Définition et espèces de lois de la nature
A. — On peut définir les lois de la nature : le mode d'agir coiistant et uniforme que les agents pligsiques suivent dans leurs opérations.
10 C'est un mode d'action propre à chaque être, et divers suivant leur nature ; il a donc son fondement intrinsèque dans les principes constitutifs de l'être, d'après cet axiome : « tel être, telle opération ». Aussi, considérée en dehors des agents et de leurs opérations, la loi n'est-elle qu'une abstraction incapable de rien produire et de rien expliquer.
2° C'est un mode constant et uniforme : car les essences physiques étant permanentes et stables en chaque être, comme le sont ses propriétés naturelles, il est nécessaire qu'elles produisent toujours et partout les mêmes effets, dans les mêmes conditions, à moins qu'il ne survienne quelqu'empêchement extrinsèque. Ainsi la perinanence de la loi est l'effet de la permanence des essences physiques.
B. — Il y a deux espèces de lois naturelles : les unes sont universelles, et régissent tous les êtres physiques ; les autres sont plus spéciales, et ne s'appliquent qu'à une espèce particulière d'êtres. — Les premières sont appelées aujourd'hui lois cosmiques, et représentent surtout le plan général de l'auteur de la nature ; les secondes lois physiques.
118. Lois très générales de la nature. — Les principales sont: la loi de sagesse, la loi de constance, la loi d'utilité, la loi de moyen naturel, la loi de simplicité, la loi d'unité, la loi de diversité et enfin la loi de continuité.
I. — La loi de sagesse s'exprime ainsi : « La nature est très sage et prévoyante », comme il convient d'abord à Dieu, puis à son œuvre.
II. — La loi de constance ou de slabilité : « la nature, dans les mêmes circonstances, produit toujours les mêmes effets. »
III. — La loi d'ulililé qu'on formule ainsi ; «. La nature ne fait rien en vain. » Ce qu'on prouve facilement par l'expérience, car on ne trouve aucune loi inutile dans le monde, et tout y a sa fin propre.
IV. — La loi du moyen 7iaturel gouverne aussi la nature ; car, la création une fois faite, Dieu n'agit plus immédiatement, mais médiatement ou seulement par les créatures, lorsqu'il s'agit d'effets que les causes secondes suffisent à produire.
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\'. — La loi de simplicité peut s'exprimer ainsi : « La nature suit toujours les voies les plus simples, et ne prend jamais les moyens compliqués, lorsqu'il y en a de plus simples. »
VI. — La loi d'uniU- est double : — aj Le monde est un, rar tous les titres ont une lin commune, c'est-à-dire que la diversité des corps physiques ne forme qu'un même système ; — 6) Cha(jue nature est déterminée à une fin sprcmle, par ex., IVnil ;i voir, l'oreille à entendre. La nature, en cdet, n'étant pas lihro, suit nécessairement la direction que lui a donnée son auteur.
VII, — La loi de diversité : « Il y a de la diversité dans l'unité », C'est de leur combinaison que naissent l'ordre et la beauté du monde.
119. Etude particulière de la loi de continuité. — La loi de continuité est ainsi formulée par les anciens : « Le des-n'" le plus élevé de la nature inférieure confine nu degré le plus bas de la nature supérieure », ou par Leibnitz : « La nature ne fait pas de sauts. ;>
A la suite de S. Thomas ', tous les scolaslicjues admettent cette loi. iMais ils rejettent le sens ([ue lui donnent Leibnitz, les évolutionnisles et tous ceu.\ qui prétendent qu'il existe dans le monde physique des essences équivoques et intermédiaires, en sorte que les êtres ne différeraient pas entre eux, à proprement parler, par leur essence, mais seulement par leur degré de perfection. Cette opinion nous paraît contredire l'expérience et la raison.
1° La raison, car il y a des propriétés par lesquelles les êtres dilTérent essentiellement, comme sont les facultés végétatives, sensitives et raisonnables. Soutenir que l'organique et l'inorganique, le sensitif et le non sensitif, le raisonnable et le non raisonnable sont une même essence, c'est admettre une notion impossible, puisqu'elle rassemble des propriétés contradictoires.
2° L'expérience montre que les adversaires n'ont jamais pu rencontrer de types vraiment intermédiaires.
1. Les uns supposent que les cristaux sont des êtres intermédiaires entre les minéraux et les plantes, et accordent ainsi la vie aux minéraux : nous les avons déjà réfutés (n. 93).
2. D'autres placent le polype entre la plante et l'animal : mais tout le monde admet aujourd'hui que le polype, comme l'enseigne Flourens, a des facultés sensitives et est un animal.
