‹ Cours de philosophieChapitre 9 sur 16 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

SOMHURE.

Bétttnié et contiDualion de la lefon précédente. — De l'idée non ptut par rapport i l'obtet qu'elle doit reiiréaenler, malt par rapport à l'eiprit qui la per{oiL et ob elle «e trouve. — L'idée-lmage, l'idês prise malériellemenl. Implique un tiijel maliïrlel ; d'oii le matérlaliime. — Prise ipiriluellemeut, elle ne peut donner ni lei corpi, ni l'eiprit. — Que l'idée renrétenlalive , poi^e comme la leule doDoée primilive de l'esprit, dam la recherche de la réalité, coudamne â uo paralogisme, loute idée représenta lire De pouvant élre jugée repréacaler bien ou mal qu'en la comparant avec son original, avec la réalilé elle- même i laquelle, dans l'hypothèse déridée représentative, on ne peut arriver que par l'idée. — Qne la counaissance est directe et tant iolermédialre. — Des jugements, des propositions el des idéei. — Beiout tut la queslioo des idées innées.

Hessiedbs ,

Je viens rétamer et compléter la dernière legoa. Selon Locke , la connaitsance est tout eolière dans le rapport de l'idée à son objet; et cette coDnaitgance eet vraie ou fausse , selon que le rapport de l'idée à l'objet est un rapport de conformité ou de non conformité ; l'idée , pour être vraie , pour être le fondement

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lUrCT-DEIlUblU LCÇAK. . Il)

d'aï» eonn^Manee légitime , doit être leiAlable à bor objet, le représenter, en Sire l'image. Or, quelle eU ta condition d'une idée-ima^ t II n'y a image qne là oA il y a figure , où il y a quelque chose d'étendu , où il y a «pielqoe chose de sensible et de matériel. L'idéeiniage uiplique donc quelque chose de matériel ; et , s la Térilé de la coonaimnce se résout dans la conroi^ mité de l'idée i son objet , elle se résont dam la confort nité d'une image , prise matériel lement , k ma objet qaei qu'il soit.

Remarquez que la théorie de l'idée représentalive; comme base de la connaissance , est dans Lo<Ae sue théorie on iverselle , sans limite, sans exception ; elle doit donc rendre compte de tonte connaissance; elle doit aller aussi loin que peut aller la eouBaïiunce humaine ; elle embrasse donc Dieu , les esprits , les ewps ; car tout cela tombe plus ou moins sous la connaissance. 8i donc nous ne pouvons rien connaître , ni Dieu, ni les esprits, ni les corps que par des idées qui les représentent , et qui les représentent à coudilioB d'en être des images matérielles , la question est de savoir si nous avons de ces objets ^ de ces être* des idées , des images Cdëles , prises matériellement. * Le problème ainsi réduit à sa pins simple eipresuoD, a été facilement résolu. J'estime qu'il a été bien démontré que le monde estérienr lui-uiéme, que l'idéemage semble pouvoir nous donner plus aisément , MO* échappe entièrement s'il ne peut arriver à nous que pv l'idée-intage ; car il n'y a point d'idée sensible

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iqui toit l'image da monde , des objets extérîean , de» Gorpt.

