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avoir pour représentant un grand jurisconsulte. Delà la nécessité de Vico.
La science nout^lle est le modèle et peut-être la source de V Esprit des lois. Elle rappelle les iustltutions particulières à leurs principes les plus généraux ,. rattache le mouvenient des sociétés humaines à un plan supérieur et invariable qui domine Tavenir comme le passé, et convertît les conjectures et les probabilités de l'érudition et de la politique en une vraie science dont la base est la nature commune des nations. Le caractère fondamental de la science nouvelle est l'introduction d'un point de vue humain dans l'histoire. En effet , pour ne pas paraître exclusive, la jurisprudence a beau s'appeler scientia rerum humanarum et divinaruin^ la science des choses humaines et divines, elle est surtout la science des choses humaines dans lesquelles elle contemple les choses divines. Aussi la religion, dans Vico, fait partie de Tétat et de la société, tandis que dans Boasuet c'est letat qui fait partie de la religion. La religion, dans Vico, se rapporte à l'humanité , tandis que dans Bossuet c'est l'humanité qui eist au service de la religion : le point de vue a complètement changé, et c'a été, à mon sens,
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un pas immense dans la science de Thistoire , dont le but dernier est de tout faire rentrer dans rhumanité, de tout rapporter à l'humanité en te monde, sabf ensuite à rapporter les destinées de Thumanîté et ce monde Itii-méiïie à qudque cho^ de plus élevé. De plus , dans Bossuet, rhistoire a son plan général, mais chaque partie est superficiellement traitée; au contraire, dans Vico, les différens peuples ont leur histoire approfondie. Selon Vico, l'etîstence d'un peuple forme un cercle dont il a déterminé avec précision tous les points. Dans chaque peuple, selon lui et selon les faits et la vérité des choses, il y a toujours, il y a nécessairement trois degrés, trois époques. La première est l'époque d'enveloppement improprement appelée barbarie , où la religion domine, où les acteurs et les législateurs sont pour ainsi dire des dieux, c'est-à-dire des prêtres; c'esl l'âge divin de chaque peuple. La seconde époque de l'histoire d'un peuple est la substitution du principe héroïque au principe théologique; là il y a du divin encore, mais il y a déjà de l'humain, et le héros est pour ainsi dire dans l'histoire, comme dans la mythologie grecque, l'intermédiaire entre le ciel et la terre. Enfin, dans le troi-
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sur leur compte, on avait ajouté à leurs propres ouvrages tous ceux du siècle et du peuple qu'ils ref^résentent dans l'histoire. Le premier encore il a discuté les temps primitifs et les lois fondamentales diiC'iEome , et il a indiqué à la critique moderne quelques-uns de ses plus beaux points de vue: tels il^nt les mérites de Vico; ils justifient sa haute renomoiée.
Le viëe ^ndamental de la science nous^éUe est la prépondérance de l'élément politique, et l'omission presque complète de deux élémens, lart et la philosophie. H était naturel aussi que celui qui parmi les élémens de l'histoire avait vu surtout l'élément politique, considérât surtout les époques où cet élément joue un rôle important, et négligeât celle que domine en général la religion , savoir, l'époque orientale. I^ science nouvelle a un autre défaut. Sans doute chaque peuple a son plan , et parcourt un cercle, le cercle qu'a décrit Vico; chaque peuple a son point de départ, son milieu, sa fin; chaque peuple a son progrès, son histoire; mais l'humanité n'a-t-elle pas son progrès, son histoire jnssi ? Outre les lois communes qui les régissent, les différens peuples n'ont-ils pas d'autre rap-
ports entre çux , des rapports de dissemblance, quant à leur caractère , des rapports d'atitériorite eC'de postériorité dans le temps , rapports qui ont leur raison et qui constituent des lois, et des lois nécessaires^ lesquelles se i^^^chent à un plan plus Yaste que celui de chaque peuple? Voilà ce que Yico n'a pas aperçu.i La Grèce donnée, il en développe toute l'histoire ; de même pour Rome, et de même po|ir le mojcn âge. Mais quel est le rapport du moyen âge à Rome, et de Rome à la Grèce? Enfoncé dans les Ricorsif dans les retours périodiques des mêmes élémens dans chaque peuple, Yico oublie de rechercher ce qu'il advient de l'humanité elle-même de r^ours en retours ; il assigne les lois de retour des mêmes élémens dans chaque peuple; mais il n'assigne pas les lois de ces différeus retours jentre eux par rapport à l'humanité tout entière. Ce n'est pas assez de répéter que l'humanité avance ; il faut dire en vertu de quelle loi elle avance. Parler d'un progrès sans déterminer son mode et sa loi, c'est ne rien dire. En général, profond dans l'histoire de chaque peuple, dans la nature commune des nations, pour parler son langage , Vico est faible dans
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le développement progressif de Thumanité et dans la détermination d*es lois qui président à ce développement.
