IIS HISTOIRE DE U
corps était coloré , qae séparant enanite ce qui èuit uni dans la synibèse primitive, vons avez pn eoniU dérer, d'uo côté, l'idée de corps , et de l'autre Tiâée de conleor, abstraction Tailc l'une de l'autre ; et c'Ëlt alors seuletuânt que vous avez pu instituer une cmiparaison pour tous rendre compte de ce que rotit saviez déjà.
£n général , les jugements sont de deux sortes ; on ce sont des jugements dans lesquels nous acquéromce que nous ignorions auparavant, ou ce sont des jugements réflexifs dans lesquels nous nous rendons compte de ce que nous savions déjà. La théorie de Locke peut expliquer les seconds jusqu'à un certain point ; mats tes premiers lui échappent entièrement.
Pat exemple, si mainienant nous voulons noas rendre compte de l'eiisience de Dieu que nous connaissons déjà, nous prenons ou nous pouvons prendre, d'un cAtë , l'idée de Dieu , et de l'autre l'idée d'eiislencc , et rechercher si ces deux idées conviennent oa discTOviennent. Mais autre chose est se rendre compte d'une connaissance déjà acquise, autre chose est acquérir cette connaissance: or, certes, nous n'avons pmnt d'abord acquis la connaissance de l'eiist^ce de Dieu en mettant d'un c6té l'idée de Dieu et de l'aiitre l'idée d'existence , et en cherchant leur rapport ; car, pour vous faire grftce de répétitions superflues , pour ne pat repasser par le cercle des trois objections ae- Gontumées, et m'en tenir à la troisième, ce serait mo^ poser ce qui est eu question. Il est trop évident qde
D.5.l.i=t;..,GOOgk'
E LEÇOK. IIS
lonqae noui conudérong d'un côté l'idée de Dieu , et de l'autre l'idée d'esisLeDce , et qae dou* cbercboiu la coimaiuance de l'eiistence de Dieu dans le rap- {H-ochement de ces deux idées , nous ne faisons que loonnenter ce que nous ayions deji, eL ce que nous n'auri(HU jamais eu , si nous eu étions réduits à la diéorîe de Locke. Et il est bien entendu qu'il en est des attributs de Dieu comme de son existence : partout et loujourg les mêmes objections , partout et toujours le même paralogisme.
La tbéorie de Locke ne peut donc donner ni Dieu, ni le corps, nile moi, ni leurs attributs: à cela près, j'aceorde, si l'on veut, qu'elle peut donner tout le reste.
Elle donne les matbématiques , direz-vous. Oui , je l'ai dit moi-même, et je le répète ; elle donne les mathématiques , b ^ométrie et l'a ritbmé tique en tant que sciences des ra[^rt8 des grandeurs et des nombres^ elle les donne , mais è une condition , c'est que vous considériez ces nombres et ces grandeurs comme des grandeurs et des nombres abstraits , n'impliquant pas reKistcnce. Or , sans doute , par exemple , la science géomélriqueeU une science abstraite , mais elle a ses bases dans des idées concrètes et des existences réelles. Une de ces bases est l'idée d'espace, laquelle, vous le ■avei (i), nous est donnée dans ce jugement: tout corps est dans l'espace ; voilii la proposition , voilà le jugement qui donne l'espace , jugement accompagné
(l)Vor*i kçon dli-iepUème.
