Farges, ibid., p. ICO-lil
occupe un lieu à lui spécial, se trouve, par ex., dans une maison, dans un vase. — Elle découle immédiate)) lent de la quantité dimensive ; les corps, en effet, occupent un lieu parce qu'ils ont des parties en dehors des parties, dont la dimension doit occuper un certain volume de l'espace : cela est confirmé tout à la fois par l'expérience et l'autorité des physiciens. — Puisque l'étendue a son premier fondement dans la matière, on voit assez que c'est en elle qu'il faut, en dernière analyse, l'echercher le p)'i)icipe de la localisation.
B. — Quant à savoir s'il répugne qu'un corps soit en plusieurs lieux à la fois, d'une présence locale, c'est là l'objet d'une très vive controverse entre philosophes chrétiens. Scot, Suarez, Bellarmin, Franzelin sont pour l'affirmative ; la négative est soutenue par S. Thomas, S. Bonaventure et beaucoup d'autres : nous sommes avec eux.
Thèse i
La ))iallilocatio)i vù'tuelle ou mixte )ie )'épug)ie poi)it, ))iais la
mullilocation circonscriptive est conU'adictoire.
I. — La multilocation virtuelle est celle en vertu de laquelle un pur esprit, exempt de quantités dimensives, ou bien un corps, ayant sa quantité externe non actualisée, mais seulement en puissance, est présent et agit en divers lieux, à la manière d'un esprit (OntoL, n. 124). Or l'étendue n'étant pas de l'essence des corps, il ne paraît pas contradictoire qu'elle ne soit qu'à l'état de la puissance, et que par suite la substance d'un corps soit à la fois en plusieurs lieux : c'est ainsi, d'après les théologiens, que le corps du Christ est dans des hosties différentes *. — Pour une raison analogue, on peut concevoir une multilocation mixte, en vertu de laquelle le corps est par présence locale dans un lieu et par présence virtuelle dans plusieurs autres lieux. — Mais il faut remarquer que la matière et la forme exigent naturellement l'étendue : par suite, la multilocation virtuelle ou mixte ne peut arriver que par un miracle de la puissance divine.
II. — Mais que le même coi'ps (au point de vue de sa quantité dimensive) soit, d'une présence locale, ou comme on ditj circonsonptive, dans plusieurs lieux à la fois^ cela implique
\i Sum. Theol,, p. III, q. 76, a. 5.
contradiction. En effet, la localisation n'a pas d'autre raison d'être que sa quantité extensive. Or un corps n'a (ju'une seule quantité totale ; autnunent il pourrait être double et triple de lui-même, et le principe d'identité serait ruiné. Donc il n'a aussi de présence circonscriptive qu'en un seul lieu. — Que s'il pouvait occuper deux lieux, pourquoi pas milk^ ? pourquoi pas tout l'espace? pourquoi ne resterait-il pas en un lieu, tout en voyageant dans un autre? autant de conséquences invraisemblables, mais logiques dans l'opinion contraire.
On nous réplique : — Dieu peut augmenter les forces naturelles des créatures ; donc à une substance, il peut donner plusieurs quantités différentes et plusieurs présences locales.
Bép. — Nous nions la conséquence : Dieu, en effet, ne peut pas faire que la même quantité soit une et multiple, toute en un lieu et toute en un autre, d'un volume donné et en même temps du double de ce volume ; tout comme il ne peut pas faire que la même âme soit la forme de plusieurs corps. — Quant aux faits qu'on allègue, comme les apparitions de saints, ils s'expliquent facilement par une localisation virtuelle ou mixte, ou môme par l'action îles anges.
77. Existence et nécessité dans les corps de l'impénétrabilité'. — A. — La propriété par laquelle un corps s^oppose à toute pénétration par un corps étranger, s'appelle impénétrabilité. — Or, 1" non seulement l'expérience, mais la raison établissent que tout corps jouit de cette propriété : si, en effet, il ne résistait énergiquement à un mélange étranger, il ne serait pas localisé, ni indivis en lui-même et distinct de tout autre.
2° Mais cette propriété est accidentelle ^ et ne fait pas partie de l'essence, car elle est fondée sur l'étendue qui n'est pas ellemême essentielle aux corps. D'où l'erreui' de ceux qui enseignent que l'impénétrabilité est essejitielle aux objets matériels, et que sans elle il serait impossible de concevoir l'existence de la matière.
3° Cette propriété, fondée sur l'étendue, découle de la matièi'e, mais elle ne peut se concevoir en acte sans une force de résistance, qui elle aussi suppose un principe d'activité.
