La conscience perçoit aussi le sujet pensant
C'est une consé([uonc<' : cllf no If porroit pas sans doute directoiiKMît, comme les allectioiis de l'Ame ; mais indirectement à travers ces affections. Percevoir que l'on sent, que l'on pense, que l'on produit les autres opérations de la vie, c'est percevoir en mc^me temps que l'on ajiit, que l'on est. Personne, en effet, ne peut sentir en lui une action sans agent, une souffrance sans un sujet souffrant, une manière d'être ([uelconque sans saisir l'e.xistence d'une réalité, car la manière d'être est inséparable de l'être.
Nous disons l'existence et ncni pas la nature de l'àme, ni les relations de nos affections entre elles : rechercher la nature de l'àme et les relations de nos affections, c'est le propre du raisonnement.
Tout ceci va contre Kant et les phénoiuénistes pour qui la conscience, en percevant le tô s'-yw, ne perçoit qu'un phénomène, des affections purement passagères. — Il n'en est rien, nous percevons aussi le noumène, ou le subslratum de ces phénomènes, au moins comme un fait, c'est-àdire comme quehjue chose de réel et d'existant. Ce sont là deux choses inséparahles.
i; IL — Dît Critère de In Mémoire.
207. Etat de la question. — A. — Nature de ce critère. On définit la mémoire : « La puissance qui cotiserve les connaissances passées et les reconnaît comme passées. » Elle diffère de la conscience en ce qu'elle évoque le passé, tandis que celle-ci se borne à la connaissance du présent. — Elle peut porter sur les affections de l'esprit et sur les données de l'ordre sensible et intellectuel : il y aura donc une mémoire sensible, et une autre intellectuelle, comme pour la conscience. — Elle ne perçoit enfin directement que les pensées ; et au moyen des pensées, elle atteint indirectement l'objet qu'elles représentent.
B. — Les opinions sont les mêmes au sujet de la mémoire qu'à propos de la conscience ; et cela se conçoit, puisque la mémoire n'est qu'une « conscience continuée ». Voici notre
Thèse 208. La mémoire est par elle-même un critère intuitif de vérité.
Preiive. — Pour que la mémoire nous confère la certitude.
et une certitude immédiate, deux choses suffisent : i° que les affections passées soient conservées dans l'àme ; 2° que ces affections puissent être reconnues. Or, d'une part, l'Ame doit conserver certaines affections, certaines pensées passées ; toute substance, en effet, affectée d'une modification quelconque, conserve cette modification, si aucun ol^stacle ne contrarie son action. — Rien n'empêche, d'autre part, que les affections conservées dans l'Ame soient reconnues dans la suite. Que si l'Ame peut connaître une première fois les objets qui lui sont présents, pourquoi ne les connaîtrait-elle pas une seconde et une troisième fois ?
De fait, il en est ainsi, et cela se démontre : — 1. par le sens intime. Nous percevons avec évidence qu'hier nous avons fait, voulu, aimé telles ou telles choses ; or en tout cela, la mémoire, à l'état normal, ne peut nous tromper, ou bien il faut douter de tout. — 2. Par la conséquence de l'opinion opposée. Nier la valeur de la mémoire, c'est nier la science elle-même ; car une suite proprement dite de connaissances suppose la mémoire. « Ainsi, dit Quintilien, toute étude dépend de la mémoire ; c'est en vain que nous étudions, si ce qui frappe nos oreilles s'écoule immédiatement loin de nous. »