NoQg avons considéré d'abord dans les corps les qualités appelées qualités secondes , qu) sont , tods le savez, des propriétés iosaiussables dans leur nature et jjpprcciables seulement par leurs effets , c'est-ï-dire de pures causes , les causes de nos sensations. Or il est évident qu'il n'y a point , qu'il ne peut y avoir d'image , d'Image matérielle d'une cause. Quant aux qualités premières des corps, parmi elles il en est nue, savoir la figure, qui semble propre à Être représentée par ridée-image ; et, en effet, il est certain que l'ap* parence visible , la figure des corps eilérienrs placés devant nous, devant l'organe de la vision, se peint sur la rétine. Mais 1' le premier qui a connu la figure Yisible d'an corps ignorait parraitement que cette figure visible fût peinte sur sa rétine ; ce n'est donc pas à la connaissance de cette peinture sur la rétine, et à la conaaissauce de la confi>rmité de cette peintm^ k son objet, qu'il devait la connaissance de la réalité de la figure extérieure ; â° ensuite cette peinture s'arrête i la rétine ; pour aller an cerveau qui est la cbambre d'audience de l'àme , comme dit Locke , il faudrait qu'elle traversât le nerf optique , lequel est dans une ' région obscure ; et le nerf optique fdv-il dans une (^ion lumineuse, l'image, après avoir traversé le nerf optique, arriverait au cerveau, qui lui-même est incontestablement obscur, et là p^irait l'idée-image, avant d'arriver k l'&me. Ainsi c'est la condition des ph^-

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vmfiT-KDIlfein LEÇOIt. lit

mèDea de la vùiod qa'îl y ait sur la rétine uo« imago de l'objet , mais ce n'en est que la condition , dor le fondement et reipticaUon. D'ailleurs, si l'idée-image jone on certain rôle dans les phénomènes de lavisioUf elle ne s'applique pas du tout aux autres phénomènes, k ceux du loDcher, par exemple, dans lesquels nous puisons la connaissauce de la qualité première des corps par excellence, savoir la solidité, la résistance. Nous avons démontré qu'il ne peut y avoir une idéeima^ de la résistance , de la solidité ; car l'idée de Iq solidité et (le la résistance se résout dans l'idée d'ane cause, d'une cause résistante, et il a été démontré de reste qu'il ne peut y avoir d'idëe-image île la cause.

Voilà pour les qualités tant premières que secondée des corps. Si l'Idée-image ne représente aucune qualité des corps, à plus forte raison ne représente-t-ella paslesujet de ces qualités, ce «uittratum qui échappa aux prises des sens , et qui , par conséquent , ne peut tomber sous une image empruntée aux sens. L'espace aussi, l'espace, qu'il ne faut pas confondre avee les corps qu'il renferme, ne peut pas être donné davantage par l'idée-image. Il en est de même du temps ; il en est de même de toutes les connaissances qui se rati tacheutà la connaissance générale du monde extérieur. Donc , comme l'idée-image ne peut représenter que lesfonnes, et qu'elle ne joue un râle que dans le cercle des phénomènes de la vision, et que là même elle n'est que la condition externe de cet phénomènes ,

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il nitqae.Nle nonde extérien n'a pM <f aittre vois pouf arriver à l'intelligence que celle de l'idée représeoutive , il n'y arrife point et n'y peut point arriver.

Les difficulté* de l'hypothèse de l'idée représeatative redoublent qaand il s'agit du monde spirituel. Locke les recooRatl ; il convient que, puisqu'en effet l'idée-image ne peut représenter les qualilis des esprits, attendu qu'il n'y a pas d'image de ce qui n'est pas figuré , ou il faut renoncer à la connaissance dé l'esprit, ou, pour Tohlenir, il faut s'adresser à la foi, à Il révélation. Hais U révélation, c'est poar noua na livre qui renferme des dogmes révélés par Dieo. Il y a donc ici deux choses, un livre et Dieu. Pour le livre, How le renvoyons an monde eilérieur : nulle idée repréaentalive ne pouvant donner la connaissance cei>> tained'un objet sensible, nepeul par cooséqaent donner selle d'un livre; le livre, sacré ou non, ne peut donc être connu certainement, ni fonder la connaissance certaine de l'eiisleDce de l'esprit. Reste Dieu ; mais s'adresser à Dieu pour légitimer la connaitsance de l'esprit, c'est s'adresser à l'esprit pour légitimer la coonaissaoce de l'c^rit ; c'est supposer ce qui est en question. La seule différence qu'il y ait entre l'esprit de Dieu et le niMre, c'est que l'esprit de Dieu est infini, tandis qne le nôtre est fini , ce qui , loin de diminuer la ditGculté, l'accroît. Ainsi l'idée représentative, tourmentée de toutes les mianières, ne peut donner aucune e réelle , ni celle des corps , ni celle des

TOMT-BHIIltHe LEÇON. IIS

esprits, et encore bien moins la conoaissaiice de Teiprit infiDJ auquel Locke eu appelle graloitement.

