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ce perfectionnement peut aToir son plan, ses lois, son progrès régulier et mesurable^ son point de départ. Mais où le but est indéfini , qui peut mesurer et déterminer la route? Et qu'estce que le perfectionnement pour qui ne sait pas en quoi consiste la perfection ? II faut absolument établir en quoi elle consiste , ou ne plus parlei^ d'une perfectibilité sans but , sans mesure possible , c'est-à-dire inintelligible. Voilà à quoi on se condamne si par indéfini on entend non défini, non définissable. L'entend -on autrement ? Veut-on dire que l'humanité est perfectible d'une perfectibilité infinie ? On répugne à le croire; c'est pourtant ce qu'on est forcé de conclure des déclamations qui ont cours sur cette matière. Je n'invente pas. Messieurs; oui, on a dit que la perfectibilité était indéfinie, c'est-à-dire illimitée ; et comme l'objection de la vie physique avec ses bornes données se présentait assez naturellement, et menaçait d'abattre l'hypothèse d'un seul coup , on a poussé la chi^ mère de la perfectibilité au point d'assurer, je répugne à le dire, que la vie physique de l'homme non-seulement s'étendra plus ou moins, mais qu'avec le progrès des sciences naturelles, et d'une sage philosophie, elle se prolongera à peu près indéfiniilient , et que nous arriverons
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presque à rimmortalité en ce monde. Cest un peu trop espérer. Oui, l'homme est perfectible, mais dans un tout autre sens. L'humanité a son but , et par conséquent de son point de départ à ce but, elle marche, elle marche sans cesse et régulièrement : elle se perfectionne. Le perfectionnement vient du but supérieur qu'elle poursuit, et dans chaque époque donnée et dans l'ensemble de l'histoire: voilà sa perfectibilité, elle n'en a pas d'autre. 11 ne faut pas s'imaginer qu'avec le temps l'homme prendra une autre nature, et que cette nature acquerra de nouveaux élémens, lesquels auront des lois nouvelles. L'homme change beaucoup , mais il ne change point fondamentalement; l'homme est donné, sa nature est donnée , son intelligence est donnée , sa constitution physique est donnée avec ses bornes nécessaires. Le développement de son intelligence n'est pas infini, il est fini, il est mesurable sur la nature même de cette intelligence et sur sa portée. Or, nous avons vu qu'il ne peut 'y avoir dans l'intelligence humaine que trois idées. La réflexion appliquée à la conscience , pourrait s'y attacher pendant des milliers de siècles, je lui porte le défi d'y voir jamais autre chose que ce qui y est , c'est-à-dire , ces
trois éléroens diversement combinés. Et les com« binaisons ne sont point inépuisables. Une fois que TOUS avez le3 seuls termes ni plus ni moins de la combinaison à £siire , vous en pouvez cal*
culer tous les modes. Si la réflexion ne peut ajouter à la conscience un seul élément, l'histoire ne pourra pas ajouter un seul élément fonda* mental à la nature humaine. Elle la développe et rien de plus. Voilà sa seule puissance , et par conséquent son seul but. Le but de l'histoire et de l'humanité n'est pas autre chose que le mou*yement de la pensée, qui, aspirant nécessairement à se connaître complètement , et ne pouvant se ct)nnaître complètement qu'apcès avoir épuisé toutes les vues incomplètes d'ellemême, tend de vue incomplète en vue incomplète, par un progrès mesurable , à la vue complète d'elle-même et de tous ses élemens substantiels successivement dégagés, éclaircis par leurs contrastes, par leurs conciliations momentanées et leurs guerres nouvelles. Tel est le but général de l'histoire et de l'humanité. Ce but assigné, ce type de perfection déterminé, le mouvement de l'humanité et de l'histoire pour l'atteindre est déterminable ; le perfectionnement progressif est certain, mais il est définissable, et il est fini; il a pour mesure et
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pour limite ]a nature humaine, la nature même de la pensée. Je le répète : que l'individu dure dix siècles ^ et que l'humanité dure des millions d années, l'humanité ni l'individu ne se donneront pas un seul élément nouveau. \
L'individu naîtra; s'il naît, il mourra, quoi qu'en ait dit Condorcet. Si la raison commence à apercevoir telle idée particulière, elle l'épuisara et cessera de la considérer. Si tel peuple accomplit l'idée qu'il est appelé à réaliser, il passera après avoir réalisé cette idée; Le système de l'empirisme et de la sensation peut être fort vaste ; il ne suffit pas cependant à la pensée; il naquit un jour, et il passera comme beaucoup d'autres systèmes; que dis -je ! malgré l'immortalité qui lui avait été promise, il est passé déjà, ou bien obscurci; et c'est à cette condition que s'accomplit le cercle de l'histoire, qui est le cercle de la pensée. Encore une fois ce cercle est donné. En effet, combien y a-t-ild'élémens dans la pensée? Vous l'avez vu : trois, ni plus ni moins , savoir, le fini et l'infini , et le rapport du fini et de l'infini. Il me paraît donc absor lumenl impossible qu'il y ait jamais dans le développement de la pensée et de l'humanité plus de trois grands caractères, plus de trois points de vue ; par conséquent plus de trois
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grandes époques. Ces trois époques , je ne les mets pas ici dans un ordre déterminé, je ne fais que les énumérer sans choix : il y aura nécessairement une époque où le genre humain sera surtout préoccupé de telle idée particulière, de ridée du fini, par exemple, et, donnera à toutes ses créations et à toutes ses conceptions ce caractère exclusif; ou frappé exclusivement de ridée de l'infini, il donnera à tout ce seul caractère ; ou enfin, après avoir connu et épuisé dans leur particularité, c'est-à-dire dans leur vérité et dans leur erreur tout ensemble, ces deux idées isolées, il cherchera, les deux termes étant bien connus, à dégager leur vrai rapport. Il ne peut y avôii* que trois époques ; chacune sera plus ou moins compréhensive ; mais il ne peut y en avoir davantage. C'est ce qu'il s'agit de bien établir ainsi que l'ordre de ces trois époques. Ce sera le sujet de ma prochaine leçon.
PARIS. — DE L'IMPRIMERIE DE RIGNOUX, rae des Fnmcs-Bourgeois-S.-Michel , n» 8.
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SOMMAIRE
Récapitulation de la spontanéité et de la réflexion dans l'individu et dans l'espèce humaine. -— Réflexion y élément d'erreur et de différence. — Histoire : ses époques. — Trois époques, ni plus ni moins. — Ordre de ces trois époques. — Ordre de succession. — Ordre de génération. — Du plan de l'histoire comme manifestation du plan de la Providence.— Optimisme historique.