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DES CRITÈRES INTRINSÈQUES

I/homme porte en lui-m(Mne deux instruments pour arriver au vrai : les sens et l'intellect. Mais les sens sont internes ou externes ; et l'intellect />^/y;o;V simplement ou bien i/ raisonne. De là quatre articles : I" rlu critère des Sens Externes ; 2" du critère des Sens Internes; 3" du critère de ['Intellect; 4° du critère de la Raison.

Remarque. — Nous n'entreprenons pas ici la description de ces lacuilés ; cela regarde la Psyciiologio. La Logique se borne à rechercher si ces facultés sont véridiques, si elles sont des sources légitimes de connaissances.

AlîTlCLE I.

Du critère des Sens Externes ^ .

199. Préliminaires de la question. — A. — Nature de ce critère. — La faculté de sentir est celle qui permet à rame unie au corps de percevoir les objets matériels en tant que matériels. Cette faculté est double, externe ou interne : la seconde prend conscience de notre corps et de ses affections organiques. Nous étudierons cette dernière dans l'article suivant ; mais ici demandons-nous au sujet des sens externes, vue, ouïe, odorat, goût, tact, s'ils sont des critères légitimes, qui nous donnent immédiatement la certitude sur l'existence et les propriétés des objets extérieurs.

B. — Opinions. — H y a sur cette question des plus controversées par les philosophes trois opinions.

La première est celle des idéalistes. Ils n'admettent ni l'existence des corps, ni la véracité des sens externes.

Ainsi Hume, reprenant le doute de Pyrrhon, rejette complètement la réalité des corps ; d'autres, à la suite de Fichte, partisans d'un idéalisme dogmatique, transcendental et subjectif, ont imaginé une théorie d'après laquelle ce serait l'esprit qui produirait les images des corps ; (luelques-uns enfin, à la suite de Berkeley, partisans d'un idéalisme

\. Farges, Objectivité delà perception des sens externes. —Cousin, Uist. gén.de la Phil., leç. Vll^.

objectif, ont prétendu que les phénomènes corporels sont réels, mais directement produits par Dieu.

La seconde opinion est celle des modernes : ils admettent, pour la plupart, que l'existence des corps est prouvée, non par la perception immédiate des sens externes, mais par le raisonnement : Descartes en s'appuyant sur la véracité divine ; — Malebranche sur Tautorité de la révélation ; — Reid, sur un instinct nécessaire de notre nature ; — Cousin enfin en s'élevant des sensations subjectives à leur cause objective au moyen de \ induction (n. 201).

La troisième opinion est celle des péripatéticiens, qui admettent la yjerce/j/wn /mméf/mfe et évidente par les sens de leur objet propre, dans les conditions normales.

Nous disons : 1° la perception de l'objet propre. Les scolastiques, en effet, distinguent trois objets des sens externes ou trois sensibles : le sensible propre, le sensible commun, et le sensible par accident. Le sensible propre est celui qui tombe directement et exclusivement sous chacun des sens externes, en sorte qu'aucun autre sens ne peut le percevoir ; c'est de cette façon que la couleur est l'objet de la vue, et le son de l'ouïe, etc. Le sensible commun est celui c^ui tombe indirectement sous plusieurs sens ; ex. : lafirjure qui est à la fois objet de la vue et du tact. Le sensible jmr accident est l'objet propre d'un sens, connu indirectement par un autre sens, en vertu de l'association des images; ex. : la distance, la profondeur, objets propres du toucher, sont par accident objets de la vue : c'est encore la substance individuelle que le toucher sent à travers ses modes solides ou ses opérations résistantes.

Nous disons : 2° Dans les conditions normales.

Or voici ces conditions : a) Du côté du sujet, l'organe doit fonctionner à l'état normal ; c.-à.-d., ne pas être gêné par le sommeil, la maladie ou quelqu'autre obstacle. — b) Du côté de l'objet, il faut que ce soit l'objet^^ro/îredu sens ; la vue par conséquent ne saurait sans le toucher juger sûrement du mouvement ou de la profondeur, puisqu'elle ne fait qu'interpréter les signes habituels de ces phénomènes : aussi risque-t-elle de s'y tromper. Il faut aussi que l'objet propre soit jyroportionné au sens, c.-à.-d., ni trop grand, ni trop petit, ni trop éloigné, ni trop rapproché, ni trop rapide dans son apparition. —

SECONDE PARTIE, CRITIQUE I î» I

r) Enfin (fans le mi/icn qui sôpare l'objet du sujet, il ne duK, y avoir aucun obstacle à l.i transmission régulière de la lumière ou dn son. Ainsi, un b.Uon plongé dans l'eau paraîtra brisé.

200. — La perception des sens est-elle un critère de vérité ?

TnksK

/jO perception des sens, (hi.ns les conditions normales, montre

avec certitude les propriétés sensibles des corps.

Trois arguments prouveront cette thèse.

1° La nature même de la perception des sens, dont on pent résumer ainsi le procédé. Les propriétés des corps : figure, couleur, son, etc., agissent sur nos organes sensibles, comme l'agent sur le patient, en y imprimant leur action et partant leur ressemblance. Ainsi le miroir reçoit l'image des objets, la cire l'empi-einte du cacbet, etc. Or il est impossible que le patient, supposé qu'il soit sensible et conscient, n'ait pas conscience de l'action qui le frappe et le pénètre. Il perçoit donc nécessairement quelque chose des objets extérieurs, à savoir leur action avec ses modes : résistance, étendue, figure, couleur, son, etc.. (Psych., n. 54-50).

Ce qui confirme ce raisonnement, c'est que tous les organes des sens sont merveilleusement appropriés pour recevoir les diverses actions produites par les objets. Nier cette aptitude naturelle, serait nier l'ordre évident et la véracité de la nature elle-même.

2° Le témoignage de la conscience distingue avec évidence le moi et le non-moi, les actions que je reçois passivement et celles que je produis. \a\ douleur occasionnée par une pointe d'aiguille n'est pas attribuée à l'aiguille, mais au moi qui soulîre : et la figun; pointue n'est pas attribuée au moi, mais à l'aiguille. Le moi est donc pénétré par des actions étrangères, et partant objectives, qui se distinguent aisément des actions propres ; aussi sont-elles spontanément objectivées ou projetées au dehors et remises à leur place. Rien de plus clair que ce témoignage de la conscience, c'est l'argument suprême lorsque nous pouvons dire avec assurance : je l'ai vu de mes yeux, touché de mes mains, etc..

3° L'absurdité des conséquences pratiques de l'opinion contraire est un argument qui a suffi à la conversion de Reid et

d'autres idéalistes: nier l'existence de ses parents, de ses amis, des objets qui nous entourent, ou recourir à des syllogismes pour s'en convaincre, ne sera jamais le fait d'un homme sensé et raisonnable.

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