Le scepticisme absolu, telle est donc la ctmséquenee inévitable de la théorie de l'idée représentative; et 1« scepticisme absolu , ce n'est pas moins ici que l'abaola nihilisme. Enefiet, vous n'avez légitimement dans cette théorie ni les qualités secondaires, ni les qualités premières des corps , ni le sujet de ces qualités , ni l'espace où les corps sont placés , ni le temps où leurs mouvemenla s'accomplissent el leur durée s'écoule. Vous avez encore bien moins légitimement les qualités de votre esprit, cet esprit lui-même, l'esprit de vos semblables, l'esprit fini ; bien moins encore Dieu, l'esprit infini : vous n'avez donc rien , absolument rien , que l'idée elle-même , cette idée qni doit représenter (ont et qui ne représente rien, et ne laisse arrirer k TOUS aucune connaissance réelle. Voilà, messieurs, où nous en sommes , et les difficultés sont loin d'éUe épuisées. Nous avons considéré jusqu'ici l'idée, l'idéeim^e , par son rapport avec les objets eilérienrs qu'elle doit représenter, savoir, les corps, nos esprits, el Dieu ; considérons-la mainlenaat par un antre cAté, par son rapport avec l'esprit, qui doit la percevoir et dans lequel elle doil se trouver.

L'idée ne représente ni le corps , ni l'esprit , ni Dieu ; eUe ne peut donner aucun objet , nous l'avons démontré : mmselle est nécessairement dans un sujet. Comment y est-elle ? Quel est le rapport de l'idée, non plus avec son objet, mais avec son sujet?

CODBIIt.—

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les-vom bwn à quelle CMidîlion noui avoM «(MidaiMié l'idée représentative. Si elle repréietite, elle Mt avoir qaelque chose en s<ri de figuré , quelque otiose de maiériel : elle est donc quelque chose de ■aalériet. VoiHk donc l'idée représentative qui est qnelqm chose de matériel dans le sajet où elle se tro«Te. Mais il est clair que le sujet de l'idée , le sajet qui perçoit , contient et possède Tidée, ne peut Ctre d'une autre nature que l'idée elle-mSme. Lldêe représentative est quelque chose de lîguré. comme les tmhrM qui se dessinent dans une lanterne magique; èonc elle ne peut èlre que dans quelque chose d'analégua, dans un sujet de la même nature, figuré camme l'idée, ayant des parties, étant étendu et natériel comme elle. Ainu ta destruetinn de h aimpliciié et de la spiritualité du sujet de l'idée , c'esti-dîn de r&»e, on , en un seul mot, le matérialisme, telle'esi la conséquence forcée de la théorie de l'idée RprésenlDtÎTe, par rapport i son sujet.

- Le résultat , mesneun , était déjk dans le principe, et cette conséquence ne tiit qae trahir te vice de l'ori- ^■ede l'idée refuéeenlative. En effet, l'origine de celle théorie, vous le «avea, est dans celte hypothèse, que l'esprit ne connaît les corps, ne communique avec les corps qu'i la manière doellescorpe communiquent eitn tax. Or les corps commoniqueia entre eux, ou par l'inpalsion immédiate de l'un sur l'aiitre, ou indiredemeBt par l'intermédiaire d'un on plusieurs corpa qui, recevant du précédent une impslaion , la c<

