‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 80 sur 291 · Caractères du motif suprême de certitude. — 1. En · texte numérisé non relu

Caractères du motif suprême de certitude. — 1. En

iiXni (\yiv. primaire, il est connu par lui-mnne et facile à connaître pour tous ; un motif qui aurait besoin d'être démontré supposerait, en effet, un autre motif antérieur à lui,

2. En tant qu'universel, il s'étend à toutes les connaissances : autrement il ne serait pas la raison dernière de toute certitude, l'ar conséquent il doit c(jnvenir à la certitude vulgaire et à la certitude philosopiii(|ue.

3. En tant que dernier, il est si nécessaire que tous les motifs particuliers tirent de lui leur valeur. Sans lui il n'y a plus aucun moven de certitude, aucun signe pour distinguer le vrai du faux.

4. En outre, par cela .seul que c'est un motif de certitude, il doit êti"e, en des sens différents, objectif et subjectif îi la fois. Il doit être objectif et affecter la vérité : c'est un signe, une marque qui la distingue de l'erreur. Il doit aussi èire subjectif et affecter l'esprit ; il est, en effet, la cause dernière qui le l'end certain et le fait consentir. En un mot, il est à la fois un critérium de vérité et un motif de certitude.

144 LUGIULE

ARTICLE II

De l'Evidence '.

194. Définition de l'évidence. — L'évidence se définit : La visibilité du vrai, en vertu de laquelle il se manifeste ou peut se manifester à notre esprit.

Nous disons : X" La visibilité du vrai, (;'est-à-dire l'éclat, la lumière qui permet de percevoir et de reconnaître avec certitude la vérité ; c'est donc quelque chose d'objectif ; 2" on ajoute : en vertu de laquelle il se manifeste ou peut se manifester à noire esprit : l'évidence, en effet, ne se con(;oit pas sans la relation actuelle ou du moins possible de l'objet avec le sujet, et c'est pourquoi S. Thomas l'appelle « manifestation de la vérité » : c'est là sa condition subjective.

Prise dans toute sa compréhension, l'évideoce est l'expression de la relation qui existe entre l'objet connu et le sujet (•0)iuaissant, Or cette relation comprend trois choses : la vérité, son évidence et sa manifestation. C'est ainsi que dans l'ordre sensible il y a un objet de vision, la lumière qui le rend visible et sa vision par l'œil. Il y a pourtant une différence entre l'ordre sensible et l'ordre intellectuel ; c'est que, dans celui-ci, il n'y a entre la vérité et son évidence qu'une distinction de raison : tandis qu'entre l'objet sensible et la lumière, il y a distin cti(jn réelle.

Par elle-même, l'évidence est donc une qualité de l'objet connaissable, en sorte que l'évidence est essentiellement objective', mais elle doit ixm^sideyemr subjective, cav il lui faut encore, pour obtejiir l'assentiment de l'esprit, qu'elle soit connue.

Oa comprendra par là pourquoi dans le langage courant on dit cgalunient ; c'est évident, ou ; je vois clairement ; — pourcjuoi aussi l'évidence est définie par les philosophes contemporains, tantôt objectivejuent : « la visibilité de l'objet », « l'intelligibilité nécessaire du vrai » ; tantôt subjectivement : « In perception claire » de l'objet perçu.

195. Espèces d'évidence. — 1° Les philosophes modernes divisent liabituelleriient l'évidence en évidence objective et en évidence subjective. « Pour moi, disait avec raison le cardinal Zigliara, je voudrais voir en cette matière les philosophes conserver aux mots leur sens

1. Bossuel, Connaiss. de Dieu et de soi-même, cliap. i. — Cousin, Uist. génér. delà Philos., VIII' leç. — Robier, Log.. th. \ix.

SECONDE l'AUTlE, CRITIQUE 14.")

propre, et désigner par le mot certitude plutôt quelque chose de subjectif, par le mot évidence plutôt quehiue chose d'objectif, savoir l'éclat, la visibilité de la vérité. »

2" Ils admettent encore avec l'évidence intrinsèque de la vérité, une l'widcnde exirimèr/ue dans les matières de foi divine et humaine. Quand on a l'évidence intrinsèque, la vérité même est visible ; si l'évidence n'est qu'extrinsèque, seul le tt-inoignage qui fait croire à la vérité est évident. Mais tout le monde sait que la chose connue par le seul témoignage reste obscure et n'est éridenle en aucune façon .

3" Aussi, pour nous, l'évidcMice se divise seulement eu rvidence immédiate et médiate ; eu évidence métaphijsiqufi, phijsique et morale, coinnie la vérité qui la contient (n. 177) et la certitude qu'elle engendre (n. 186). — Les quatre premières ne font pas doute, mais y a-t-il aussi une évidence morale'} Oui, dans les vérités pratiques, les questions historiques, les preuves d'autorité, et nous lui assignerons pour caractères, d'une part, la présence de raisons positives propres à convaincre l'esprit, et, d'autre part, l'exclusion de tout fondement à un doute raisonnable par rapport à la vérité morale qu'elle met en lumière. Sans doute, cette évidence admet une foule de degrés, mais il est des cas où son éclat est si vif qu'on ne peut la récuser.

Ainsi croire que Home n'existt^ pas, — que des témoins nombreux, désintéressés, de la résurrection d'un mort soient tous hallucinés ou trompeurs, — que par une combinaison des caractères d'imprimerie faite au hasard, on puisse retrouver l'Iliade, — serait évidemment absurde, et l'hésitation à donner ici son assentiment, dénoterait un cerveau malade.

