Définition et utilité de l'argumentation scolastique
Vargunientalion scolastique, appelée aussi circuluS; est
l'ItEMIK.UK PARTIK, niALECÏini K I I 1
une discussion dans laquelle deux élèves lutlmit nuire eux ; l'un, a accepté le rôle d! attaquer, l'autre celui de défendre une thèse. Celui qui défend est appelé thésiste ou répondant ; celui (jui attaque est appelé aryuuientateur.
Cet exerelce, qui a lieu deux ou trois fois la semaine k Home, est très propre à aiguiser l'esprit, et à donner l'intelligenee des difficultés d'une question. Mais il y a quatre choses il (tbserver pour empêcher la discussion de tourner en vain amusement et en perte de temps.
1° La thèse établie par le professeur doit être importante, si l'on veut tirer de son éclaircissement quelque utilité.
2° Les champions doivent enti-er en discussion non par amour de lu dispute, ni pour la puérile vanité de triompher de r adversaire, maïs par amour de la vérité et dans l'intérêt commun.
3o L' ary u me n tuteur doit éviter de tromper son adversaire par des sophismes captieux, des plaisanteries et des subtilités de langage.
4" Aucun n'a le droit de sortir des limites de la question ; le professeui- doit les avertir, s'il est besoin, de revenir au sujet.
Comme il y a deux argumentations, Vune solennelle, l'autre non solennelle, nous allons en résumer les l'ègles.
156. Règles à observer par l'argumentateur. — En Fiance, selon Tusage ordinaire, l'élève qui a accepU- le rùic d'attaquant doit observer ce qui suit.
1'* Règle. — Il commence par demander en ces termes au président et aux assimilants la permission d'attaquer lu thèse : Si prius jusserit reverendissiinus Superior, tel illustrissimus ac reverendissimiis Prxsul (s'il y a un Evèquc) et bénigne annuerinl sapienlissimi magistri, faveritque ornatissima astantium corona, argutnentabor, dilectissime condiscipule, contra unam e thesibus tuis sic positam (ici on énonce la thèse (jui doit être attaquée) ; ego vero contrd conlendo... (ici on énonce la proposition qui contredit la thèse attaciuée) : unde mihi videtur minus rectè positam esse tuam thesim ac proinde reformandam.
28 Règle. — Pendant que le répondant prouve la thèse attaquée, l'argumentateur reste assis. Ensuite il se lève, expose sa difliculté d'abord d'une façon assez large, oratorio modo, puis il la ramène à la forme syllogistique, en disant : Unde sic brevius et in forma.
■i* Règle. — Quand l'adversaire a nié ou distingué une proposition, celui qui a proposé l'argument s'efforce de la démontrer. Mais de peur
qu'il ne passe à un autre médium et puisse ainsi sortir de la question, il doit dire avant chaque nouvel argument : Probo majorem (ou minorem) a te negatam, scilicet (ici il répète la proposition) ; ou si la proposition a été distinguée, il dit : Probo majorem (ou minorem) in sensu distinclionis tuse scilicet (ici il répète la proposition dans le sens où elle n été distinguée).
157. Règles à observer par le répondant. — Le répondant doit observer les règles suivantes :
l'e Règle. — Tant qu'on attaque la thèse, selon la manière que nous avons exposée, le thésiste doit rester assis, puis se levant il commence ainsi : Argumentatur dilectissimus condiscipulus contra imam e thesibus meis sic positam... (ici il énonce la thèse) ille vero contra contendit (il répète la proposition de l'adversaire) : unde illi videtur minus recte positam esse meam thesim.
.\lors de nouveau il répète l'attaque, non pas comme la première fois en se servant de la troisième personne, mais il s'adresse à son adversaire en employant la seconde personne : Sic argumentaris dilectissime condiscipule (il répète la proposition contraire à sa thèse).
Et immédiatement après avoir nié cette assertion «en ces termes : .\ego antecedens, il donne les preuves de sa thèse.