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VIMGT-ISlIIitHE LEÇON. ttl

niquent à celui qui suit , de telle ^rle que c'ett lonjourB l'impulsion , soit immédiale , soit médiate , qn l'ait la comoDDnicalion des corps. Si donc Tesprit cou* Mil le» corps, il ne peut les connaître qu^ la manëre dont les corps commuDiqueot entre eux, par l'impulsion. Hais dqub ne voyons pas qu'il y ait impulaiot immédiate et directe des corps sur l'esprit, ni de l'es* prit sur les corps ; il faut donc que la communication, que l'impulsioD se Tasse à dislance, c'est-à-dire par un intermédiaire. Cet intermédiaire c'est Tidée. L'idée émane des corps, et par les sens arrivent l'esprit. L'idée émane des corps, te) est son premier caractère; Koo second caractère est qu'elle les représente, et «lie représentera facilement les corps, puisqu'elle ea vient. La représentaiLon est fondée sur l'émission. Or Témi»aion, qui est la première racine de l'idée représientative, la condamne à être matérielle. C'éiait déjà incliner l'ortemeal au matérialisme; mais voici qui rend cette pente beaucoup plus glissante. Non-seulement l'esprit ne connaît les corps que comme les corps communiquât entre eux ; mais l'esprit ne connaît les espriM que comme il conoait les corps, et comme il ne eonnidt les corps que par l'intermédiaire de l'idée représentative, il ne conuiilt les esprits que par le ntème intermédiaire. Une théorie, matérialiste dans son origine, est appliquée d'iibord à la connaissance des corps , puis transportée à la connaissance de l'esprit ; il était donc tout naturel <{ue le dernier mot de cette théorie fût le matérialisme. Et je n'impose point il <»tte théoi

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<■■ mSTOriB I« 1.4 PBILOSOPHIE.

rie des coDtéqneocep raiionneltement nécenatm, mais qu'eD bit elle n'a poinl porlàes; ces conséquences, l'histoire s'est chargée de les tirer du développement de l'école de Locke ; c'est sur la théorie de l'idée représeataiÎTe que cette école s'est en partie fondée pour nier positivement la spîriiualité de l'âme. Setoa elle, pluMeurs idées dans l'âme, prises malériellement , tapposent quelque chose d'étendu dans l'âme; et même une seule idée, étant une image, est déjà quelque chose de figuré qui suppose un sujet analogue. L'eipr^Mon vulgaire , les objets font impression sur l'âme, n'est pas une métaphore pour celte école, c'est la réahté même. Je vous renvoie à Hartiey, â Darwin, à Priestley, et à leurs successeurs anglais ou autres. Nous les retrouverons en temps et lieu.

Cette conséffuence de la théorie de l'idée représentative par rapport à son sujet, est irrésistible. Mais TCUt-on sauver la spiritualité de l'àme, tout eu couservant la théorie de l'idée représentative? Alors, on a d'an cMé des idées matérielles, des images matérielles, de l'autre une âme simple, et , par conséquent , entre la modification et son sujet un abîme. Comment combler eet abîme? Quel rapport y a-t-il entre l'image matérielle et le sujet de cette image, si on veut roainlenïr ce sujet simple, inélendu, spirituel ? 11 faut alors trouver entre les idées-imaf^s et leur sujet , l'âme , des intermédiaires. Les images étaient déj& les iniermédiaires entre le corps et l'âme ; maintenant il fant des intennédiaires entre ce« premiers intermédiaires

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TnCT-DEDIlkME LEÇON. lia

oa idéeMmageB et l'âme ; il faut de nouveaux intermédiaires, c'est-à-dire de nouvelles idée». Mai» ces nouvelle» idée» , pour servir d'intermédiaire» entre les première» idée» et TSme, doivent représenter ces idées; pour représenter des images , elles doivent être de» images elles-mëme» ; et si des intage», elle» sont malérielles. La difficulté revient donc toujours : ou les idées-images n'entreoC pas dan» l'âme , ou elles la frappent de matérialité. On a beau subtiliser les idées, on a beau raDiner l'intermédiaire ; ou malgré tous ce» raffinements on le laisse matériel , et alors invinciblement l'image matérielle frappe de matérialité son snjet ; ou bien il faut renoncer absolument h l'idéeîmage, à l'idée matérielle, et tout en gardant la théorie de l'idée représentative, faire l'idée spirituelle.

