit le fait premier, ne subsiste ([u'à cause de la répugnance entre penser et ne pas penser, .l'en dis autant des autres principes cartésiens : « tout ce qui est évident, est vrai... » ou « ce dont on a l'idée claire, existe ». Ils croulent sans le principe de contradiction.
'S° Le principe de Leibnltz enlin : « Rien n'existe sans raison siiflisante », et partant celui de causalité : « il n'y a point d'elTet sans cause », supposent le premier principe sans lequel on poiiiTail à la fois l'affirmer et le nier.