B. — Quant à savoir si, l'impénétrabilité cessant^ un corps peut par miracle être compénétré par un autre, les philosophes
i. Farges, oiur. cili, f. fî3-181.
chrétiens l'affirment contre les modernes. Il suffit, en effet, d'avoir bien compris la notion aristotélique d'acte et de puissance, pour concevoir soit l'extension, soit la force de résistance d'un corps, réduites à l'état de puissance virtuelle. Sans doute, c'est un état violent et contre nature, mais qui n'a rien d'impossible. Or, l'extension et la résistance d'un corps étant diminuées ou supprimées, rien ne s'oppose plus à sa compénétration par un autre corps.
Et que l'on ne dise pas que cette notion conduit à confondre la substance corporelle avec la substance spirituelle, car, dans cel état virtuel, le corps possède toujours une aptitude et une tendance à la diffusion dans l'espace et à la résistance, dont le pur esprit est incapable (Ont., n. 124).
78. La compression et la dilatation du volume des corps K Le volume est la dimensioii de l'espace que le corps remplit de sa présence réelle. — Dans un même corps il peut être tantôt plus grand, tantôt plus petit, comprimé ou dilaté, l'expérience le prouve. Aussi cherche-t-on d'où vient le changement de volume, ou même s'il est seulement apparent ou réel. Il sera apparent., s'il a pour cause la diminution ou l'augmentation des vides interatomiques, et non la quantité extensive ellemême ; réel, si c'est la quantité même des atomes ou des molécules qui est augmentée ou diminuée. Les physiciens modernes admettent exclusivement la première hypothèse, la seconde est aussi soutenue par les scolastiques comme possible, et même comme nécessaire dans certains cas.
Thèse ii Sont possibles et même nécessaires des compressions et dilatations réelles du volume des corps. i. — Elles sont possibles - : — soit parce que l'étendue dimensive peut être totalement réduite, au moins par Dieu, à l'état de puissance, à plus forte raison peut-elle l'être partiellement ; — soit parce que de fait, ordinairement du moins, une nouvelle forme n'est pas introduite sans changement de volume dans les corps combinés sous l'influence des agents physiques, tels que chaleur, électricité, etc.
i. Farges, owvr. cité, p. 176-181. — 2. Farges, ouvr. cilé, p. 182-185.
SKCONUE PAUTIE, LES COUP:
C'est lu, nuus l'avouons, une donnée inconciliable avec la Ihéorie atomiste qui fait consister l'essence des corps dans l'étendue ; puisque l'essence n'est pas susceptible d'augmentation ni de diniinuti(jn. Mais cette difliculté s'évanouit dans la théorie scolastique, qui fait de l'étendue une simple propriété des corps, et on déduit cette conséquence logique, qu'elle peut être augmentée ou diminuée.
II. — EUes paraissent nécessaires, pour expliquer plusieurs faits, tels que l'élasticité, le mouvement des corps, la liquéfaction des gaz.
l" L'élasticité. — En effet, d'après les lois de la mécanique qui régissent le choc de deux corps élastiques, toutes les fois qu'un atome sous l'influence d'un moteur quelconque est projeté contre un autre atome, il se déforme aussitôt, puis réagit et tend à revenir à sa position première. Ce fait, puisqu'il n'y a point de vide dans l'atome continu (n. 70), ne saurait s'expliquer que par une compression réelle de son volume, compression bientôt suivie de dilatation.
2° Le inouvetnentK — Les savants admettent communément aujourd'hui que tous les vides intermoléculaires des corps sont remplis par la substance de l'éther. D'autre part, il faut admettre aussi la continuité parfaite de l'éther, surtout pour expliquer les vibrations transversales de la lumière, et éviter l'hypothèse absurde dune action à distance (n. 70). (>cci posé, il faut conclure, tout au moins pour la substance de l'éther, à l'existence d'une compression réelle ^. Autrement, connue dit le poète :
« .Nous séchons pour concevoir
Gomment tout étant plein, tout a pu se mouvoir. »
.3° La liquéfaction des gaz. — Le fait qu'un volume immense, par ex., de chlore ou d'autres corps gazeux, puisse par la liquéfaction être réduit à urt tout petit volume, ne paraît suffisamment e.xpliqué, que si l'on admet, outre la suppression des vides interatomiques, une vraie compression quantitative -K
1. Farges, ouvr. cité, p. 186-189. — 2. Farges, ouvr. cilé, p. 182-191. ges, ouvr. cilé, p. 191-195.
458 COSMOLOGIK
ARTICLE III
Les qualités des corps i .