‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 97 sur 291 · Que penser de l'accord de la science et de la · texte numérisé non relu

Que penser de l'accord de la science et de la

Révélation? — La saine raison ne partage pas sur ce point l'avis du rationalisme.

A. — Elle raisonne ainsi : quand une doctrine est donnée comme révélée de Dieu, le philosophe a le droit d'examiner la force des arguments sur lesquels s'appuie le fait de la révélation ; mais il ne doit pas de prime abord passer, comme on dit. cette doctrine au crible de sa raison. Et si le fait de la révélation est une fois reconnu, elle devient alors un motif de certitude. On conclura donc légitimement que la foi et la raison ne se contredisent jamais : toutes deux ont des droits et dos devoirs et elles se prêtent un mutuel secours.

\. p. Matignon, La liberté de l'esprit humain dans la foi catholique, 1864.- P.. P. Monsaliié, Radicalisme contre Radicalisme. — Leibnilz, De conformitate fidei cum ratione. — M. Moigno. Les splendeurs de la foi. — H. de Sainl-Pidjel, .ipologie scientiftqne de la foi chrétienne.

SKCONDK FAKTIE, CRITIQUK 18!)

R. — Le rationalisme, au rebours de toute méthode positive, proclame a priori que la révélation est impossible : « l'essence de la critique, dit i^enan, est la négation du surnaturel ». Ensuite il récuse ou déligure tous les faits qui le gênent ou le contredisent. Puis il se hâte d'ajouter toujours a priori -.L^. foi, par conséquent, est contraire à la raison, au progrès, à la philosophie ; il faut donc faire de Thistoire ou de la philosophie sans tenir aucun compte d'une révélation surnaturelle: tout doit être étudié av(>c les seules lumières rationnelles, même les mystères révélés.

Cette erreur n'est pas nouvelle ; dès les premiers siècles de l'Eglise, au témoignage de S. Justin, de Clément d'Alexandrie, Athénagore, Minutius Félix, Arnobe et bien d'autres Pères, il y a eu des gens qui, au nom de la raison, ont essayé d'éloigner les hommes de la foi au Christ. Mais cette erreur, aujourd'hui, est devenue commune à presque tous les philosophes que nous avons déjà combattus au cours de la Logique, tels que : Cousin, Joulîroy, Damiron, de Rémusat, Garnier, .1. Simon, Jacques. Leinoine, Lévèque, Saisset, Fouillée, etc.

245. Droits et devoirs de la raison. — Nous pouvons, contre le Rationalisme, les exposer en cinq propositions :

1° La raison humaine, par ses senles forces, peut sans l'aide de la foi arriver à connaître beaucoup de vérités. L'intellect, en se servant des moyens nécessaires, est capable d'atteindre la vérité, et, en fait, il connaît bien des choses sans l'aide de la foi.

2° La raison humaine peut démontrer les fondements de la foi. Les notes distinctives de la révélation sont les prophéties, les miracles, la sainteté, la diffusion étonnante d'une religion sur la terre... ; or la raison humaine peut avoir une vraie certitude de ces faits miraculeux et des autres faits surnaturels du même genre : elle peut donc démontrer les fondements de la foi, même aux simples fidèles, en employant toutefois des arguments proportionnés à leurs esprits : la foi, en effet, n'est pas une crédulité aveugle.

3° Bien que la foi et la raison existent ensemble dans le chrétien, cependant chez lui l'usage de la raison précède la foi. Puisque c'est à la raison qu'il revient de démontrer les fondements de la foi, il s'ensuit évidemment que, dans l'ordre des temps, l'usage de la raison doit précéder la foi.

On objecte que, si l'usage de la raison précède la foi, le doute en matière de loi est légitime ; or il n'est pas légitime. Donc.

Réf. — Je nie la maj. ; je conc. la min. ; je nie le cons. Le philosophe qui désire connaître explicitement les preuves delà foi, en fait une étude approfondie et sage, sans pour cela révoquer nécessairement en doute les vérités révélées ; autrement il faudrait condamner comme hérétiques les Pères et les Docteurs de l'Eglise, qui ont passé tant de temps et mis tant de soin à l'étude de la religion chrétienne (n. 267).

4° La raison humaine circotiscrite dans les limites de son domaine est libre, et cette liberté favorise le progrès, loin de lui nuire. La liberté de la raison découle, en effet, de la nature même de la philosophie, puisque la philosophie est la science de la raison ; or, sans une liberté légitime, il n'y aurait pas de science de la raison, mais une science d'autorité. Le Concile du Vatican a proclamé cette liberté de la manière la plus formelle.