Tels sont, Messieurs, les deux grands ouvrages par lesquels s'ouvre la science de l'histoire de l'humanité au dix-huitième siècle. Ces deux ouvrages sont également vrais en euxmêmes, et également incomplets , comme les deux points de vue qu'ils représentent. Mais en se contredisant, ils se corrigent, et poussent avec une force égale à un point de vue plus compréhensif. Après avoir traversé et épuisé les deux grands points de vue exclusifs qui se présentent nécessairement à l'entrée de la carrière, il ne restait plus à la science de l'histoire qu'à sortir des points de vue exclusifs de la religion et de
l'état, et de leur donner leur vraie place, et leur importance relative, dans un cadre plus vaste qui les comprit tous les deux, et qui comprit en même temps les autres élémens que Bossuet et Vico avaient sacrifiés. De là la nécessité de Herder.
Les deux premiers ouvrages dont je vous ai entretenus. Messieurs, sont les points de départ, les premiers essais du génie de l'histoire; l'ouvrage d'Herder est un monument qui
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indique une époque beaucoup plus avancée : il est venu un grand demi-siècle après les deux autres. En effet tout ce qui manque à Bossuet et à Vico se trouve dans Herder; l'idée fondamentale de Herder, c'est précisément de rendre compte de tous les élémens de Thumanité , ainsi que de tous les temps, de toutes les époques de l'histoire. C'est là ce qui donne à Touvrage de Herder une incontestable supériorité sur ceux de ses deux illustres devanciers. Vous y trouvez la religion, l'état, les deux points de vue de Vico et de Bossuet; et de plus vous y •trouvez les arls, la poésie, l'industrie et le commerce, même la philosophie; aucun des élémens d'un peuple ou d'une époque n'est négligé. Et non seulement vous v trouvez l'histoire de ces différens élémens dans les époques les plus connues de la civilisation , comme la Grèce , Rome et le njoyen âge, mais vous les trouvez encore dans le monde de l'Orient , dans ce monde si peu connu du temps de Herder et où il a fait les premiers pas. Les races, les langues, les religions, les arts, les gouvernemens , les systèmes de philosophie, tout a sa place dans l'histoire de l'humanité telle que l'a conçue Herder. 11 faut dire encore qu'il ne s'est pas
contenté de faire entrer dans les cadres de l'histoire tous les élémens de Thumanité et tous les temps , mais qu'il a bien vu et qu'il a montré que tous ces élémens se développent harmoniquement, et même qu'ils se développent progressivement. L'ouvrage de Herder est le premier grand monument élevé à l'idée du progrès perpétuel de l'bumanité en tout sens et dans toutes les directions. 3'ajoute que parmi les différentes parties dont se compose cet ouvrage, toutes celles qui dans chaque peuple se rapportent aux arts et à la littérature sont traitées de main de maître; non seulement toutes les connaissances de son temps y sont résumées et habilement employées, mais il y a lui-même ajoiité; c'est là que po^n» la première fois ont été bien expliquées les poésies primitives, surtout les poésies hébraïques et celles du moyen Age; c'est là que pour la première fois la poésie a été mise à sa véritable place, qu'on a ôlé pour toujours aux. chants populaires l'accusation de barbarie qui pesait sur eint, et qu'il a été prouvé que les poésies primitives des peuples sont des monumens aussi fidèles que brillans de leur histoire. Je ne veux pas oublier parmi les mérites de Herder celui d'avoir ajouté la plus haute im-
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portance au théâtre de l'histoire. Herdcr ausrsi a vu que clans ce monde rhomme ne pouvait se soustraire à l'influence des climats et des lieux , et la géographie physique a pour là pre^* mière fois joué entre ses mains un grand rote dans l'histoire. Ce sont là, Messieurs, des titres supérieurs, tels que des défauts même graves ne peuvent les obscurcir.