Messieurs, on l'a fait ; on a abandonné l'idée, image matérielle, pour l'idée spirituelle. Mais que résulle-t-il de cette modification nouvelle de la théorie que nous eiarainons? J'en conviens, si l'idée est spiriiuelte, elle souffre un sujet spirituel , et il y a lieu à la croyance à la simplicité et à l 'immatérialité de l'âme, mais alors est détruite évidemment l'hypothèse de rémi»»ion, et avec elle celle de la représentation. En effet , qu'estce, je vous prie , qu'une idée spirituelle , image d'un objet matérieH L'esprit, c'est ce qui n'admet aucune des propriété» fondamentale» qui conBliluent ce qu'on appelle la matière; c'e»t donc ce qui n'admet ni solidité, ni étendue, ni tîgure. Mais comment ce qui n'est ni solide, ni étenda , ni figuré, pourrait-il représenter

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ce qui est éleoda. colide, figuré! Quelle p«at itie l'id^ qiïrilDeUe dn «oUde ? Quelle peut être l'idée t^ rimelle de l'élendne , de b Ccmne^II est évident que l'idée spirilnelle ne peut pa* représenter le ccvpe. Et représeDie-t-elle mieui l'etprit? Pa» davantage; ear qn'est-ce qui représente, qn'est-ce qui est doué d'une vertu représeoiâtive ? Encore une fois, il n'y a pas de représentation là ob il n'y a pas de reMemblance, et il n'j a de ressemblance qu'entre des figares. Ce qui eM figuré peut ressembler à ce qui est figuré ; nuis oix H a'; a nulle ligure , il n'y a matière à aucune ressemblance possible, ni par conséquent à aucune représeiH talion. Un esprit ne représente point un esprit. (Joe idée spirituelle ne peut donc représenter d'aucuite manière ni aucune qualité spirituelle , ni aucun sujet spirituel; et l'idée spirituelle qui détruit la connaissance possible du corps, ne détruit pas moins, détruit plus encore la connaissance possible de l'esprit , des esprits finis que nons sommes, et de l'esprit inlini , Dieu : de là, du sein même du sensualisme, une sorte d'idéalisme qui emporterait , avec la matière, l'esprit et Dieu Iniméme. Et ne croyez pas, je vous prie, que ce soit senlemeut le raisonnement qui impose ces nouvelles eon- •éqoences h la théorie des idées. Comme Hartiey et Priestley prouvent que je n'ai pas prêté gratuilemeat le matérialisme à la Ibéorie des idées, prises comme images matérielles , de même ici les faits et l'bistoire d'une autre brancbe de l'école de Loche démODlreot que ce n'est pas moi qui condamne la théorie de Vidée

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>|)inl«elle à détruire et le corpt et l'eapit. Elle détroit le corps, demandez-le à Berkeley, qui «'est armé de cette théorie pour nier toute exigteDce matérielle. Elle détruit Teeprit, deman(lei-4e à Hume, qui, prenant des maioi de Berkeley l'arme qui aTsit «ervi à détruire le inonde matériel, et la tournant contre le inonde spirituel, a détruit avec elle et l'esprit fini que nous sommes et l'eBprit infini , l'àuie homaiae et Dieu.

Messieurs , il faut savoir aller jusqu'au bout de set principes : l'idée représentative, considérée relativement à son sujet et comme image matérielle , conduit directement au matérialisme; et, prise spirituellemeni, elle conduit à la destruction et du corps et de l'esprit, au scepticisme absolu et à l'absolu nihilisme. Or c'est un fait incontestable que nous avons la conoaisBUiee des corps, que nous avons la connaissance de notre esprit. Nous avons cette connaissance , et cependant nous n'avons pu l'obtenir par la tliéorie de L'idée représentative; donc celte théorie ne reproduit pas le vrai procédé de l'esprit humain. Selon Locke .l'idée repr^ tentative est la seule voie de la connaissance légitime; donc , cette voie nous manquant , nous sommes dana l'absolue impossibilité d'arriver jamais à la comiaitsance : nous y arrivons pourtant ; par conséquent noua j arrivons par une autre voie que celle de l'idée représentative, el par conséquent encore la théorie de l'idée représentative est une chimère.

