CHAPITRE TROISIÈME
DU HALSONNEMENT.
i^a troisième opération de l'esprit est le raisoniœtncut. Il faut ici en considérer la nature et les espèces.
ARTICLE L
Nature du raisonnement.
45. Sa définition. — A. — On peut le définir : Une opération de l'esprit par laquelle nous allons d'une connaissance préalable à une autre connaissance.
1° C'est une opération de l'esprit, avons-nous dit, et partant un acte immanent ; aussi le raisonnement est-il difTérent de l'argument qui le manifeste aux auditeurs.
2° Dans le raisonnement nous allons d'une connaissance préalable à une autre coiinaissance. Tantôt, en effet, en présence de deux objets, l'esprit saisit leur convenance on leur disconvenance immédiatement et il émet un jugement : tantôt'
n'apercevant ni convenance, ni disconvenance, il les compare avec un Iroisième objet plus connu ; ainsi de leur convenance ou de leur non-convenance avec ce troisième, il conclut que ces deux objets se conviennent ou ne se conviennent pas entre eux.
Ex. : Quelqu'un, pour savoir si l'âme est siuiple et incorruptible, ]ireiul pour moyen terme entre (inie et simple,l'idée de pensée et raisonne ainsi :
iLo principe de pensée est simple ; Or l'âme humaine est principe de pensée ; Donc l'âme humaine est simple.
H. — Le i-aisonncnient dilTère donc de l'appréhension et du juyenient, et cela de trois manières.
1° Par s;i nature. Le raisonnement s'opère à l'aide d'un moyen terme, le jugenunit n'a pas besoin du secours de ce troisième terme. Aussi on appelle le raisonnement, jugement médiat ou disciirsus ; raisonner, c'est, en efTet, aller « discurrere » d'une chose à une autre.
2° Par sa perfection. Le raisonnement est l'épanouissement le plus complet de la puissance de l'iirtellect humain.
3" Enfin par le sujet c^ui raisonne, et qui est l'homme seul. C'est par une seule intuition que Dieu se saisit lui-même et toutes ses créatures. L'ange les saisit par plusieurs jugements ; mais raisonner est le propre de la'raison humaine.
46. Éléments du raisonnement. — Ils sont au nombre de trois, savoir : trois idées, trois jugements, et une conséquence :
1° Deux idées que l'on compare à une troisième, et qui se trouvent ainsi répétées deux fois chacune, au moins implicitement: c'est la matière éloignée du raisonnement. Les deux premières se nomment extrêmes, et la troisième moyen terme. Le ffrand extrême a le rôle d'attribut, et \e petit extrême celui de sujet dans la conclusion.
2o Trois jugements, qui sont la matière prochaine du raisonnement. Les deux premiers s'appellent ^>'é>;«isses ou antécédents, le troisième conséquent ou conclusion.
3" La conséquence est le droit de conclure de l'antécédent au conséquent. On l'appelle aussi force du raisonnement. Si A =z H, et \i z= C, j'ai droit de conclure que A =z C : la couséquence s'impose.
PUEAlIliKE PARTIE, DLfVLECïiyLE
11 y il donc une grande différence entre le conséquent et la conséquence. La vérité ou la fausseté de la conséquence ne dép(Mident pas nécessairement de la vérité ou de la fausseté du conséquent. Le conséciuent pourrait être vrai et la conséquence fausse, comme dans le cas suivant : Tout homme est animal ; or TuUius est homme ; donc la terre est ronde. Au contraire, il peut arriver que le conséquent soit faux et la conséquence vraie. C'est le cas des raisonnements de ce genre : Toute substance est matérielle ; or l'esprit est une substance ; donc l'esprit est matériel.
Dans le premier cas, le conséquent est dit malériellenient vrai et foimelleinent faux ; dans le secoml, il est matériellement faux et formellement vrai, .\ussi, dans l'argumentation scolasli([ue, souvent on concède le conséquent et on nie la conséquence ; ou bien on nie le conséquent cl on concède la conséquence. Mais l'un et l'autre peuvent être à la fois formellement vrais ou formellement faux.
47. Fondement du raisonnement. — En dernière analyse le raisonnement repose sur le premier principe : Une même chose ne peut à la fois être et nêtre pas. Il est facile de le démontrer.
Le processus rationnel, avons-nous dit, s'appuie immédiatement sur deux principes. Si les deux termes dont on étudie les relations conviennent à un troisième, l'esprit affirme leur convenance entre eux, en vertu du principe d'identité : Deux choses égales à une troisième sont égales entre elles. Si l'un des deux termes convient à un troisième et que l'autre ne lui convienne pas, on affirme qu'ils ne se conviennent pas entre eux, en vertu du principe contraire : Deux choses., dont l'une seulement est égale à une même troisième, ne sont pas égales entre elles.
Cela posé, il est bien évident que ces deux principes reposent sur le principe de contradiction. Car si deux choses égales à une troisième sont égales entre elles, c'est parce qu'elles ne peuvent à la fois être et n'être pas égales, comme une même chose ne peut à la fols être et n'être pas.
ARTICLE II
Espèces de raisonnement.