3. D'autres enfin veulent constituer une espèce intermédiaire entre l'animal et l'homme, et les transformistes y placent Vanlhropopithèque, Locke les crétins, Biichner les sauvages. Mais en ces allégations, rien de vrai : le fameux anthropopithèque est encore à trouver, on le cherche vainement ; quant aux crétins et aux sauvages, si peu intelligents qu'ils soient, ils ne sauraient être placés hors de l'espèce humaine ^.
1 . Contra Cent., L. II, c. 68. — 2. Guibert, Us Origines ; Farges, La vie, p. 520.
120. Immutabilité des lois physiques, — Tous les naturalistes qui nient l'existence de l'Etre suprême, ou son intervention dans les choses de la nature, exagèrent cette immutabilité. En voici le véritaJ)le sens.
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Les lois de la nature sont en soi absolument contingentes,
mais, clans l'hypothèse de la création, quelques-unes sont
nécessaires, la plupart contingentes.
I. — En soi elles sont contingentes i, — Car tous les êtres de ce monde sont contingents, ou peuvent être conçus comme non existants ; à plus forte raison, les lois naturelles pourraient ne pas être, ou être différentes, puisqu'elles ne sont que des modes d'action de ces êtres contingents. On conçoit, par ex., que le soleil eût pu tourner en sens inverse ; rien de contradictoire en cela.
II. — Dans l'hypothèse de la création, certaines lois sont nécessaires : on les dit htjpothétique.ment nécessaires.
a) Les unes, en effet, sont nécessaires à la constitution des essences ; si, par ex., il existe un homme, il est nécessairement composé d'un corps et d'une Ame.
b) D'autres sont les propriétés nécessaires des essences : que cet homme, par ex., puisse sentir et comprendre.
c) D'autres enfin sont des conséquences qu'on ne peut nier sans se contz'edire, car, comme dit S. Thomas, « si Pierre est assis, il ne peut à la fois être assis et debout » : sans cela, la même chose pourrait à la fois être et ne pas être.
III. — Mais la plupart des autres lois sont contingentes. — Car elles dépendent de conditions et de circonstances qui sont elles-mêmes contingentes, et peuvent ne pas se produire. Si, par ex., Dieu refuse son concours, le feu ne pourra brûler le martyr ; ou s'il supplée à l'insuffisance des causes secondes, le malade pourra guérir subitement, la vie pourra renaître dans un mort. Donc la plupart des lois sont contingentes,
Ohj . — Les essences des choses sont immuables; or les loisnatulolles découlent des essences. Elles sont donc aussi nécessaires. Rép. — Les essences des choses sont immuables, je dist., les essen-
i. Boulroux, De la contingence des lois de la nature ; De l'idée de la loi naturelle dans la science.
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ces métaphysiques, j'acc. ; les essences physiques, je dist. encore : en soi, passe, car les choses peuvent être détruites ou changées par une autre forme ; mais dans leurs opérations, je le nie. Car : !<> l'opération est un accident de l'essence, que Ton peut suspendre sans aucune contradiction ; 2° l'opération elle-même dépend non seulement du concours divin, mais de diverses circonstances, par ex., la masse, la position, la distance, qui peuvent changer même naturellement, soit par l'intorvenlion de l'homme, soit par le concours de causes accidentelles,
ARTICLE ÏII.
De /'Ordre de la nature.
121. Définition et division de l'ordre . — A. — I/ordre plivsl(jue (!st îdie adaptation des êtres de la nature à la poursuite de la fin spéciale à chacun, ou commune à tous, suivant des lois déterminées.
Nous avons dit: 1. — Une adaptation; aussi l'ordre suppose-t-il une intelligence, qui donne à chaque créature une fin, et dispose tout en elle vers la poursuite de cette fin (Ont., 70).
Or 2. — Cette fin peut être particulière à chaque créature ou commune à toutes : mais il faut Vunité dans la fin.
De plus .3. — La fin dont il s'agit ici est proportionnée aux êtres physiques, elle leur est naturelle : elle découle de la nature même des corps, et peut être atteinte par ses forces naturelles : l'ordre naturel se distingue ainsi de l'ordre surnaturel, dans lequel le principe, la fin et les moyens sont au-dessus des forces de la nature.
Enfin 4. — J/ordre naturel suppose aussi les lois tant particulières que généi'ales, dont nous avons déjà parlé : aucun être n'atteint sa fin, ni la cause première son effet dernier, que par l'intermédiaire des lois particulières ou générales.
B. — Il y a donc deux espèces d'ordres : l'ordre particulier et l'ordre universel ; aussi S. Thomas dii-il : « On peut considérer l'ordre à deux points de vue ; l'un, général, dépend de la cause première de toutes choses, et il embrasse par là même tous les êtres ; l'autre, particulier, dépend de chaque cause créée, et embrasse tout ce qui dépend de cette cause : ce dernier ordre est donc aussi varié que la diversité des causes créées ; chacun des ordres particuliers, toutefois, est subordonné à un autre, de même que les causes dépendent les unes des autres *. »