Mabtenant je vais pins loin; je change tout à tût

• SI HUTORK K LA PBILOSOPaiE.

de terraio ; j^dmeu qae l'idée ait une rerm repréuniatife; j'admets la réalité de la représentation, je veui Lteo croire , avec Locke et tous ses parti»aDS , qae dous ne connaiMoas que par des idées repréeenlatives, et qu'en effet les idées ont la merveilleuie propriété de représeuter leurs objets : soit ; maïs , messieurs , à ([ucUe condition les idées nous représenlent^lles les choses? Vous le savez, â la condition de leur être COD formes. Je suppose que nous ne sussions pas qae l'idée est conforme à son objet, nous ne saurions pas qu'elle le représente ; nous n'aurions aucune vérilable connaissance (te cet objet. Et encore à quelle condition pouvons-nous savoir qu'une idée est conforme à son objet , est une copie fidèle de l'original qu'elle représente ? Rîeu de plus simple ; à celte coddilion, que nous connaissions l'original. Il faut que nous ayons sous les jeux l'original et la copie , pour pouvoir rapprocher la copie de l'original , et prononcer que la copie est en effet une copie fidèle de l'original. Mais je suppose que nous n'avons pas l'original, que pourrons-nous dire de la copie? Pourrei-vous dire, dans l'absence de l'original , que la copie , qui seule est sous vos yeux , est une copie fidèle de l'original que TOUS ne voyez pas, que vous n'avez jamais vu? Non certes ; vous ne pourrei pas assurer que la copie est une copie fidèle , ni qu'elle est une copie infidèle ; vous ne pourrez pas même affirmer qu'elle est une copie. Si nous ne connsussonsles choses que par les idées, et si DODS ne les connaissons qu'à la condition que les idées

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TINGT-DBUUfcHE LEÇON. I>3

leareprétentent fidèlemenl, nous ne pouTongaaTOirque les idées ie« repré»enteat fidëlemeDt qu'à cette codditioii qoe nou> voyions \es choset d'une part, et de l'antre les idées; c'est alors, et seiriement alors, qne nous pourrons prononcer que les idées sont conformes aui choses. Ainsi , pour savoir si vous avez une idée vraie de Dieu, de l'àme , des corps, il faut que vous ayez d'un côté Dieu , les corps et l'âme , et de l'autre l'idée de Ueu , l'idée de l'âme , l'idée du corps, afin que , rapprochant l'idée de son ohjet , vous puisdez prononcer qu'elle lui est coufonne ou non conforme. Choisissons un exemple.

Je veux savoir si l'idée que j'ai du coqts est vraie. Il faut que j'aie et l'idée que je me fais du corps et le corps lui-même, et qu'ensuite je les rapproche, les confronte et juge.

Je prends donc des mains de Locke l'idée de corps telle que Locke lui-même me l'a fournie. Pour savoir N elleest vraie, il Taul que je b compare, que je la confronte avec le corps Ini-méme. Cela suppose que je connais le corps; car si je ne le connais pas, avec quoi pourrai-je confronter l'idée du corps pour savoir si elle est vraie ou fausse? Il faut donc supposer que je connais le corps. Hais comment ai-je pu le connaître? Dans la théorie de Locke, vous ne connaissez, vous ne pouvez connaître que par des idées qui vous représentent les choses. Or je connais cecorps; doue, dans la théorie de Locke je ne le connais que par des idées qui me le représentent; donc je ne connais pas

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DE LA PHU.afiOPHlE.

