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CHAPITRE TROISIÈME

DE l'arGUJ(ENTATION.

Nous traiterons: 1° De l'argumentation en général; 2" De l'Argumentation ^^)orfic^jç'2/e ou démonstrative ; .3° Del'Ai'gumentation Dialectique ou probable ; enfin 4° De la Forme sro~ lasfique de l'Argumentation.

ARTICLE I

De rArf/umentatian en fjénéral.

142. Natures et espèces d'argumentation. — A. — L'Argumentation est l'art de trouver et de mettre en œuvre les moyens termes des arguments qui arriveront à prouver l'existence de ce que l'on soutient. C'est donc la troisième manifestation du savoir et la plus importante, car la définition et la division des parties ne manifestant par elle-même que la possibilité de leur objet, il reste encore et surtout à faire la preuve de sa réalité et de son existence.

B. — On peut diviser l'argumentation au point de vue de sa force probante et au point de vue de sa forme.

PREMIKRE PAKTIE, DIALECTIOIE iOl

I " Au premier point do vue, l'argumentation est apodictique et démonstrative, si elle prouve une vérité certaine, ou seulement dialcctuine, si elle ne prouve qu'une opinion plus ou moins probable.

Assurément la véritable preuve est celle qui démontre avec certitude; mais dans les connaissances humaines, surtout dans les choses morales où la certitude absolue n'est pas toujours possible, il faut savoir se contenter souvent d'une opinion solidement fondée.

2° Au point de vue de la forme, on distingue l'argumentation vulgaire, socratique et scn/aslique.

L'argumentation vuhjaire, ce sont ces discussions quotidiennes auxquelles les hommes se livrent entre eux. Elle n'est soimiise à aucune règle, de part et d'autre elle se fait sans ordre et aussi le plus souvent sans utilité.

La joute ou induction socratique procède par interrogations, et réfute l'adversaire par ses propres réponses.

C'est ainsi que Socrate accusé d'alhoisme par .Milelus le réfute : « Réponds-nous, Miletus, y a-t-il un homme qui croie aux oeuvres des démons sans croire aucunement aux démons eux-mêmes? — Non. — Si" donc je crois aux œuvres des démons, je dois absolument croire à l'existence des démons eux-mêmes "? — Oui, certes, — Or ne regardonsnous pas les démons comme des dieux ou des fils des dieux ? — Evi demment. — C'est donc se moquer que de dire que je ne crois pas à l'existence des dieux. »

L'argumentation syllogistique ou scolastique enfin est celle qui procède par si/llogismes, brièvement et en forme. Elle a été jadis très en honneur, et elle est encore en usage dans les séminaires et les académies scolastiques (n. 1")")).

143, Arguments les plus employés dans la discussion.— 11 V a six arguments qui viennent plus iVéqueniment à l'esprit, soit dans l'attaque de l'erreur, soit dans la défense de la vérité. C'est l'argument par l'absurde, l'argument négatif, l'argument ad hominem, Yinstance, la rétorsion et Y inversion de l'argument.

1" L'argument />rty F absurde démontre la vérité d'une proposition par l'absurdité qui découle de sa contradictoire. Si, par ex., on dit que l'homme n'est pas libre, je réponds aussitôt: L'homme n'est pas libre, mais celui qui n'est pas libre

\ 02 LOGIQITE

ne saurait pécher : donc l'homme ne pèche pas ; — ce qui est absurde, c'est-à-dire manifestement faux.

2° L'argument négatif se rapproche du précédent. Il établit une vérité en montrant qu'il n'existe aucune raison en faveur de sa contradictoire. Si quelqu'un nie la création, on répond : c'est sans raison qu'on affirme l'impossibilité de la création, on peut donc aussi nier sans raison cette impossibilité : guod gratis osseritiir, gratis negatur.

3° C'est faire un argument ad homînem ou ex datis, que de déduire une thèse de prémisses en soi fausses ou douteuses, mais malgré cela concédées par l'adversaire. Ainsi ferait, par ex., celui qui démontrerait les miracles de Jésus-Christ à des Mahométans d'après le témoignage du Coran.

4° C'est faire une instance, que de nier la conclusion d'un adversaire en apportant une expérience contraire à cette conclusion, ou un cas particulier, où elle ne se vérifie pas.

5° On fait une rétorsion, quand on établit sur le principe même de l'objection, une conclusion contraire à celle de l'adversaire, ou bien quand, pour montrer le vice de forme de son argument, on lui oppose un autre argument de même forme, où le vice est manifeste. Voici un exemple de rétorsion :

Soit cette objection vulgaire contre la science de Dieu : Dieu prévoit que je serai sauvé ou que je ne le serai pas. Dans le premier cas, quelles que soient les fautes que je puisse commettre, je serai infailliblement sauvé ; je n'ai donc pas à m'occuper de mon salut. Dans le second, quoi que je fasse, jamais je n'arriverai à me sauver, je n'ai donc pas davantage à m'occuper de mon salut.

Contre un pareil argument on peut user de la rétorsion suivante : Dieu prévoit que je mourrai de faim, oui ou non ; dans le premier cas, j'ai beau manger, je mourrai de faim ; donc inutile de manger. Dans le second, même sans manger, je ne mourrai pas de faim ; donc inutile encore de manger.

6'* Enfin, par l'inversion de l'argument, on tire /a preuve de sa thèse du moyen tetmie même apporté pour la réfuter. « Il n'est pas bon, dit Jésus-Christ, de prendre le pain des petits enfants pour le donner aux chiens. » — « Oui, Seigneur, répond la Chananéenne, mais les petits chiens mangent aussi les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

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