Fortune du syllogisme dans le cours des temps
I.e syllogisme, assui'cnicnt, n'a pas obtenu dans tous les temps une égale faveur : que ce soit au profit ou au grand dommage de la philosophie, nous ne le rechercherons pas ici.
1° Tout d'abord, jusqu'au xv' siècle, il fut wiwersetlement en grand honneur, chez les Grecs, les Romains, les Arabes et tous les philosophes du moyen âge. Leur estime s'est transmise à plusieurs philosophes modernes tels que Leibnitz,de Maistre, Cousin, qui ont vanté le syllogisme, tant pour son utilité que pour l'art ingénieux qui se remarque en sa structure.
2" Mais au xvi*' siècle, quelques scolastiques ayant abusé du syllogisme dans des disputes oiseuses, ce fut une occasion pour beaucoup d'esprits de s'élever avec violence contre cette discipline de la raison humaine.
Les novateurs, Luther et Calvin, affirmèrent que le syllogisme n'est autre chose que cette « vaine tromperie ».. contre laquelle l'Apôtre nous met en garde. D'autres, après Bacon et Locke, prétendirent que le procédé syllogistique était inutile, voire même nuisible : l'induction aurait seule à leurs yeux quelque valeur. Puis les Cartésiens, partisans de la nouvelle méthode de Vidée claire, se liguèrent avec eux. Enfin à tous ces adversaires s'ajoutèrent, en haine de la religion, la secte des rationalistes ; et, par défiance des forces de la raison humaine, Hautain et La Mennais.
117. Utilité et grande importance du syllogisme. — Quelle que soit l'opinion des adversaires de la saine philosophie, l'utilité du syllogisme est manifeste, surtout à quatre points de vue : 11 sert beaucoup à la culture de l'esprit, à la recherche du vrai, ù l'enseignement et à la démonstration, enfin à la réfutation des erreurs. Quelques témoignages suffiront à nous en convaincre.
I" Il cultive l'esprit. « Le syllogisme régulier, écrivait Cousin, suppose une haute culture ; il l'atteste et en même temps il l'augmente. » Et ailleurs : « La rigueur de la forme se réfléchit sur l'opération de la pensée, elle se communique à la langue du raisonnement, et bientôt à la langue générale elle-même. De là peu à peu des habitudes de sévérité et de précision qui passent dans tous les ouvrages d'esprit, et influent puissamment sur le développement de l'intelligence. »
2'» Il aide à la recherche de la vérité. Leibnitz pensait « qu'une pauvre tête avec le secours des règles peut l'emporter sur les meilleurs
esprits ; exactement comme un enfant peut avec une régie tracer une ligne droite qu'aucun maître avec la main libre ne pourra imiter ». Et il ajoutait : « C'est une mathématique universelle, et l'on peut dire qu'une sorte d'infaillibilité y est contenue. » — Le P. Gratry était du même avis ; il a démontré qu'on est redevable au syllogisme de bon nombre de découvertes, non seulement dans les sciences rationnelles, mais même dans les sciences physiques.
3° S'il s'agit de démonstration, tous les professeurs des sciences exactes savent par expérience que, grâce au syllogisme, on enseigne plus vite, plus clairement, et avec moins de difficultés.
4" Quant à la réfutation du sophisme, voici les paroles de Sixte V dans sa Bulle Triumphantis : « Rien de plus vigoureux, dit-il, rien de plus subtil que l'argumentation syllogistique, pour séparer la lumière des ténèbres, le vrai du faux, pour arracher le masque aux hérétiques et mettre à nu leurs mensonges enveloppés de mille prestiges fallacieux. »
118. Usage des règles du syllogisme. — 1. Il ne manque pas de gens, à notre époque, pour tourner en ridicule les vers qui résument et gravent si bien dans la mémoire les règles, les figures et les modes du syllogisme. C'est eux que le P. Gratry critiquait si à propos, lorsqu'il écrivait : « Il n'y a pas aujourd'hui d'écolier qui ne sache se moquer d'un Barbara ou d'un Baroco ; mais il n'en est aucun qui n'incline la tète devant un X ou un Y. »
2. D'autres, tout en appréciant à sa valeur l'art du syllogisme, ont voulu réduire le nombre des règles que nous ont léguées les anciens.
Ainsi Bossuet n'admet que six règles : « Le syllogisme n'a que trois termes. — Une des prémisses est affirmative. — Il n'y a rien de plus dans la conclusion que dans les prémisses. — La conclusion suit toujours la plus faible partie. — Le moyen terme doit être pris, au moins une fois, universellement. »
Goudin ne reconnaît d'utilité réelle qu'à quatre règles. — Doney ne veut que trois règles dans son ouvrage : Insiitutiones logicœ. — D'autres enfin estiment gtinne seule suffît : « Dans tout syllogisme une des prémisses doit contenir la conclusion, et l'autre doit montrer qu'elle y est contenue. »
Parmi ces nouvelles règles, les unes ont l'avantage de la brièveté, mais diffèrent peu pour le sens des règles des an-