de la pirflitle certitude de la réalité de ion objet. Nom n'avoi» qu'une seule idée comme point de départ, savoir, l'idée de corpt ; puis l'esprit, par sa pniBSaiiee. aussitôt que l'idée de corps lui est donnée, conçoit l'idée d'espace et sa conneiion nécessaire avec 'le corps. Un corps connu, nous ne poufons pas ne pas jnger qu'il est dans un espace qui le renferme. De ce jugement, abstrayez l'idée d'espace, et tous avez l'idée abstraite et générale d'espace. Hais elle n'était pas anlérieuremenl à la conception du rapport nécessaire de l'espace au corps , pas plus que le rapport n'était antérieurement à elle ; elle n'est pas non plus postérieure an rapport, ni le rapport postérieur â elle; l'un et l'autre s'impliquHii et nous sont donnés dans le même jugement aussitôt que le corps est connu. C'est boulererter l'ordre du développement de l'esprit, qne déposer d'abord l'idée d'espace et l'idée de corps, et puis de chercher h tirer de leur comparaison le rapport qui les lie , car l'idée seule de l'espace suppose déj& ce jugement total, que loui corps est nécessairemenl dans l'espace. Le jugement ne peut donc venir de ridée , c'est l'idée au contraire qui vient du jugement. It n'est pas difficile de tirer le jugement de l'idée, qui le suppose , maie reste à expliquer d'où vient l'idée , anlérienrement au jugement. Il n'est pas difficile de trouver un rapport entre le corps et l'espace , quand on connaît le corps et l'espace ; maïs il faut demander à Locke comment il a obtenu cette idée d'espace, vomme tout à l'heure nous Ini avions demandé cora-
.i.i=t;..,Goo^k
iMnt il wâit AbleMi l'idée de eocpt , l'idée d* Diev , l'idée de conleiir. l'idée d'esitteoce, ete. SuppoMr ■lue ridée iiéeewaire de l'etpaoe dou> est donnée par le lapprocbemeot de deux idéei dont l'une est déjk ridée d'espace , c'esl un cercle vicieux et un pualogiame ridicule. C'est là recueil perpétuel de la théorie de Locke.
L'autre idée sur laquelle repose la géométrie ett: l'idée de grondeur, laquelle renferme l'idée de pcHUt, l'idée de ligne, ele. La grandeur, la point, la ligue, MDt des conceptions ultérieures et abalraitee, qui lupfOéeal évidemmeut l'idée de ipieiqne oorfM réel, d'un wltde existant daos la nature. Or l'idée de solide nom» est donnée dans un jugement comoie tonle idée ; et il a fallu que iious jugions que tel solide existe pour çencevoir à part l'idée de solide. Comment doas jogeous-noas que tel solide eiiatel &ek» la ihéorû de Locke, il faudrait deux idées, une comparaison d» ces deux idées, et une perception de convenance entre cm deux idées. Et quelles pourraient Aire les denx idées qui serviraient de terme à ce jugement : ce solide existe? J'avoue que je ne le vois paa trop. Forcé d'ea trouver pour l'hypothèse, je n'en rencontre pasd'anlre» ^oe l'idée desolide, plus celle d'existence, que l'on comparerait, pour savoir si elles oonviennent ou diacon* vienoenl. La théorie veut tout cet échafaudage. Hait eM-il besoin de le détruire pièce à pièce, pour le reo* verser f Ne suffit-il pas de rappeler que le solide en question étant dépourvu d'extateoce , puisqu'il est
D.5.l.i=t;^GOO^k
téfué de l'idée d'exuteDce, n'est que l'abstraeiioii An solide, et que cetle abstntction, qu'il s'agit de réaliter pour en tirer l'eiisteDce du solide , n'aurait pu ôtra saut la conception antérieure d'un solide i-éel, et réellement existant? L'abstraclion , ligne, point, ete.,- SDppose tel ou tel solide réel , une connaissance primitive et concrète qu'on ne peut faire venir d'abstractions ultérieures tans tomber dans un cercle vicieux, et enlever ji toutes les conceptions géométriques leur hase naturelle et réelle.
Voilà donc, messieurs, tes deux bases, les deax idées fondamenlales de la géométrie , savoir, l'idiée d'espace et l'idée de solide, qui écbappentà la théorie de la connaissance et du jugement de Locke.
