LE COURS DE LA NATURE
128. Qu'est-ce que le cours de la nature ? — Le cours de la nature est la série successive des effets, non seulement dune seule nature, mais de toutes les natures de ce monde^ dapres leurs lois naturelles.
Le miracle, dont nous venons de parler, est une dérogation au cours de la nature, puisqu'il le suspend dans un cas particulier, sans pouvoir l'arrêter jamais universellement (n. 124). Il nous reste maintenant à étudier ce cours de la nature dans son évolution, et à nous demander s'il est possible qu'une nature évolue et se transforme en une autre, et si cette évolution pourrait se continuer dans un progrès indéfini.
Nous aurons donc deux articles : I. L' Evolutionisme, IL Le Progrès indéfini.
ARTICLE L
L'Ecolutionisme.
129. Etat de la question '. — A. — La (juestion. — La géologie montre que la terre n'a pas toujours été habitée, et que les espèces tant animales que végétales ont souvent changé depuis la première apparition des habitants du globe jusqu'à nos jours. De là est née pour les savants cette question : Dieu
1. Farges, Lfl vie cl Vévolulion, p. 205 elsq. ; Conférences eccl. de Paris, 189G ; Annal, dephil., déc. 1897, janv. 1898, Vévolulion el les évolutions ; — Guiberl,i«s oriqines ; — Blanchard, La vie et les êtres animés ; — Jousset, Evolution et Irausformisme ; — de Nadaillac, Problèmes de la vie ; — L. de Leslrade, Transformisme el Darwinisme ; - de Qiiatrefages, Darwin et ses précurseurs ; Les Emules de Darwin ; L'Espèce humaine : — l'oiir l'évolution : LaniarU, PMI. zoologique ; — Darwin, Origine dei espèces ; Descendance de l'Iiomme ; — Haeckel, Hisl. de la création; — Gaudry, Les encfiaîncmenls ; Essai de Paléontologie philosophique, 1896 ; — Huxley, E. Perrier, l'. Leroy, Mivarl,R. P. Zalini, elc.
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a-t-il rivé suixessiviMuent tiiules les espèces de végétaux et (l'aiiiinaux, ou bien toutes les espèces descendent-elles d'un nièuie ancêtre ? La première hypothèse est celle du Créatianisine, la seconde de V Krolutionisme ou Trans/'orniisme.
\i. — Notions. — Tout d'ahord, il nous faut délinir l'espèce dont nous nous occupons, soit l'espèce métaphysique, soit l'espèce scientllique : et aussi distinguer soigneusement de l'espèce les races et les variétés.
Au point de vue phi/osop/iif/ite, l'espèce est la collection des individus qui ont un même type essentiellement semhlahle, et essentiellement différent des autres groupes spécifiques. La variété est constituée par un groupe d'individus, qui diffère notablement et non essentiellement du type spécifique ; si elle se multiplie par la génération, on l'appelle race.
Au point de vue scientifique, ces définitions sont également vraies, car, en classant les espèces, les savants ont toujours eu la pensée de former des groupes naturels ou essentiels, et non pas des groupes artificiels ou purement conventionnels. Y ont-ils toujours réussi ".'* C'est une autre question. En outre, ils ont essayé d'introduire dans leurs définitions de l'espèce quelques-uns des signes dislinctifs auxquels on peut les reconnaître (filiation, fécondité indéfinie, etc.) : ce qui est un problème des plus ardus.
C. — Opinions. — Si l'on se contentait de soutenir que les espèces de nos classifications botaniques et zoologiques, ne sont pas de véritables espèces, et que ce titre n'appartient qu'à un groupe supérieur, tel que genres ou familles..., ce ne serait l^i qu'une question de classification, sans aucune portée philosophique, que les recherches de la science pourraient seules éclaircir. Des savants hostiles à l'évolution, tels que Linné, ont déjà proposé cette hypothèse ; et, en ce sens, le créatianisme est compatible avec certaines kiXohxWons partielles. — Mais l'évolutionisme universel va plus loin. Il prétend qu'il n'y a plus d'espèces, dans le sens véritable de ce mot, et que les genres eux-mêmes, les familles, les ordres, les classes et les embranchements ne sont que des variétés accidentelles issues d'un ancêtre commun. Les plus hardis vont même jusqu'à prétendre que les minéraux et les plantes, l'homme et l'animal, ne diffèrent pas essentiellement, cl font ;iiiisi l'unité
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OU plutôt la confusion des natures du haut en bas de l'échelle des êtres. Or c'est là une hypothèse métaphysique, qui ne saurait être de la compétence exclusive du savant, et qui doit aussi relever du métaphysicien.
D. — Principes de solution. — \.° II y a dans la nature des êtres d'espèces ou d'essences différentes. — Nous l'avons déjà prouvé pour le monde minéral, à la lumière du principe : <( telle opération, tel agent » (n. 44-46). La preuve est la même pour les vivants. Ici l'unité d'essence est encore manifestement contredite par la multiplicité des caractères anatomiques, morphologiques, physiologiques et psychologiques essentiellement différents et souvent irréductibles.
2'' Les formes spécifiques ne peuvent changer d'essence^ malgré les variations de leurs propriétés accidentelles ; encore moins peuvent-elles dériver les unes des autres. Autant vaudrait dire que le cercle peut produire le carré, et que tous les métaux peuvent se changer en or.