DE LA DIVISIO.V
Mêmes questions à traiter que pour la définition *.
138. La division ; sa nature ; ses espèces. — A. — La division peut se définir : Un discours qui distribue le tout en ses parties. — C'est un discours et la seconde manifestation du
1. Consulter les mêmes auteurs qu'à l'article précédent. — En outre, E. Blanc, Log., n. 111-113. — Hamon, Traité de la prédication,h. I, ch. iv, a. 6.
PuiLosopuiE. — Tome 1 6
savoir (n. 129) ; — il distribue, non pas physiquement, mais mentalement ; — il distribue le tout, sujet de la division, — en ses parties, et celles-ci sont appelées ordinairement membres de la division.
B. — Il y a deux divisions, celle de mot et celle de chose. La division nominale s'appelle aussi distinction. On en fait un usage fréquent, surtout en argumentation. Distinguer, en effet, n'est autre chose que diviser un terme équivoque en ses divers sens. — La division de chose, ou division proprement dite, distribue un objet en ses parties. Comme il y a autant d'espèces de division réelle ([ue d'espèces de tout et de parties, nous devons traiter préalablement du tout et des parties.
139. Espèces de tout et de parties. — Le tout est une unité qui, d'une manière quelcomiue, se peut réduire en plusieurs éléments. Les parties sont les éléments dont la réunion forme un tout. Ainsi l'homme est un tout dont les parties sont le corps et l'âme.
Le tout se divise en tout potentiel et en tout actuel. Le tout potentiel est celui qui contient en lui des parties distinctes d'une manière potentielle seulement; tel est le cas des notions universelles, du genre par rapport aux espèces, ou de l'unité numérique par rapport aux fractions qu'elle ne contient que potentiellement. Le tout est actuel, si l'on parle d'un seul et même individu composé de parties distinctes en acte ; ex. : homme, ville, maison.
Le tout actuel se subdivise en tout métaphysique, physique, moral et artificiel. Le tout métaphysique est celui dont les parties ne sont distinctes que par une distinction de raison bien fondée dans la réalité ; c'est le cas de Dieu en qui les attributs ne sont que virtuellement distincts les uns des autres. Le tout physique est celui dont les parties sont réellement distinctes : ainsi le corps et l'âme par rapport à l'homme. Le tout moral est celui dont les parties sont des volontés concourant à un même but ; ex. : une armée* Le tout artificiel est celui dont les parties sont réunies par l'industrie de l'homme, telle est Une montre*
Le tout physique enfln, dont les parties sont essentielles, comme l'âme et le corps par rapport â l'homme, s'appelle tout essentiel ; celui dont les parties ùe sont pas parties essentielles, niais parties intégran* tes, s'appelle tout intégral : ainsi les pieds et les mains dans le corps humain. Si les parties sont les puissances d'un même principe, comme les facultés de l'âme, on a le tout poiestatif ; il est accidentel, si ses parties sont de simples accidents ; ainsi les hommes se partagent en races de couleurs différentes.
Comme la division n'est autre chose que le partage d'un tout en ses parties, elle est, comme le tout lui-même, actuelle ou potentielle, métd-
PREMIFRE PARTIE. DIALECTIQUE 99
phi/siiiue ou jj/ii/sir/iie, essentiellp, intégrale, potestative ou accidenlelle.
140. Règles de la division. — Il y a trois règles logiques (le la division : elle doit être adéquate, immédiate et avoir des membres opposés les uns aux autres.
I""^ fièifle. — La division doit être adéquate ou complète. ("est-à-dire que l'énumération des parties composantes du tout doit être complète, de façon que la réunion de ces parties reproduise parl'aitement le tout divisé.
Autrement la division ne serait pas le partage d'un tout en toutes ses parties ; tel serait le cas si l'on divisait la philosophie en Psychologie, Logique, Théodicée et Morale. — Ou l)ien un seul membre de la division pris à part pourrait être égal au tout divisé ; telle serait cette division : les animaux se divisent en sensibles et raisonnables.
2* Règle. — La division doit être immédiate ou graduée. Le tout doit être partagé d'abord en ses parties primaires ; cellesci devront se subdiviser en parties secondaires, et ainsi de suite, en sorte qu'entre le tout dlvàsé et ses membres on ne puisse intercaler aucune autre division.
Autrement le partage ne serait pas complet ; il y aurait confusion entre les parties divisées, et le but de la division, qui est la manifestation du tout par l'analyse de ses parties, ne pourrait être obtenu. Ainsi la substance ne peut être distribuée immédiatement en substance organique et inorganique : toute substance, en effet, est d'abord corporelle ou incorporelle (n. 30).
3* Règle. — Les membres de la division doivent être opposés les uns aux autres. Le premier ne doit donc pas renfermer le second, ni celui-ci le premier. On divise, en effet, le tout, afin que ses parties soient nettement distinguées et connues séparément. La terre ne saurait donc se diviser en Europe, Asie, Afrique, Amérique, Océanie et France.
141. Utilité de la division. — A. — La division et la subdivision des idées sont de la plus haute importance, soit pour rechercher ou pour démontrer la vérité, soit pour la graver dans la mémoire. — \o L'intellect, en effet, ne peut saisir d'un seul coup d'œil toute la véi'ité : sa nature même l'oblige à n'examiner qu'un à un les différents aspects d'une même chose. — 2° A plus forte raison, le raisonnement ne saurait-il traiter
ni élucider, sans le secours de la division, les questions complexes et embrouillées. — 3" La mémoire, à son tour, est grandement aidée par une division nette et claire. En un mot, comme le dit Cicéron, « une division bien faite suffit souvent à rendre la question entière, claire et lumineuse ». .
B. — Dans la -pratique, on doit prendre garde de descendre, à force de subdivisions, à des particules trop petites de l'objet divisé. Car, selon le mot de Sénèque : « Il est aussi difficile de saisir les objets trop petits que les objets trop grands. ... Une subdivision excessive est aussi défectueuse que le manque de division. C'est tomber dans la confusion que de partager un objet jusqu'à le réduire en poussière, »
C'est pourquoi, il vaut mieux parfois ne pas commencer par une division dont les membres sont immédiats, si cela est nécessaire pour éviter de multiplier à l'excès les subdivisions. Ajoutons que, si la division est utile, voire parfois nécessaire, on ne doit pourtant pas s'en servir à tout propos et sans discernement.