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I. On peut constater qu'un livre est authentique

A. — Signes extrinsèques. — Si une tradition orale, constante et universelle, attribue un livre à tel auteur, ce livre doit être regardé comme authentique ; surtout s'il a trait à des faits importants, comme la religion d'un peuple. A plus forte l'aison cela est-il vrai, si toute la suite des auteurs, dans tous les pavs, dans tous les siècles, a attribué un livre à tel auteur, à telle époque ; l'erreur ou la fraude ne saurait exister dans toute cette suite d'écrivains. — Ce sera surtout évident, si des criti- (|ues remarquables par leur science, si des adversaires même tiennent ce livre pour authentique. Tel le Fentateuque toujours attribué à Moyse, le 4" Evangile à S. Jean, le De officiis à Cicéron. En pareil cas, un livre ne saurait être déclaré inauthentique que si des signes intrinsèques contredisaient absolument et évidemment le témoignage traditionnel.

B. — Signes intrinsèques. — Le style du livre, la doctrine et les opinions qu'il renferme, sont des marques ou une confirmation de son authenticité, s'ils sont conformes au style, à la doctrine, aux opinions, aux préjugés, aux mœurs, et au génie de répo([ue ou de l'auteur auquel on l'attribue : dans le cas contraire, ils pourront faire douter de cette authenticité ou même l'établir.

Avouons pourtant que cette étude des signes intrinsèques est très délicate et ne mène le plus souvent qu'à une plus ou moins grande probabilité ; aussi les défenseurs de la nouvelle critique, tels que Straus, Renan, A\'elhausen, Harnach et

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M. Loisy, qui rejettent ou à peu près les signes extrinsèques, réduits à de simples conjectures, doivent-ils sur bien des points se contredire ou verser dans le scepticisme historique. On démontre aisément contre eux que ces signes intrinsèques sont insuffisants pour infirmer le témoignage historique, surtout quand il s'agit de faits très importants, ayant directement trait à la vie ou à la religion des peuples. II. U intégrité d'un livre peut aussi se démontrer.

A. — L'impossibilité de l'altération d'un livre, tant du vivant qu'après la mort de l'auteur, peut se prouver par plusieurs faits, tels que l'usage quotidien du livre dans les assemblées publiques ; la diffusion des exemplaires que l'on peut sans cesse comparer avec le texte original ; V importance des faits que transmettent à la fois le témoignage oral, le témoignage monumental, historique, etc.

« l'n événemeat intéressant fait prendre lu plume à un historien, met le fiseau à la main du sculpteur, le pinceau à la main du peintre, échauffe le génie de presque tous les artistes... Les peuples jaloux d'en perpétuer le souvenir emploient le marbre et l'airain pour en transmettre la mémoire... » (Daunou).

B. — En outre, l'altération des faits importants qui composent la substance d'un livre, ou leur interpolation en des choses essentielles, est encore impossible, si le livre est reçu et conservé avec un soin jaloux par des hommes qui ne s'accordent pas entre eux. Telle est la Hible, reçue également aujourd'hui par les Juifs et les Chrétiens.

IIÏ. On peut enfin démontrer la véracité d'un livre.

A. — Cela arrive souvent et chaque fois que le fait raconté est tel que l'auteur ne s'est pas trompé, et n'a ni voulu, ni pu tromper tous ses contemporains en racontant des erreurs.

a) Il ne s'est pas trompé, s'il a raconté des faits faciles à constater, dont il a été le témoin oculaire, ou qu'il a entendu raconter lui-même à des témoins dignes de foi. Il faut prendre txarde seulement que l'auteur ne nous trompe de bonne foi, parce que ses préférences ou ses antipathies l'ont empêché de porter un jugement impartial.

b) L'auteur iia pas voulu tromper, s'il a été d'une intelligence et d'une proljité notoires ; si surtout il lui eîit été inutile ou nuisiJîle de raconter des choses fausses.

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Cj Le iian-ateur n'a pu tromper sur des faits pulilics el de première importance ; prétendre qu'un écrivain a inventé, sans être contredit par aucun contemporain, de tels faits sur la religion, la science et la politique, c'est impossible.

li. — Au reste, l'histoire a aussi des marques intrins()(/ues de véracité, conune Y accord des faits racontés, et la t/iain'ère de les raconter. — (Jue la chose racontée soit possible, vraisem!)lable ; qu'elle ne paraisse pas fabuleuse comme les fictions des poètes ; qu'elle ne flatte pas les préjugés ou les passions, l'orgueil d'un peuple comme les victoires racontées par Tacite : ce sont là des signes négatifs, il est vrai, qui ne suffisent pas pour établir la véi'acité d'un auteur, mais leur absej)ce peut prouver la fausseté de son témoignage. — Quant à la /larrad'oii, une trop grande passion, une élégance outrée, la moindre infidélité dans les citations, le silence allecté pour les opinions adverses, le pseudonyme et l'anonyme, font douter de la fidélité d'un récit : tandis qu'une narration simple et un style naturel seront un confirmatur ou même des marques de vérité ou de bonne foi. C'est pour cela, par ex., que la snicérité de nos Evangélistes n'est plus mise en doute, et, malgré tous ses écarts, la critique moderne a eu le mérite d'en faire l'aveu.

Concluons par conséquent, qu'on peut reconnaître qu'un livre est véridique au moins dans les grandes lignes et la substance des faits, comme on peut démontrer en outre qu'il est intègre et authentique. Le témoignage historique est donc un critère de certitude.

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