Le plus grand défaut de Herder est d'avoir abordé l'histoire avec un système philosophique trop peu favorable à la puissance et à la libeité de l'homme. Herder, si grand poète, est pourtant l'élève de la philosophie qui régnait de son temps, entre 1760 et 1780, je veux dire la philosophie de Locke; il a mis les couleurs brillantes de son génie sur cette philosophie un peu terne en elle-même; il a prêté son enthousiasme personnel à des idées qui n'en paraissent guère susceptibles. Il a très bien vu les rapports intimes qui rattachent l'homme à la nature ; mais il a trop regardé l'horame comme l'enfant et l'écolier passif de là nature. Il n'a pas fait une assez grande part à son activité, de sorte que lorsque les suggestions de la nature, de Insensibilité et de l'imagination, n'expliquent pas certains dévcloppemens de la civi-
lisation^ au lieu de les làpporter à l'énei^ie de Fesprit humain , Herder a recours à des ex^ plications mystiques en contradiction avec la théorie générale et l'esprit de son ouvrage. Ainsi pour avoir fait Thomme trop passif, et presque exclusivenient sensitif , il ne sait plus comment résoudre le problème des langues; et comme Rousseau, et depuis M. de Bonald, il le résout par le Deus machina. L'institution du langage , selon Heroer , est d'institution divine ; cela peut être; mais ce n'esl pas moins un con* tre-sens dans l'ouvrage de Herder, où tout est expliqué humainement Si Dieu intervient dans cette difficulté , il faut le faire intervenir dans d'autres difficultés qui ne sont pas moins grandes; et c'en est fait de l'idée fondamentale du livre. Comme défaut; secondaire , je remarque encore que si les arts et la littérature sont en général admirablement traités dans Herder, il y a d'autres parties qui le sont très faiblement. Mais il est jutfe de se rappeler qu'à cette époque ces parties n'avaient été traitées nulle part d'une ma^ nière ^approfondie ; et que toute histoire universelle est pour la profondeur de chaque partie nécessairement au dessous des histoires spéciales, et les suit à une certaine distance. Enfin , le der-
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nier défaut que je rieprocherai à Herder , c'est le manque de précision et un certain caractère général d'indétermination et de vague, qui nuit à l'impression de ses grandes qualités. Herder admet un progrès continuel dans l'humanité, mais il en détermine mal les lois générales , et nulleinent les lois particulières. Il en résulte que les couleurs du livre sont extrêmement brillantes, mais qu'il y a plus d'éclat que de lumière. 11 est fort naturel que Herder , plus littérateur que philosophe, au milieu de l'élégante société de Yeymar, ait un peu travaillé pour les gens du monde; mais on ne peut pas à la fois charmer le monde et satisfaire la pYiUoso-* phie.Herder a évité les formules; on l'en a beaucoup loué; moi je prends la liberté de lui en faire un grave reproche. Il ne s'agit pas de plaire en semblable matière, il s'agit d'instruire et d'éclairer. Or les formules sont l'expression la plus lucide de l'histoire , puisque c'est à cette condition seule (je ne parle pas ici des formules arbitraires, mais de celles qui sont les lois mêmes de l'esprit humain), que l'esprit humain peut se comprendre, lui, ses oeuvres et son histoire, •k Malgré ces défauts , l'ouvrage de Herder est encore le plus grand monument élevé à l'his-
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toire de rbumanité jusqu'à nos jours ; depuis il n'a été fait aucune grande tentative dans ce genre; aucun des ouvrages analogues qui ont paru , ou à côté de celui de Herder , ou un peu avant, ou un peu après, en Angleterre, en Ecosse et en France , ne sont guère dignes d'un examen sérieux; je me contenterai de les mentionner. Voltaire a eu le mérite de songer à introduire dans l'histoire les mœuri des nations et les détails de la vie privée : c'est quelque chose. Voltaire, il faut le dire encore, a le sentiment de l'humanité; mais ce sentiment, mal dirigé par une critique sans exactitude et sans profondeur, dégénère constamment en déclamations assez bonnes dans d'assez mauvaises tragédies , mais qui ne valent rien dans l'histoire , où la passion et le sentiment doivent faire place à l'intelligence. D'ailleurs , quand on s'emporte si violemment contre ce qui a gouverné si long-temps l'espèce humaine , au fond c'est l'humanité qu'on accuse; car enfin un état , une religion ne s'établit pas, ne se soutient pas toute seule; il faut qu'elle trouve quelque consentement parmi les hommes. Il est vrai que sur la fin de son existence elle essaie souvent de s'en passer; mais d'abord elle n'a pu s'établir que par là; et je ne
dis pas seulement par le consentement , niais par l'approbation , par la confiance et par Tamour , en un mot , par la sympathie des masses avec les lois religieuses ou politiques qui leur étaient annoncées.
