‹ Cours de philosophie (volume 3)Chapitre 20 sur 23 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Si dans Tindividu la i^^flexion est la faculté qui entre la derqière en exercice, et si dans un peuple et dans une époque la philosophie^ qui représjente la réflexion, se développe après tous les autre» élémens de ce peuple et fje cette époque, çt fi c'est du dix-huit^èane siècle que ^ate la culture approfondie de l'histoire en général, la coq^.é-' quence est que Vhistoire de la ph^lo3ophie, qui

marche à la suite de l'histoire des autres brauches de la civilisation , ne devait avoir sa place qu'au dix-huitième siècle. Le dix-huitième siècle a pour caractère éminent parmi tous les siècles le sentiment de l'humanité. C'est au dix-huitième siècle que pour la première fois en grand rhumanité a commencé à s'intéresser à ellemême. Elle s'y serait donc manqué à elle-même, si elle avait négligé l'étude et l'histoire de ce qu'il y a de plus important en elle, l'histoire de la réflexion, de la raison, de la philosophie. Mais outre cette raison générale, des causes spéciales , plus actives et plus fécondes , développèrent au dix-huitième siècle l'histoire de la philosophie.

Recherchez, je vous prie, à quelle condition on peut s'intéresser à l'histoire d'une science quelconque. A une condition, savoir, qu'on s'intéressera à cette science. Faites la supposition d'une science décriée et presque totalement négligée ; certes il faudrait avoir un bien grand luxe de curiosité pour s'intéresser à l'histoire d'une pareille science et pour s'en occuper. Remarquez que Thistoire n'est pas chose facile ; qu'elle exige des travaux longs et pénibles, dans lesquels on ne s'engage pas sans un grave motif,

DE l'h1ST01R£ DU LA PHILOSOPHIE. S

et ce motif ne peut être autre que le vif intérêt que la science nous inspire. Et non seulement la culture d'une science est une condition nécessaire pour qu'on puisse s'intéresser au passé et à l'histoire de x;ette science, mais c'est aussi une condition indispensable pour qu'on puisse comprendre ce passé, cette histoire. Mettez un homme qui n'ait pas cultivé les mathématiques en présence de l'ouvrage d'Euclide ; d'abord il ne s'y intéressera pas, ensuite il n'y pourra rien com-. prendre. Cela est évident pour les mathématin ques; cela n'est pas moins vrai pour les sciencesi morales, pour la jurisprudence, la législation^ l'histoire politique, en général. Comment celui qui n'est pas familier avec les idées sur lesquelles roulent les sciences morales, qui n'a pas médité sur les problèmes qu'elles renferment, pourra-t-il comprendre les solutions qui en ont été données dans les différens siècles? Il en est de même, et à plus forte raison, de la philoso-. phie. Il serait étrange qu'on pût comprendre les livres des philosophes sans avoir étudié les questions philosophiques. Ici plus qu'ailleurs l'intelligence historique est en raison, directe de l'intelligence scientifique. Il suit de là que dans toute époque où la philosophie elle-même

6 Goum

«l'ailÉra pas excité un hstùt intérêt et n^àara p» été cultivée avec le pli» graild soin , on ne se sera guère intéressé à rhistotre de la philosophie, et on n'aura' pu la comprendre. Au contraire, supposez une époque où la philosophie fleurisse , il est in&illible que là fleurisse aussi l'histoûre de la philosophie. Un grand motivefbent philosophique est la condition sine quâ non et en même temps le principe c^tain d'un mouvement égal dans Thistoire de la philosophie. Tout grand mouvement spéculatif contient en soi, et tôt ou tard produit nécessairement son histoire de la philosophie , et même une histoire de la philosophie qui le réfléchit, qui lui est conforme ; car ce n'est jamais que sous le point d;e vue de nos idées propres que nous nous représentons les idées des autres.. Appliquons ceci au dhi-huitième siècle.

Pour savoir si au dix-huitièiïie siècle il a pu y avoir de grandes histoires de la philosophie, et quel a dû être le caractère de ces différentes histoires,, il faut rechercher si le dix-huitième siècle a produit de grands mouvemens philosophiques, et quel a été le caractère de ces mouvemens. Or, Messieurs, le dix-huitième siècle a donné une vaste impulsion à la philosophie,.

Dfi L HISTOIRE DB Lk PHILOSOPHIE. 7

(loûC rhistoire de la phik)80f>hie a dâ y prendre un grand développemeut , et le dix-huitième siècle ayant pj?oduit des écoles philosophiq>ues très diverses, le dix-huiii«Be siècle a dû avoir des histoires de la philosophie très diverses. On peut à volonté étudier les différentes grandes histoires de la philosophie dans les écoles philosophiques q^ii ont du les produire, comme on étudie les effets dans leurs causes ; ou, comme on étudie les causes dans leurs e^ts^ on peut suivre les grandes écoles philosophiques dans leurs ré* siiltats derniers,dans leurs histoires de la philosophie. Ainsi, pour étudier et pour caractériser les différentes grandes tiistoires de la philosophie que le dix-*huitième siècle a produites et léguées au dix-neuvième , il est de toute nécessité que nous jetions upr coup dœil sur les grandes écoles philosophiques qu a produites le dix-huitième siècle..

L'histoire moderne n'est pas autre chose que le développement des élémens dont se compose le nftoyeu âge; la philosophie moderne ne peut donc être autre chose que le développement de la philosophie du moyen âge. Tout développement implique une métamorphose, un changement de forme. La philoso-

Page 1