5" On ne saurait admettre la licence, le profirès infini, ni l'indépendance absolue de la raison. La licence, en effet, n'est pas la liberté, mais l'abus de la liberté. — I^e progrès infini est impossible, éta-nt données les limites de la raison humaine ; à plus forte raison faut-il rejeter un prétendu progrès qui contredirait la révélation divine, et c'est avec un tel progrès que la foi chrétienne ne se réconciliera jamais, comme l'a déclaré le Syllabus. — Enfin, bien que la raison humaine jouisse de la liberté dans son domaine et dans ses propres limites, elle n'est pourtant pas absolument indépendante, puisque la raison divine lui est supérieure et a le droit de corriger ses erreurs.

« Etre lihre sans une loi, dit J. Srnion lui-même, c'est être abandonné. La vraie liberté, celle qui fait de l'homme une image de Dieu, c'est la liberté réglée, dominée, sanctifiée, réalisée par la loi morale.... Qu'est-ce que la pensée vague, sans direction, reflétant comme dans un prisme tous les phénomènes du monde, accueillant la vérité et l'erreur sans discernement et se laissant couler au hasard comme une source qui s'épanche ? Cette pensée est un rêve. »

246. Droits et devoirs de la foi. — Nous pouvons, en trois conclusions, résumer ces droits et ces devoirs de la foi.

1° La foi peut donner à la raison des connaissances qui dépassent sa portée. Pour cela il faut et il suffit qu'il existe des vérités dépassant la portée de l'homme ; f[ue Dieu nous les puisse enseigner ; que nous puissions connaître avec certitude ces vérités révélées de Dieu ; or la raison démontre que ces

SECONDE PARTIE, CRITIQLE 191

trois conditions peuvent ètro réalisées, e( ce (pic iiotis avons (lit suffit h le montrer.

2" Art foi, dans son principe, son objet et sa certitude, est au-dessus de la raison et ne doit pas être corrif/ée par elle.

Aussi est-ce avec raison que la prnposiliou suivante a été condamnée dans le Syllabus : « La révélation divine est imparfaite et partant sujette il un progrès continuel et indéfini, correspondant au propres de la raison humaine. »

3° La foi n'enipèche pas le proyrès, niais en. corrige les erreurs, au moins dans ce qui touche directement ou indirectement à la révélation. La foi aide même les progrès et les encourage, comme en a témoigné le Concile du Vatican (n. '2i'.i).

247. Conclusion sur le mutuel secours que se prêtent la foi et la raison. — C'est ime consé(|uence des droits et des devoirs de chacune. Aussi la contradiction qu'on croit voir entre la science et la foi n'est-elle qu'apparente ; elle vient de ce que les dogmes de foi n'ont pas toujours été compris et formulés comme le comprend l'Eglise, ou bien de ce qu'on a pris des opinions et des hypothèses scientificjues contestables pour des vérités acquises.

Preuve. — Jamais un philosophe, un géologue, un physycien ou un historien n'ont pu apporter un fait indubitable, si minime soit-il, où se rencontre une opposition irréductible entre la foi bien comprise et la raison. Au contra'ire, plus la science avance, plus on remarcjue d'analogies, d'accords et de services mutuels entre la foi et la raison, plus les malentendus se dissipent. Nous sommes assurés, par une l(''gitime induction, qu'il en sera toujours ainsi.

Ce serait une confirmation positive de notre thèse d'énuniérei' tous les grands hommes de ce siècle, (jui ont allié la science et la foi, et (jui ont fait avancer les sciences naturelles; — et une confirmation néga' tive de montrer combien il a été facile de répoudre aux objections rationalistes, aux pamphlétaires déistes du dernier siècle, ou aux ou vrages matérialistes ou positivistes, que réfutent les découvertes quotidiennes de la science ; par ex., sur les origines du genre humain, sur les générations spontanées, sur la création et les différentes évolutions •lu globe, etc.

Plaise à Dieu que nous voyions bienl(!it c(is jours, depuis si longtemps désirés, et prédits par Joseph do .Maistre : « nous la verrons, dil-il. la

superbe alliance de la religion et de la science ; ils reviendront les beaux jours du monde où toute science remontait à sa source ! »

Page 1