PREMIÈRE PARTIE, DIALECTIQUE
montrer une msertion quelconque, il faut mûrement peser le motif ou les raisons qui la rendent vraie ou fausse. Si, par ex., nii veut prouver cette thèse : la philosophie est utile, il faut se (lire : pourquoi la philosophie est-elle utile? On répondra immédiatement: Parce qu'elle découvre les causes suprêmes des choses ; — voilà le moyen terme cherché.
2' Règle. — Si F on compare le médium trouvé avec F attribut de la thèse à établir, on a la majeure du syllogisme, et avec son sujet, on a la mineure ; la conclusion sera la thèse même. Ex. :
Ce qui découvre les causes suprêmes des choses est utile ;
Or la philosophie découvre les causes suprêmes des choses ;
Donc In philosophie est utile.
3® Règle. — Si la thèse à prouver est affirmative, on doit trouver des moyens termes auxquels convienne T attribut de la conclusion et qui conviennent eux-mêmes au sujet de cette même conclusion ; c'est le cas de l'exemple cité plus haut. Si, au contraire, la thèse est négative, il faut chercher un médium qui, convenant à un seul des termes, ne convienne pas à l'autre. Ex. : Une terminologie inusitée, d'une part, n'est pas au nomhre des choses utiles ; et, d'autre part, on dit qu'elle convient à la philosophie scolastique. De là le syllogisme suivant :
Une terminologie inusitée n'est pas utile ;
Or la philosophie scolastique est une terminologie inusitée ;
Donc elle n'est pas utile.
4" Règle. — Ce n'est pas un médium seulement, mais une foule de médiums de démonstration qu'on trouvera facilement et avec grand fruit, en recherchant les différentes causes du sujet et de l'attrihut, leurs genres et espèces, leurs cinq prédicables ; les prédicaments qui les renferment ; en parcourant leslieux dialectiques, qui sont une source féconde d'arguments ; en comparant enfin le sujet et l'attribut avec les autres objets de la philosophie, avec ce que nous avons entendu dire, ce que nous avons lu ou expérimenté, etc.
ARTICLE II
De F Argumentation Apodictique \ 145. Sa définition; ses quatre éléments. — L'argumenta-
\. Fonsegrive, Log., leç. 8«. — Logique de Port-Royal, 4- part,,ch. viii. — Rabier, Log., ch. XVI.
tion apodlctique, comme l'indique son étymologie grecque, oi.nohiy.riy.oc (démonstratif), est l'art de trouver et de développer des arguments probants qui puissent démontrer une thèse avec certitude. Démonstration proprement dite ou démonstration apodictique, c'est tout un par conséquent.
Mais pour aboutir à une conclusion certaine, il faut partir de principes certains, c'est-à-dire évidents par eux-mêmes ou déjà démontrés. Ainsi je ne puis partir du principe : Dieu existe, que si cette vérité est déjà prouvée et reconnue par ceux qui discutent. Il faut en outre suivre une marche logique et progressive où l'on distingue quatre éléments essentiels : 1° une thèse à poser préalablement, et que l'on doit retrouver identique dans la conclusion ; 2" xm principe certain d'où l'on part ; 3° une série de moyens termes rigoureusement enchaînés ; enfin 4° la conclusion où l'on aboutit. Nous allons parcourir ces quatre étapes de la démonstration.