CHAPITRE TROISIEME
RÉDUCTIOX DES CRITÈRES.
248. Peut-on n'admettre qu'un unique critère de vérité? D'après ce que nous avons dit dans les chapitres précédents, il n'y a pas qu'un seul moyen de connaître la vérité.
Des objets d'espèces différentes ne peuvent, en effet, être connus par le même moyen. Or, les vérités, objets de notre connaissance, sont de différentes espèces ; les unes sont absolues, telles que l'axiome : une chose ne peut à la fois être et n'être pas ; les autres sont contingentes, comme l'existence du inonde physique ; les unes sont extrinsèques : il existe des corps ; les autres intrinsèques : je souffre.
Il n'y a donc pas un moyen unique d'arriver au vrai. Ainsi, c'est la conscience qui fait connaître la douleur, la joie et les autres phénomènes de l'esprit ; quant aux faits passés, il n'y a, pour les connaître, que la mémoire ou le témoignage.
D'autre part, des critères comme le consentement universel et la conscience diffèrent tellement entre eux, qu'il est impossible de les ramener à un seul et même critère. Il n'y a donc pas un seul et unique critère de vérité.
Cependant, comme il existe des critères intrinsèques et des critères extrinsèques, les philosophes ont essayé de réduire à un seul tantôt les uns, tantôt les autres, mais inutilement comme nous allons le voir.
ARTICLE I
Réduction des Critères Eatri/isèques ' .
Parmi les trois critères extrinsèques, les uns ont proposé de choisir pour critère unique la foi divine ; d'autres, le consentement universel \ d'autres, la tradition orale. D'où \e Fidéistne, le Mennèsianisme et le Traditionalisme.
249. Ce qu'est le fidéisme ; ce qu'il faut en penser. — Le fidéisme est Ferreiir de ceu.r qui nient la puissance de la
1. Zigliara, Etudes philosoph ., tomp I.— Chasfel, De la valeur de la raison.
raison pour n'admettre d'autre critère de oéritê que la foi divine. II nie la puissance de la raison : lo, fidcisme est donc la contre-partie du rationalisme ; il admet la foi divine non seulement pour critère suprême, mais pour critère unique de vcrité.
f,e fidéisine a eu pour pt're fiiiel, évoque il'Avranclies, dans son ouvrage ; De imbecillitate rationis humanœ. A notre opo(|ue, il fut remis en iionneur par Hautain, célèbre professeur au collège de Strasbourg. Les traditionalistes, connue de Bonald, lui sont implicitement favorables.
Thkse La foi divine n'est pas tunique critère de vérité :
Preure. — Le fidéismeest faux à un double point de vue.
I. — Au point de vue pinlosophique, il contredit Vénidence, et se contredit lui-même, l" Il contredit V évidence, car il est évident que la raison humaine, indépendamment de la foi, connaît bien des choses, sans aucune crainte d'erreur.
2" Il se contredit lui-même. Car il doit bien se servir de la raison pour établir la puissance de la foi, et, par ce cercle vicieux, il met en péril cette foi qu'il se proposait de raffermir. En réalité, nous devons connaître avec certitude, au moyen de la seuje raison, l'existence d'une révélation divine et l'autorité de l'Ecriture sainte, avant de nous en servir comme d'un motif de certitude.
II. — Il est faux au point de vue théologique, comme cela ressort soit des déclarations du Concile du Vatican : « La saine raison démontre les fondements de la foi », soit des propositions que la Congrégation de l'Index fit souscrire à M. Bonnetty et qui sont les suivantes :
1" Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu.
2° La foi est postérieure h la raison, et par conséquent la foi ne saurait être alléguée contre les athées pour prouver l'existence de Dieu.
3" L'usage de la raison précède la foi et y conduit.