Espèces de démonstrations.— Voici les principales
1° Au point de vue du procédé, la démonstration estapriori ou a posteriori, selon que l'on va de la cause à l'effet, de l'universel au particulier ; ou qu'on remonte au contraire de l'effet à la cause, du particulier à l'universel. Ex. : celui qui prouve Ve-xistence de l'ordre dans l'Univers par la sagesse de Dieu procède a priori ; celui qui démontre la sagesse de Dieu par \ ordre du monde argumente a posteriori.
2° La démonstration circulaire ou régressive unit l'un et l'autre de ces deux procédés, mais en sens inverse. La raison humaine, après être remontée des effets à la cause des créatures, à Dieu, par exemple, redescend de la cause aux effets. Ce procédé est des plus utiles à la connaissance pleine et entière des choses et de leurs relations.
3° Au point de vue du mode, la démonstration peut être directe ou indirecte. La démonstration directe est celle qui prouve, d'après des principes certains et positifs, l'existence ou la non-existence d'une chose. La démonstration indirecte, dite aussi réduction à l'absurde et à rimpossible, est celle dont la conclusion est tirée de la fausseté de l'opinion adverse ; ex. : la spiritualité de l'âme est prouvée directement par la nature de la pensée et de la xiolition ; — indirectement par la fausseté intrinsèque ou par les conséqtienoes du matérialisme.
l'UEMlÈRE PARTIE, DIALECTIQUE 107
149. Scolie. — La i»lu|iart des scolastiques laniènent toute déinonslralion à la démonstration « propler quid » ou « quia ». — La démonstration « propter quid » répond à la question : « quelle est la nature d'une chose ? » et lui assiprnc; sa cause propre, prochaine et adéquate. Nous prouvons ainsi que l'àmo csl inwiortelle par sa spiritualité. — La démonstration quia répond à la question : « la chose existe-t-elle ? » et prouve Yexistence de la chose, non par ses causes constitutives, mais par ses causes extérieures ou ses effets. Ainsi on prouve que Dieu existe, parce que le monde existe. — La démonstration propler quid donne donc une connaissance intrinsèque de la chose ou la science proprement dite ; tandis que la démonstration quia ne donne qu'une connaissance extrinsèque, une science vulgaire.
ARTICLE III
De l'Argumentation Dialectique '.
Nous traiterons en deux paragraphes : 1° De rargurnentalloii probable en général; 2» De V analogie et de V hypothèse, qui en sont les deux principales espèces.
s; I . — De la Dialectique en général. 150. Définition de l'argumentation dialectique. — La dialectique, avons-nous dit (ii. 19), est, comme le mot rindi([ue, et selon la définition d'Aristote, l'art d'enseigner des choses /n-obables. En ce sens, l'argumentation probable ou syllogisme dialectique est une argumentation oie la conclusion découle d'une ou de deux prémisses probables.
1. — La prémisse ou proposition probable est celle qui est l'ondée sur des raisons sérieuses sans être absolument convaincantes, et qui paraît vraisemblable à tout le monde ou à la plupart des gens, ou du moins aux plus sages ; ex. : La flatterie se fait des amis.
2. — La conclusion qui en découle n'est également que probable. Si par l'argumentation probable, en effets on n'acquiert point la science, du moins a-t-on une croyance fondée, une opinion, une probabilité. On n*a pas la science, car en vertu des règles du syllogisme : « pejorem sequitur semper conclusio partem », la conclusion suit toujours la plus faible ; or dans le syllogisme dialectique, une au moins des prémisses
1. Arislote, I Top-, Mil. — Bossuet, Log., L. III, cli. xvii.
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est probaljle ; la conclusion qui suivra ne sera donc que probable. Elle n'est pourtant pas à dédaigner, car une croyance, une opinion, c'est un pas vers la vérité, d'autant plus grand que la probabilité des propositions d'où elle découle est ellemême plus grande.
151. Utilité' de largumentation dialectique- — L'argumentation dialectique, pourvu qu'on en fasse un usage prudent et modéré, a une triple utilité :
1° L'esprit acquiert beaucoup de finease dans la discussion de ces questions probables, librement agitées entre les philosophes : ce n'est pas le dogme, en effet, mais une simple opinion qui d'ordinaire soulève les plus vives discussions.
2° Elle sert beaucoup à Vacancement des sciences. La question principale une fois résolue, la dialectique discute les questions secondaires, essaye de déduire des corollaires. Ainsi, l'existence de la création une fois bien établie, la dialectique recherche si elle aurait pu avoir lieu de toute éternité, ab (vterno. De plus, il arrive souvent que des questions longtemps débattues dans les écoles Unissent par être résolues ou du moins par devenir plus probables. De même, pour ce qui est des questions de foi ; il arrive que des opinions, libres tout d'abord, finissent par être définies dans la suite.
3° Dans la pratique de la vie on n'use le plus souvent que de l'argumentation probable. « Ce g-enre d'arguments, dit lîossuet, est le plus fréquent dans la vie, car les pures démonstrations ne regardent que les sciences. L'argument vraisemblable ou conjectural est celui qui décide les affaires, qui préside pour ainsi parler à toutes les délibérations. » C'est pourquoi l'argumentation probable, bien qu'elle n'exclue jamais absolument le doute, est pourtant prise comme règle ordinaire de la vie, selon le mut de î^ocrale : « Cela n'est pas certain, mais je le suivrai jusqu'à ce qu'on m'ait niuntro quelque chose de meilleur. »