ce cOFpa lui-même, cecarps qu'il me fitUait cannai ire pour le comparer avec l'idée que i'ra ai; je neconnaia quetoQ idée, et c'est son idée Kule que je puis comparer avec »aa idée , c'est-à-dire que je comparerai une idée avec une idée , une copie avec une copie. Ici , point d'origifial encore : donc la comparaison , la coofrooLilion , la vériitcaiion est impossible. Pour que la vérification me conduite à un résultat , il faut que celte seconde idée que j'ai du corps, dans la connaissance que je suis supposé avoir du corps , «oit une idée vraie , une idée conforme à son objet ; mais je ne puis savoir si cette seconde idée est vraie qu'à une GwidilioD , i, cette condition que je "puisse la comparer : et avec quoi 1 avec le corps , avec l'original ; doDC il faut que d'ailleurs je connaisse le corps pour savoir si celle seconde idée lui est cooforme. Voyons donc. Je coonais le corps; mais comment coonais-je lecorps?ToujourB,dans la théorie de Locke, je ne le connais qne par l'idée que j'en puia avoir ; ce n'est eocore là qu'une idée à laquelle je dois comparer la seconde idée que j'avais du corps ; je ne sors donc pas de l'idée. Conlinuez ainsi , lanl que vous voudrez, vous ruulerezsaos cesse dansuocercleinlrancblssable d'idées qui oe vous laisseront jamais arrivera un objet réel, et ne fonderont jamais une comparaison, une conrronlatioQ légitime , puisqu'une confrontation légitiiDË supposerait que vous auriez d'une part la copie, et de l'autre l'original , et qu'ici vous n'aurez jamais qu'une idée, plus une antre idée; donc vous ne corn-

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Tiit«!i'«G(rxiËiie leçon. iSB

pwerm jamais qse <tea iAé^t . des copes. Et encore pour (lire qae ce sont de» copies , il faudrait qae vons eowes l'oripnal tai-mime, lequel vous échappe et TOHS échappera éiemellement, dans toute théorie de la connaiwaiice qui condamne Tesprit )> ne connaître que par rînternitdiaT(« d'idées représentatives.

Ainsi , en dernière analyse , l'objet, l'original échappant sa« cesse à la prise iniwédiatede l'esprit humain, ne peut jamais être amené sons les yem de l'esprit huBiain , ni par conséquent être la base d'une companùon avec la copie , avec l'idée. Vous ne saureEdonc jamais si l'idée que vous aves du corps est couronne M mon C6Mftirroe , tùlèle ou infidèle, vraie ou fonsse. VoHsraarnsansuvoirmémeKielleaun objet ou non.

On ne peut pas rester ainsi , et peur aider Locke , je vais faire une sapposition ; je vais supposer qn'en effet MMSayons sous les yeax non pas seulement l'idéo de l'on^nal, maie l'origioal Ini-mëme. Je suppose qne MUS eonnaissions directement l'orignal ; alors hi confiMsttatioB ett possible : nous allons la faire^ Hais atMtt je resHirque qne la supposition que je fais , celle d'nn MÎginal directement connn , laquelle supposition est la base nécessain; de toute confrontation , laquelle confrontation est la base nécessaire de la théorie Bsémede Locke . je remarque , dis-je , que cette snppoution détruit précisément cette théorie. En effet, w nous «apposons que nous avons un original que nous s directement, nous supposons que nous

IBS HISTOIBE DE LA PHILOStHillB.

ponvoi» connaître autrement que par dea idées repré- •enlatives.