Il n'est pas possible non plus de prendre au sérieux l'ouvrage tant vanté de Fergusson sur la société cwile, ouvrage sans aucun caractère, où règne un ton de mofalité fort estimable , mais où la faiblesse des idées le dispute à celle de l'érudition.
Parmi les écrits de cette époque il hut distin-^ guer, Messieurs, celui d'un jeune homme cfiii, étudiant alors en Sorbonne, y composa , pour sa licence, deux discours en latin sur l'histoire de l'humanité dans ses rapports avec l'histoire du christianisme et celle de l'église. Il y a plus d'idées dans ces deux discours du jeune séminariste que dans les deux longs ouvrages de Voltaire et de Fergusson ; et s'il n'avait pas été enlevé par la politique à l'histoire et à la philosophie, je ne doute pas que le licencié de la Sorbonne , ne se fut assis à côté de Montesquieu ; et qu'il n'eut donné un grand homme de plus à la France. On voit que je veux parler de Turgot. Condorcet, ami et disciple de Voltaire et de Turgol tout.
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ensemble, a déposé quelque chose du caractère de ses deux maîtres dans l'écrit intéressant qu'à la veille de périr il légua à la postérité. Cet écrit respire un sentiment d'humanité qui anime et colore chaque page , et demande un peu grâce pour les déclamations, qui étaient alors à la mode , et pour l'absence complète de critique et d'érudition. Cependant je ne puism'empêcher de regretter qu'on mette de trop bonne heure VEs^ quisse de Condorcet entre les mains de la jeu* nesse; c'est lui donner une très mauvaise nourriture. Ce qu'il faut aux jeunes gens, Messieurs, ce sont des livres savans et profonds , même un peu difficiles, afin qu'ils s'accoutument à lutter avec les difficultés, et qu'ils fassent ainsi l'apprentissage du travail et de la vie; mais en vérité c'est pitié que de leur distribuer sous la forme la plus réduite et la plus légère quelques idées sans étoffe, de manière à ce qu'en un jour un enfant de quinze ans puisse apprendre ce petit livre, le réciter d'un bout à l'autre, et croire savoir quelque chose de l'humanité et du monde< Non, Messieui^s, les hommes forts se fabriquent dans les fortes études; les jeunes gens qui parmi
vous se sentent de lavenir doivent laisser aux enfans et aux femmes les petits livres et les bagatelles élégantes : ce n'est que par Texercice viril de la pensée que la jeunesse française peut s'élever à la hauteur des destinées du dix-neuvieme siècle, (^yipplaudissemens.) Je m'explique ainsi d'autant plus volontiers que je me plais à reconnaître dans l'ouvrage de Condorcet, comme dans celui de Voltaire , un sentiment très vrai d'humanité malheureusement égaré par Tabsence d'érudition et la déclamation. D'ailleurs tout ce qu*il y a de bon, tout ce qu'on a le plus vanté dans V Esquisse de Condorcet se trouve dans Herder, savoir, le sentiment de l'humanité , l'idée d'un progrès perpétuel, et cet ardent amour de la civilisation qui, dans Herder, est porté jusqu'à l'enthousiasme; dans Vico , l'enthousiasme n'est pas dans la forme, mais il est dans le fond. Voilà de ces ouvrages que je recommande à mes jeunes auditeurs; ils ne les étudieront pas sans y contracter un amour plus éclairé de l'humanité et de la civilisation , de tout ce qui est beau et de tout ce qui est honnête ; et je me félicite moimême d'avoir encouragé mes deux jeunes amis.
MM. Michelet et Quinet, à donner à la France Vico et Herder.
