Lois fondamentales de la définition logique. • — Les
lois de la définition peuvent se ramener à deux :
l'"Moi : La définition doit être plus claire que la chose à définir. Si l'on donne une définition, c'est pour faciliter la connaissance de quelque chose et permettre d'éviter avec plus de sûreté toute ambiguïté. On ne peut donc expliquer une chose obscure par une autre encore plus obscure.
2*^ loi : La définition doit convenir à tout l'objet défini et à ce seul objet. — La définition en effet exprime, d'une part, la nature d'une chose, d'autre part elle distingue cette chose de toutes les autres* Or, si elle ne convenait pas à tout l'objet
PREMIEHE PARTIE, OIALECTKJUE
défini, plie n'exprimerait, pas sa nature ; si elle ne convenait pas au seul objet défini, elle ne le distinguerait pas des autres.
Connue on le voit, la première loi ressort du concept générique de la définition. Puisqu'elle est une manifestation du savoir, elle doit donc être plus claire que la chose à définir.
La seconde a trait à la nature spécifique de cette première manifestation du savoir, qui est de donner une notion complète et explicite de l'essence d'une chose.
134. Y a-til d'autres règles de la définition? — Selon différents auteurs, il y a plusieurs règles qui ressortant des deux lois admises plus haut. La définition, en efTet :
1° Pour être claire, doit être courte ; un mot inutile, un terme n'exprimant qu'une propriété accidentelle, un style prolixe, loin de servir à la précision du savoir, lui sont un obstacle. — Pour la même raison, elle ne doit pas, au moins en général, être îiéyalive ; la définition négative, en effet, ne dit pas ce qu'est une chose, mais ce qu'elle n'est pas. Au moins en général, disons-nous, car il peut arriver qu'une chose ne puisse être connue et définie que négativement ; tel est le cas des privations, par ex., du néant qui ne se définit que par le défaut d'être. — Enfin elle ne doit pas être métaphorique ; nous en avons donné la raison en parlant de l'usage des termes dans les sciences (n. G7).
2" Pour convenir à tout l'objet défini et à lui seul, la définition doit en exprimer le genre prochain et la différence spécifique. Ainsi dans cette définition : l'homme est un animal raisonnable, le mot animal exprime le genre prochain, ce que l'homme a de comnum avec les animaux ; le mot raisonnable exprime la différence spécifique, ce qui distingue l'homme des autres animaux. — l*our la même raison, elle doit être réciproque ou convertible : c'est-à-dire que la définition doit pouvoir se substituer à l'objet défini. Je puis dii'e, par exemple : l'esprit bumain est une substance spirituelle, forme du corps ; ou réciproquement : la substance spirituelle, forme du corps, est l'esprit bumain. — Il faut prendre garde en outre que le mot à définir n'entre dans la définition ; dans ce cas, on expliquerait la chose par elle-même ; c'est ce qu'on appelle une tautologie. Telle est cette définition : « la volonté est le pouvoir de faire ce qu'on veut. »
ARTICLE m.
Usage de la définition.
135. Peut-on et doit-on tout définir ? — Cette question peut se poser pour une définition nominale et descriptive, ou pour une définition essentielle.
Pour \di première, il n'y a point de difficulté. Tout peut être éclairé de quelque manière par l'explication du nom, l'indication des propriétés, une simple description parfois.
Dans le second cas, il est certain que tout ne peut être défini. La raison générale en est que dans les définitions il est impossible de remonter à l'infini. Si je définis une chose par une autre, celle-ci par une troisième et ainsi de suite à l'infini, je n'aurai aucune définition. C'est comme si tout corps, pour être lumineux, devait être éclairé par un autre : il n'y aurait plus aucun corps éclairant par lui-même, ni aucun corps éclairé.
Voici deux raisons plus spéciales. — L'une est la simplicîlé de certaines notions, comme les no lions transcenden taies d'être, de vrai, et celles des genres suprêmes ; l'autre est la complexité de certains objets, comme sont les individus et bon nombre d'essences, dont la différence spécifique échappe à notre faible intelligence. Les premiers sont trop clairs, et les seconds trop obscurs pour nos esprits.
Il n'est donc pas besoin de tout définir ; il n'est même pas toujours possible de définir.
136. Méthodes pour trouver une définition. — H y en a deux : la méthode à' analyse ou descendante, la méthode de synthèse ou ascendante.
hd. première part de choses plus universelles pour descendre à de moins universelles. Pour cela on divise le genre en ses parties, jusqu'à ce que l'espèce trouvée puisse être mise à la place de l'objet à définir et réciproquement. Ainsi pour définir l'homme, je prends le genre suprême (n. 30) et je dis : l'homme est une substance. Mais il existe deux substances, l'une corporelle, l'autre incorporelle : l'homme est une substance corporelle. Cette substance à son tour est double, organique et inorganique: rhonime est une substance organique. Et ainsi de suite : elle n'est pas insensible, mais douée de sensibilité ; c'est
PKEAIIERK PAHllK, DlALECHyLE .) i
un animal, et un animal qui n'est pas sans raison, mais raisonnable. V'oilà enfin la définition cherchée : aiiinial raisonnable peut se mettre à la place du mot homme et réciproquement. \.' autre méthode remonte des individus à l'universel, on recueillant les points de vue comnmns aux objets à définir. Pour définir le sens externe, par exemple, je remarque que h's cinq sens ont tous ceci de comnum qu'ils sont des puissances ou facultés d'opération, qu'ils s'exercent par des organes, qu'ils perçoivent les propriétés particulières de chaque corps. De toutes ces données, on forme cette définition : le sens externe est une l'acuité orjianique qui perçoit les propriétés matérielles des corps.
137. Utilité de la définition. — On donne fiéqueninient des définitions, soit nominales, soit essentielles ; c'est indispensable.
La première sert à éviter la confusion du langage, ces questions de mots, qu'on appelle logomachies. Ce n'est pas un faible mérite pour les Scolastitiues que d'avoir su créer en Théologie et en Philosoiibie, une terminologie où chaque mot a un sens parfaitement détermine.
La seconde est employée dans la constitution des sciences. La science est surtout la connaissance des natures ou essences. Or science des définitions ou connaissance des essences, c'est tout un. Soit donc qu'on donne une définition comme thèse ù démontrer, soit qu'on la donne par manière de conclusion logiquement déduite des prémisses, elle est le principal élément de la science.
L'une et l'antre sont souverainement utiles, voire même nécessaires, au commencement de toute discussion. Aussi Cicéron a dit excellemment : « Toute élude entreprise . par la raison humaine sur un sujet quelconque doit partir d'une définition qui fasse comprendre quel est l'objet de la discussion. »