‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 252 sur 291 · TROISIÈME PARTIE, LA VIE il I · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, LA VIE il I

trilioa ; donc ils ne se distinguent pas spécifiquement de ces derniers ; 1.1 cioissance n'est donc qu'un elFet de la nutrition i.

La doctrine plus commune chez les scolastiquen distingue la croissance de la nutrition, à trois points de vue': 1» Leur objet est distinct : la nutrition a pour but l'assimilation ; la croissance tend au développemenl ou à la reconstitution des organes - ; et la génération a pour fin la multiplication des individus et la stabilité de l'espèce 3. — 20 Leur existence est distincte : ces fonctions sont, en effet, séparables et même séparées dans un même individu ; ainsi, après un certain temps, la croissance cesse, tandis que la nutrition continue. La génération n'existe pas dans les jeunes plantes, les jeunes animaux ; et quand ils vieillissent, elle cesse bien avant la mort. — S" Enfin leur perfection est subordonnée, car la nutrition est le fondement de la croissance, et celle-ci de la génération. Les deux premières fonctions, par conséquent, semblent bien se subordonner à la génération et n'exister que pour elle, comme pour leur supérieure : elles sont donc distinctes.

§ II. — • Sujet de la vie végélalive.

93. Le minéral, au moins le cristal, a-t-il la vie végétative ? — Plusieurs modernes le supposent, pour cette raison que la constitution et les fonctions du cristal paraissent être les mêmes que celles des êtres organiques *. Mais ce n'est là qu'une vue superficielle.

A. — Le cristal a une structure géométrique qui n'est nullement organique. Chacun de ses éléments a exactement la même figure que les autres. Dans l'être organique, au contraire, chaque partie a sa constitution propre, sa forme et ses fonctions spéciales : c'est ce que nous avons appelé la différenciation des organes ".

B. — Pareillement le cristal n'a aucune fonction végétative. \° Il ne se nourrit pas, n'absorbe aucun élément nouveau

par intussusception, mais se borne à ajouter par une juxtaposition extérieure quelques molécules exactement semblables à celles qui le composent déjà. Il n'y a donc en lui ni assimilation, ni désassimilation, ni aucune image du « tourbillon vital ». Ceci ne fait aucun doute pour les crystallographes.

2° Il ne grandit pas à proprement parler. Il n'y a pas chez lui évolution d'organes, puisqu'il n'en a pas, et que d'ail-

\. Frédault, TraiU d'Anthropologie, p. 290. — 2. Faiges, La vie, p. 41. — 3. Liberalore, Comp. hum., n. 84-85. — 4. Vallet, ia vie, p. 5i. —De Quatrefages, ie^p. hum.. 1. I. — Chauffard, La vie.— Thoulet, Vie drs minéraux. ~ 5. Comv hum 11.35-36.

leurs la nutrition, qui seule la rendrait possible, n'existe pas chez lui. A plus forte raison, on ne trouve en lui ni déclin, ni maladie, ni mort.

. 3° // Jie se reproduit pas, puisqu'il ne meurt pas et n'a point à perpétuer l'espèce. Le cristal, en effet, comme tous les minéraux, garde sa forme jusqu'à ce qu'un accident fortuit vienne à le détruire ; et, de même qu'il ne naît pas d'un cristal semblable, il ne saurait en engendrer un autre.

Il n'y a donc entre la nature du cristal et celle de l'être organique qu'une ressemblance apparente ou une analogie lointaine.

94. La plante a-t-elle, outre la vie végétative, une vie sensitive ? — Certains pensent que la plante a une sensibilité rudimentaire : tels sont, chez les anciens, Empédocle et Platon ; chez les modernes, Leibnitz, de Tracy, Robinet, Darwin, etc. Les Manichéens allaient jusqu'à accorder une ànie raisonnable à tous les vivants.

Thèse

La plante n'a aucune faculté sensitive.

1 . Preuve a priori. — Une faculté sensible serait inutile au végétal, puisque sans elle il atteint sa fin naturelle : nutrition, croissance, reproduction. Elle lui sei'ait même nuisible, puisque, fixé au sol, il ne saurait aller chercher les objets qui lui plairaient ou fuir ceux qui lui déplairaient.

2. Preuve d'expérience. — C'est sans raison qu'on accorde aux plantes des sensations, par ex., de douleur, de joie, de froid et de chaud. Il est scientifiquement certain, en effet, que. le végétal manque de système nerveux et de tous les organes, si rudimentaires soient-ils, de la vie sensitive. Or sans organe point de sens, ni partant aucune opération sensible.

Obj. — Certaines plàûtes, dès qu'on les touche, retirentleurs feuilles : c'est le cas de la sensitive. D'autres, les mimeuses, les tamarins, etc., pendant la nuit, semblent dormir ; d'autres se portent spontanément vers un terrain meilleur ou vers une lumière plus favorable, c'est le cas de l'héliotrope. Il y a donc chez les plantes des fonctions sensitives.

Rép. — Qu'il y ait, dans les cas cités, un semblant de sensibilité, je le conc, une sensibilité réelle, je le nie. — 1" La contraction des feuilles chez la sensitive n'est pas une opération sensible, mais purement vitale, peut-être analogue à la contraction qu'on remarque dans des muscles insensibles et séparés des nerfs. — 2° Ce que nous prenons

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