Depuis Herder , Messieurs , qu'a-t-on fait , et que reste-t-il à faire? Sans doute il reste au dix-neuvième siècle à élever un* monument nouveau qui soit supérieur à celui de Herder de toute la supériorité qu'un nouveau siècle doit avoir sur un siècle qui n*est plus ; les voies sont préparées à une nouvelle philosophie de l'histoire, qui évitant les points de vue exclusifs de Bossuet et de Vico, et fidèle à l'esprit d'universalité de Herder, approfondisse davantage ce que Herder a trop effleuré, et substitue au vague et à Tindétermination des idées une précision et une rigueur véritablement scientifiques. Mais en attendant que les travaux accumulés de l'Europe savante produisent un pareil ouvrage , on a fait après celui de Herder la seule chose qu'il y eût à faire, on a décomposé cet ouvrage pour le mieux recomposer un jour. Le succès de l'ouvrage de Herder fut immense : dès son apparition les plus beaux génies furent frappés et des idées générales qu'il renfermait et même de la manière dont quelques parties étaient traitées , savoir , les arts et la poésie ; et ,
le mouvement historique s'accroissant rapidement, on partit du point où il s'était arrêté en chaque genre pour faire de nouvelles recherches, et aller plus loin dans la route qu'il avait tracée. Ses inspirations fécondèrent toutes les branches spéciales de l'histoire, et à Vhistoire universelle succédèrent des histoires approfondies de chacun des élémens ^ de rhumanité et de chacune de ses grandes époques. Or, lorsque aujourd'hui la critique, éclairée par les travaux des quarante dernières années, se remet en présence de l'ouvragée primitif qui les a inspirés , elle ne retrouve plus le premier enthousiasme, ce qui est impossible, à moins que la science n'ait pas avancé, et dans sa sévérité elle touche presque à l'injustice. Mais il ne faut pas oublier que c'est un monument construit et élevé par les mains d'un seul homme, et de 1 760 à 1 780. Depuis, tout a marché , grâce à Dieu; tandis que l'ouvrage de Herder est resté à la même place. Pour l'histoire des religions, par exemple, sans parler du petit chef-d'œuvre de Lessing, intitulé Éducation du genre humain^ le grand ouvrage de Creuzer qu'un digne élève de l'Ecole normale a donné à la France, a laissé
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fort en arrière celui de Herder. Winkelman et M. Quatremère de Quincy l'ont également surpassé, pour ce qui se ra pporte aux arts de la Grèce. MM. de Schlegel, que Herder a produits peutêtre , ont pénétré bien plus avant que leur maître dans la littérature grecque et romaine. Heeren , dans son excellent ouvrage sur les relations commerciales des peuples anciens, a fait aussi de nouveaux pas dans la connaissance de cette branche importante de l'histoire de l'humanité. Montesquieu a traité de V Esprit des lois avec tout autrement d'étendue et de profondeur. £n6n la partie de l'ouvrage de Herder qui regarde l'histoire des systèmes philosophiques est aujourd'hui, il faut le dire, au dessous de l'état de nos connaissances ; mais il y aurait la plus grande injustice à demander à celui qui est le père de tous ces travaux partiels la même pro« fondeur de savoir et de critique dans l'ensemble que ses successeurs ont portée dans les diffé* rentes parties. Il y aura toujours. Messieurs, quelque chose d'un peu superficiel ^ ou au moins d'insuffisant dans toutes les histoires universelles, comme il est du sort des histoires particulières, de ne pas joindre toujours à la
solidité (le la critique et de rérudition , des vue& spéculatives qui embrassent ud vaste horizon.
Tel est aujourd'hui l'état de la science historique en Europe : de grands et solides travaux ont été entrepris et accomplis sur chaque partie, sur chaque époque; il reste à les réunir, et de toutes ces pièces particulières à former un grand tout qui joigne la solidité des histoires particulières à la supériorité des vues générales, qui, après avoir été, comme l'ouvrage de Herder, le centre de tous les travaux partiels antérieurs et la mesure de l'état des connaissances humaines à ce moment, devienne à son tour un point de départ pour une décomposition nouvelle et de nouveaux travaux spéciaux , plus exacts encore et plus approfondis que les précédens, qui amèneront la nécessité d'un résumé nouveau, d'une nouvelle histoire universelle supérieure à la précédente, et toujours ainsi, au profit de l'humanité et de la science. J'essaierai, Messieurs , de vous présenter dans le cours de mon enseignement les résultats auxquels je suis parvenu sur l'histoire générale de l'humanité ; mais je m'efforcerai surtout de traiter avec soin et en détail la branche spéciale de l'histoire
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de rbumanité qui m'est confiée, savoir, l'histoire de la philosophie. Et pour achever cette introduction, je consacrerai la prochaine leçon à vous rendre compte des grands travaux dont l'histoire de la philosophie a été la matière depuis un siècle.
PARIS. ~ DE ^IMPRIMERIE DE RIGNOUX me des Francs-Bourgeois-S. -Michel , n<> 8.
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DE L'HISTOIRE
DE
LA PHILOSOPHIE