2<= Règle. — Chaque fois que l'adversaire propose un nouvel argument, il doit répondre : Sic argumentatur dilectissimus condiscipulus et ici il énonce en entier l'argument proposé. Puis il reprend à la seconde ])ersonne : Sic argumentaris dilectissime discipule, et répète l'argument dans les mêmes termes en portant un jugement sur chacune des propositions. Or toute proposition peut être : 1° ou certaine, 2° ou douteuse ou n'ayant nullement trait à la question ; 3» fausse ; 4» enfin ambiguë, c'est-à-dire ayant deux ou plusieurs sens. Dans le premier Cas on la doit concéder ; on peut dire transeat dans le second ; il faut la nier dans le troisième ; dans le quatrième il y a place pour une distinction.
3* Règle. — Quand on a nié une proposition, il faut donner la raison de sa négation, surtout si l'adversaire le demande. On doit, au moins autant que faire se peut, éviter de nier les majeures, cela paraît être, en effet, quelque peu humiliant pour l'argumentateur. Si pourtant la nécessité nous y contraint parfois, on doit en demander pardon en ces termes : Nego majorem, salva amicitia ; ou si l'argumentateur est le plus digne : salva reverentia.
4« Règle. — Parfois dans la réponse, il y a lieu d'user de 7-clorsion. Mais comme, selon le proverbe, « rétorquer n'est pas répondre », on doit, malgré la rétorsion, réfuter l'argument d'une manière directe. Toutes ces règles sont exprimées dans le vers suivant ; Divide, défini, concède, negato, probato ; Divisez, définissez, concédez, niez, prouvez.
PREMTKRR PARTIE, DIALECTIQCF.
158. Règle de l'argumentation non solennelle. — Dnns l'nrp-umeutalion non solennelle, il.uis iiiic classe, par l'x., l'arp-umentatcur, ajin-'S avoir détcrmini' le sens île la question, propose immédialemeni sa diflicultc flans un syllogisme des plus simples. Le défendant lui répond : Sic argtimentaris, dilectisxime condiscipule ou sapientixsime magisler. ou reverendissime superior, ou Domine.
Pour le reste, il en est comme de l'argumentation solennelle.
C'est particulièrement dans ce fjenre de discussion que le professeur doit consulter l'intérêt de tous et non pas seulement des deux argunientateurs. Aussi devra-t-il veiller à ce que chaque élève soit en mesure d'attaquer et de défendre la thèse ; il pourrait encore désigner à l'avance l'argumentateur, laissant à tous les autres le soin de répondre comme ils l'entendront.
159. Principales distinctions consacrées par l'usage — V^oici des exemples di; distinctions employées le plus souvent.
lo Oq peut affirmer du particulier tout ce qu'on affirme de l'universel dislributif, je \q concède ; tout co qu'on dit de l'universel collectif, ye /(' nie (n. 97).
20 Le médecin chante, en tant ([u'hoinme (materialiter),ye le conc, en tant que médecin (formaliter), je le nie (n. :i2).
3° Les mots de substance et accident regardent la Logique el l'ontologie ; je disl. : regardent la logique en tant que prédicables, comme êtres de raison, je le conc. ; regardent l'Ontologie en tant que prédicamenls, comme êtres réels, ye le conc. ; autrement je le nie (n. 106).
4» Les mots de substance, cause... sont applicables à Dieu et à l'homme, dans un sens analogique, ie le conc. ; d'une manière univor/ue, je le nie (a. 3a).
5" Les opérations de l'intellect sont objet de la Logique ; je dist., en tant qu'elles s'opèrent par l'intellect, je le nie ; en tant qu'une fois produites elles sont coordonnées entre elles, je le conc. (n. 12).
6° Rien ne vient de rien : .si aucune cause n'intervient, y*- te conc. ; si aucune matière n'intervient, je distingue de nouveau : par la seule vertu d'une cause finie, je le conc. ; par la vertu d'une cause infinie, je le nie.
1° L'universel existe dans les choses : l'universel réflexe, je le nie ; Vuniversel direct, je distingue de nouveau ; il existe dans les choses de la même manière que dans l'intellect, je le nie ; d'une autre manière, je le conc. (n. 221).
Remarque. — On trouvera dans le Pr.vludium philosophicum un exemple développé d'argumentation, qui démontre en même temps la nature, l'utilité et les règles de l'argumentation sc(dasti(jue.