11 en est de même de la base fondamentale de l'aritfimétique. Cette base est évidemment l'unité, non pas, meuieurs, une unité colIectiTe, par exemple, 4 représentant S et 3, 5 représentant 2 et 5, mais une unité qui se retrouve dans toutes les unités collectives, les mesure et les évalue. Cette unité, l'arithmétique la conçoit d'une manière abstraite ; mais l'abstractioD ■'étant pas le point de départ de l'esprit huminii, l'unité abstraite a dA nous être donnée d'abord dut quelque unité concrète , réellement existante. QueUe est donc cetle unité concrète, réellement existante, source de l'idée abstraite d'unité? Ce n'est pas le corps; il est divisible à l'infini: e'est le moi, le moi identique et par conséquent un, sous la variété de ses actes, de tes pensées, de tes sensations. Et comment peut itre
D.5.l.i=t;..,GOO^k'
C LEÇON. tl'S
Mqdse , duia la Uiéorie de Locke , la connainaBce concrète ée TaniLé da moi, base de l'idée atwtniiie d'ouité, laquelle eu la base de l'arilhinétique? 11 faudrait que nous enstiona d'un cAié l'idée du moi comme n'étant pas ud. c'ett-à-dire tans réalité, l'identité et l'unité dn moi étant impliquée dans son existence dès le premier acte de mémoire, et de l'aulre cAté l'idée d'une unité distincte du moi, sans sujet, et par conséquent sans réalité ; et il faudrait que, rapprochant ces deux idées, nous percussions leur rapport de couvenance. Or, ici reviennent toutes mes objections, que je vous demande la permission de récapituler en terminant :
1° C'est une unité abstraite et un moi abstrait dont vans partez; mais l'unité abstraite et le moi abstrait, cwnparés et rapprochés, ne tous donneront qu'un rapport abstrait et non pas an rapport réel, une unité abstraite et non pas l'unité réelle et intégrante dn moi ; vous n'aorez donc pas cette idée concrète d'unité, ba^e nécessaire de l'idée abstraite d'unité, laquelle eu la base de l'arithmétique, la mesure de tous les nombres;
3° Vous partez de l'abstraction sans avoir passé par le concret, c'est un contre-sens dans l'ordre naturd de l'entendement ;
3° Enfin, vous faites un paralogisme, puisque voua voiiles obtenir l'unité intégrante du moi, par la corn-. paraisoD de deux abstractions qui supposent précisément ce que vous chercbei, savoir l'unité du moi.
D.5.l.i=t;..,GOO^k'
1*4 HitTouK M u niuMoraiE.
Id ihéaiie de Locke ne peat donc donner la base d« l'ariibméùque ei de b géométrie, c'est-it-dire de* de«x BcieDCCS le* plni ibilraileB. Elle vant dans le champ de rariihmélique et de la géométrie , en tant que ■cîencM abtiraitce, maii ce* *cteneee abstraite* et louie* les mathématiques portent elles-mêmes en der- BJère analyse sur des connaissancei priniitÎTes, qoi impliquent l'eiittence ; et ces connaissances primitires et ^i impliquent l'eiistence échappent de toutes parts k la théorie de Locke. Or nous afons td qae lui échappe également, et au uiéme titre, la connaissanee de rexistenee personnelle, celle des corps, et celle da Dieu. 11 suit donc qu'en générât et en dernier résultat, la théorie de Locke est une théorie qui ne Tant que dans l'abstraction pure et qui s'évanouit aussitM qu'elle Ml mise en présence de quelque réalité i connaître , qDdIe qu'elle soit. Donc cette prétention générale et iUimitée de Locke, que toute connaissance, tout jugenent, n'est que la perception d'un ra^^ort de eooT»- Mnce ou de disconvenance entre deux idées , CMe prétenlion est connincue de togte manière d'erreur et même d'absurdité.
Je crains bien, mesùenrs, que cette (Useassion de htkéoriedeLockesarle jngemcntetla connaissaBoe ne vous ait paru uu peu subtile ; mais quand on vetil Hrrre l'erreur dans tous ses re|Jis, et délier métbodiqoement par l'analyse et la dialectique le nœud de Ibéories sophistiques, au tiea de le trancher d'abord par le simple bon sent, on est condamné Ji s'engager dau
D.5.l.i=t;..,GOO^k'
VINGT-TBOtSlfeME LEÇOH. IIS
d'Apparentes BobtilUés tut le> traces mêmes de ceui que l'on vent combattre ; c'est à ce pris seul qu'on pentles atteindre et le« conrondre. Je crains aussi que cette discussion ne vous ait paru bien longue, et pourtant elle n'est point achevée, car elle n'a pas encore pénétré jusqu'à la vraie racine delà théorie de Locke. ËQ effet, cette théorie, que tout jugement, toute con> naissance n'est que la perception d'un rapport entre denx idées, suppose et contient une autre théorie, qui est le principe de la première. L'examen de l'une est indispensable pour achever celni de l'autre, et déterminer le jngemmt déftnîiif qn'on en doit porter.