196. En quel sens l'évidence est-elle le motif suprême dô certitude ?

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Le motif su [u'è me de certitude eut la manifestation de l'évidence objective.

1° Preuve tirée de la nature de l'évidence. — Le motif siiprème de certitude, c'est ce qui est 7'equis et suffit pour faire adhérer l'esprit au vrai, sans aucune crainte d'erreur ; mais d'une part, l'esprit ne peut adhérer à la vérité, si la vérité elle^ même ne projette sur notre intellect la lumière de l'évidence ; l'évidence objective est donc requise. D'autre part, chaque fois qu'une vérité se manifeste avec évidence à notre esprit, elle

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entraîne son assentiment, et tout doute cesse aussitôt; la manifestation de l'évidence est donc suffisante.

2" Preuve tirée des caractères de l'évidence. — On trouve dans l'évidence les caractères du suprême motif de certitude. C'est un motif connu imr lui-même. Rien, en effet, de plus clair que révK/jystK, comme disent les Grecs, ou l'éclat de l'évidence. — C'est un motif universel, puisque tous les autres motifs le renferment. — 11 est si nécessaire, que sans lui aucun motif de certitude n'est perçu et que, grâce à lui, tous les autres motifs d'adhésion peuvent être saisis. — C'est enfin quelque chose d'objectif et de subjectif k\a fois, puisque l'évidence perçue n'est autre chose que l'éclat de l'ohjet en tant qu'il se manifeste à l'esprit. Le motif dernier de la certitude est donc la manifestation de l'évidence.

3" Confirmation de la thèse pai- le témoignage de la conscience. Elle nous atteste quq, si nous adhérons au vrai, c'est toujours parce qu'il brille avec évidence devant notre esprit ; aussi avons-nous coutume de dire : la chose est patente, c'est évident, je suis certain de mon existence, des premiers principes, parce que la vérité de tout cela est de la dernière évidence.

Et de fait, qu'est-ce qui pousse l'esprit à adhérer? ~ 1. Dans la connaissance expérimentale, c'est un objet présent avec évidence par son action dans nos facultés cognitives. — 2. S'il s'agit de scîWjce abstraite, c'est le lien entre le sujet et le prédicat, qu'il soit évident immédiatement par lui-même ou d'une évidence simplement médiate. — 3. Dans les vérités de foi enfin, c'est la légitimité évidente de l'autorité qui impose l'acte de foi.

197. C'est donc toute vérité, mais la vérité seule, qui peut avoir la marque de l'évidence. — I. C'est toute vérité. (^eci soit dit contre les philosophes qui n'admettent l'évidence (jue pour certaines vérités ; par ex., pour celles qui sont perçues sans discussion (Descartes, Malehranche, beaucoup d'ontologisteset Balmès probablement).

Sans doute, il se peut qu'une vérité ne soit pas évidente pour nous ; mais, en. soi ou relativement à l'intelligence infinie, la vérité a toujours et nécessairement la marque de clarté ou d'intelligibilité qui la distingue du faux. L'intelligibilité, en effet, convient nécessairement à tout ce qui est.

IL C'est ta rérilé seule. En cela nous nous écartons des philo-

s^nphcs, comme M. Rabier, qui admettent l'existence d'évidences absolues, bien qu'illusoires, au moins pour la perception des sens. Mais nous ni(jns résolument ce l'ait. L'évidence des hallucinés ou des rêveurs n'est pas une véritable évidence objective, comme l'halluciné le reconnaît aisément même pendant la crise, s'il reste maître de lui-même, et le dormeui' à son réveil. La comparaison la plus élémentaire suffit à distinguer l'évidence de sa contrefai^on. — Quant à la perception intellectuelle, si Terreur pouvait devenir évidente, nous serions fatalement trompés, et tout«? écience croulerait par la base. Mais c'est impossible, car « le vrai c'est ce qui est, le faux c'est ce qui n'est pas ». Or le non-être ne saurait se manifester ni se faire voir à l'intellect. « On peut bien, selon la belle parole de Bossuet, ne pas entendre ce qui est; mais jamais on ne peut entendre ce qui n'est pas. »

IIL Toutes les vérités sont évidentes, mais non au même litre.

Ceci va contre les rationalistes pour qui certaines vérités, telles que les mystères de la foi, n'ont aucune évidence, et partant ne sauraient être admises. Telle était la prétention de Cousin, lorsqu'il écrivait : « Par là tombent d'un seul coup toutes les autorités..., à moins que ces autorités ne trouvent le secret de nous rendre évidente, et dune évidence irrésistible, la vérité qu'elles nous apportent. »

Nous admettons, au contraire : \° que certaines vérités ont une évidence iinmédiate . Tels sont les premiers principes, qui non seulement doivent être vrais par eux-mêmes, mais être reconnus pour tels, avant toute démonstration.

2° Que d'autres n'ont qu'une évidence médiate ; ex. : les conclusions scientifiques. La certitude de la science vient tout entière de la certitude de ses principes,

3° Certaines vérités enfin, comme les mystères, n'ont pour nous aucune évidence intrinsèque ni immédiate, ni médiate : c'est-à-dire que nous ne connaissons pas la nature intime de ces vérités, mais nous pouvons cependant en connaître l'existence, avec évidence, grâce à la révélation et au témoignage.

Ceci posé, on peut conclure que les hommes n'adhèrent au vrai que par Vautorité de l'évidence ou par l'évidence de l'au^ toritéi

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