DE LA DÉFINITION
Nous en étudierons : les Espèces, les Règles et l'Usage.
ARTICLE I
Espèces de définitions.
130. La définition: sa nature ; ses espèces- — A. — Si nous considérons la force du mot, définir signifie poser des limites fixes. De même, en effet, qu'un champ est séparé par ses limites d'un autre champ, ainsi les objets ou les mots sont distingués les uns des autres par leurs définitions.
\. Fonsegrive, 1.0,7., Leç. 8», n. VI. — Logique de Port-Royal, 2' part., ch. MAK. — Boirac, Cours de Phil., p. 204-205. — Rabier, Log., ch. 15. — Bossuet, Log., Liv. Il, ch. 43.
VHEAUÈRE PARTIE, DIALEC'ilQUE 03
Au sens vulgaire, la définition est un discours par lequel on répond à quiconque demande ce quesl une chose. Ainsi, à cette question : qu'est-ce que l'iiine ? nous répondons par cette définition : rame est le principe premier de la vie.
B. — Il peut arriver qu'on recherche le sens d'un mot, ou bien la nature de la chose exprimée par ce mot : la définition sera donc nominale ou réelle. La définition nominale explique le sens d'un mot ; la définition réelle montre les propriétés de la chose elle-même.
Quelques modernes en ajoutent une troisième, la déflnition du concept ; elle indique l'idée que se forme tel individu de tel objet. Ainsi un matérialiste dira : Je conçois l'âme comme quelque chose de tluide et matériel. Mais l'exemple même montre que la déflnition d'un concept se ramène a une définition de mots.
131. Espèces de définitions nominales. — La définition nominale peut n'ètz'e qu'une simple explication étymologique ou de l'origine d'un mot. Ex. : Le mot « philosophie » vient de deux mots grecs : oO.o; (ami) et oroyta (sagesse). Certes, l'étymologie est un moyen fort important pour trouver le sens des mots ; cependant il n'est pas absolument sur ; l'usage ayant souvent changé la signification primitive d'un mot.
Si volet usus,
Quem pênes arbitrium jus est et norma loquendi.
Le mot spiritus, par exemple, a d'abord été donné à un soufile matériel, et aujourd'hui il signifie esprit.
La définition nominale, qui recherche non seulement l'étymologie, mais aussi la signification du mot, peut' être commune ou privée.
La définition commune déclare ce que, du consentement universel, on entend par tel mot. C'est ainsi qu'on définit Dieu: l'Etre infini, ou la cause première de toutes les choses.
La définition nominale est privée, si un auteur, de sa propre autorité, détermine le sens d'un mot. Ainsi fait Descartes, quand il définit l'àme : un principe essentiellement en action de penser.
132. Espèces de définitions réelles. — La définition réelle • est extrinsèque ou intrinsèque. La définition extrinsèque explique un objet par des principes qui ne sont pas inhérents à
cet objet ; ex. : l'esprit humain est une substance que Dieu a créée à son image et à sa ressemblance, pour lui donner le bonheur éternel. Cette définition montre l'auteur, l'exemplaire et la fin de l'àme, autant de causes qui lui sont purement extrinsèques.
La définition intrinsèque, au contraire, explique un objet par les principes inhérents à cet objet. Elle est descriptive ou essentielle. La définition descriptive énumère, dans un style large, les propriétés accidentelles d'un objet. Ainsi Virgile peignant Polyphème :
Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademplum,
Trunca manu pinus régit, et vestigia firmat.
La définition essentielle embrasse les seules propriétés qui constituent dans son espèce l'objet défini, et le distinguent de toute autre, ex. : l'homme est un être composé d'un corps organique et d'une àme raisonnable. C'est en ce sens qu'Aristote a dit que la définition est l'expression de l'essence :
De fait, il y a beaucoup de définitions essentielles qu'on a coutume d'appeler aussi logiques et scientifiques. Ceci est à remarquer contre les modernes (positivistes et matérialistes) qui prétendent que toute définition est purement nominale. Puisque la définition est une manifestation du savoir, le savoir serait impossible, si la définition n'exprimait autre chose qua l'acception des mots (Ont., n. 20).
ARTICLE IL
Règles de la Définition.