‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 91 sur 291 · Le idéalisme absolu bu funnalisme est faux · texte numérisé non relu

Le idéalisme absolu bu funnalisme est faux

Preuve. — Si l'universel existait formellement en dehors de notre esprit, ce serait en lui-mêm^, ou bien dans les individus, ou en Dieu . Or ces trois hypothèses sont fausses :

1° L'universel, l'humanité, par ex., n'existe pas en lui-même, séparé de tout individu. Tout être, en effet, qui existe réellement, est un, sin gulier et tout à fait déterminé.

2" L'universel n'existe pas formellement dam les individus, car tout ce qui se rencontre dans les individus est encore un, singulier et tout à fait déterminé.

3" L'universel n'existe pas formellement en Dieu. Dieu est l'Etre individuel par excellence et singulier ; et les universaux considérés dans

SECONDE PARTIE, CKITIQUE

riiilelli'cl divin, sont les idées d'après lesquelles Dieu a tout créé. L'universel donc, en tant qu'universel, n'existe pas fonnelleuient en dehors (le notre esprit.

Ou'esl-il donc ? Il est l'essence même des objets singuliers, une et déterminée dans chaque individu, mais considérée par l'intellect comme piiuvant convenir ;i plusieurs individus de même genre ou de même espèce.

220. La théorie de S. Thomas svir l'universel est-elle vraie ?

TllKSE

Ij' universel direct existe dans les individus, mais non de la manière dont /'esprit le conçoit ; l'universel réflexe existe formellement dans l'intellect, avec un fondement réel dans les choses.

Prouvons l'une après l'autre ces diverses assertions. — 1" \,' universel direct existe dans les individus. — L'universel direct, en effet, exprime l'essence des choses singulières ; or tout être individuel, cet homme, par ex., contient en lui-même l'essence, c.-à-d., les propriétés qui le constituent et le distinguent des autres êtres ; l'universel direct existe donc dans les individus. En sorte qu'avant toute généralisation de l'esprit, 11 est vrai de dire que Pierre est un homme, que Pierre a la liberté et autres propriétés humaines. Or, on ne pourrait pas le dire, si Pierre n'avait en lui-même tout ce qui constitue l'humanité ; l'universel direct existe donc réellement dans les individus avant toute généralisation de l'esprit.

2" L'universel direct n'existe pas dans les individus de la même manii;re que l'intellect le conçoit. — Une notion concrète est différente d'une notion abstraite (n. 25). Or l'essence des choses singulières doit être quelque chose de concret et de déterminé : Pierre est un homme, cet homme, et non pas l'humanité. L'universel, au contraire, est conçu par l'intellect comme quelque chose d'abstrait, de séparé de toute propriété ou condition individuelle ou accidentelle. Nous concevons, par ex., l'humanité en général. De même, la vue perçoit la couleur d'un fruit sans en sentir le goût ; il y a pourtant dans un fruit la couleur et le goût réunis. L'universel direct ou essence des individus n'existe donc pas dans les individus de la manière dont le saisit l'intellect.

ItiS LOGIQUE

220 bis. 3° L'universel réflexe existe formellement dans l'intellect. — L'être de raison existe formellement dans l'intellect; or l'universel réflexe est un être de raison, puisque c'est un être alistrait de l'espace, du temps, de toute existence, un être purement possible : l'universel réilexe existe donc formellement dans l'intellect. L'humanité, par ex., la rondeur,,., désignent une chose tcjut à fait abstraite, indéfinie, en ce sens qu'elle s'étend à tous les possibles ; elles ne peuvent donc exister fonnellenienl que dans l'intellect, puisque dans les individus tout est singulier et déterminé.

4" L'universel réflexe suppose un fondement dans les êtres individuels. — Ce fondement est l'universel direct. L'universel réflexe n'est, en effet, que l'universel direct, en tant que l'intellect l'étend par réflexion à plusieurs individus. Mais l'universel direct, nous venons de le voir, exprime quelque chose de vraiment réel dans les individus. L'universel réflexe suppose donc comme fondement quelque chose qui est bien réel dans les individus. — Exemple : au moyen de la réflexion, l'intellect conçoit que l'humanité est commune k tous les hommes, même possilîles : c'est \k l'universel réflexe. Mais le concept même d'iiumanité suppose un fondement dans les choses, savoir, être animal et être raisonnable : c'est-à-dire avoir réellement en soi ce qui constitue l'animal raisonnable ; autrement l'intellect ne pourrait concevoir cette notion d'humanité.

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