Mais j'avance et je dis : Cet original que nout connaistons direclement , autrement que par des idées représentatifes, etl-ce une chimère? Non. Si c'était une chimère , comparer l'idée h un objet chimérique ne TOUS mènerait à rien. Vous supposez donc que c'est bien l'original, le vrai original, l'objet lui-même, le corps ; et vous supposez que la connaissance que vous en avez est une connaissance certaine , une connaissance qui ne laisse rien à détirer. Alors voici quelle est votre position. Vous avex d'un cdté la connaissance certaine du corps , et de l'autre vous avez de ce corps une idée de laquelle vous voulez savoir si elle est fidèle ou non. A ce pris , la comparaison est trésbcile ; la confrontation se fait de soi-ntéme ; ayant la copie et l'original , vods pourrez dire aisément st l'une représente l'autre. Mais cette confrontation, nécessaire dans la théorie , et maintenant possiUe et beile , est aussi parfaitement inutile. En efiet , quel était le but de cette comparaison , de cette confrontation î C'était d'aider la théorie de Locke ; c'était d'en tirer une connaissance certaine du corps, car c'est là ce que vous cherchiez Pour y arriver vous avez mis l'original en présence delà copie. Hais si vous supposez que vous avez l'original, c'est-à-dire une connaissance certaine du corps, tout est fini, il n'y a plus rien à faire , laissez là votre comparaison, votre confrontation , votre vérification ; ne vous fatiguez pas i

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VINer-DEOXIËHE LEÇON. IS1

cbercber si d'ailleurs l'idée est conforme ou DOn à eet original; vouï le potsédez, il suffit ; tous possédez la connaissance mâiue que vous vouliez acquérir. Ainsi, sans la connaissance ceriaine de l'original, jamais fous ne pouvez savoir si l'idée que vous avez esl fidèle ou nou, el toute comparaison est impossible; elaussildt que vous avez l'original , sans doute alors il eet facile de comparer l'idée à la réalité; mais puisque vous avez cette réalité, il voue est tout à fait inutile de confronter l'idée avec elle ; vous avez ce que vous cberchiez, et la condition même de la théorie et de la comparaison qu'elle eiige est précisément la supposition de la connaissance que vous demandez à cette théorie, c'est-à-dire un paralogisme.

Telle est , messieurs , la polémique un peu subtile , mais exacte , qui , poursuivant dans tous ses replis la théorie de l'idée représentative, la détruit et la confond de toutes parts. Ou l'idée représentative ne représente point et ne peut représenter, et par conséquent si nous n'avons pas d'autre mo^en de connaître les choses, nous sommes condamnés à ne pas les connaître , nous sommes condamnés à no scepticisme plus ou moins étendu , selon que nous sommes plus ou moins conséquents, et si nous voulons l'être tout à fait, au scepticisme absolu , sur les corps el sur les esprits, c'està-dire à l'absolu nihilisme. Ou bien veut-on que l'idée représente ? Dans ce cas , on ne peut savoir qu'elle représente fidèlement qu'autant qu'on a l'original, qu'autant que l'on connaît d'ailleurs le corps, l'esprit, les

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choses «lles-mfiniet, et alors rinterrcniion de l'idée MprésentatiTe est possible , mais elle est iimtile. Sa vérité, la conformité de l'idée h son objet, ne peut 6tre démontrée que par une supposition qui renverse la théorie même qu'elle est destinée à soutenir.

Tirons maintenant les eonséquences positives qui dérivent de cette polémique.

Première conséquence : nous connaissons les corps et les esprits, le monde , l'âme et Dieu autrement qoepardes idées représentatives. Seconde conséquence plus générale : pour connaître les êtres, nous n'avons besoin d'aucun intermédiaire. Nous connaissons les choses direciement , sans l'inlermédiaire des idées, et sans aucun autre intermédiaire. L'espril est une Taculté de connaître qui , dans sou développement et sou exercice, estsouraise il certaines conditions, mais qui, ces conditions une fois accomplies , entre en eiercice, se dévek>ppe, et connaît par cette seule raison qu'il est doué de la vertu de connaître.

L'histoire du véritable développement de Tentendemeot confirme cet important résultat , et achève de metlredans tout son jour la théorie des idées.

Primitivement, rien n'est abstrait, rien n'est général, tout est particulier , tout est concret. L'entendement je l'ai démontré, ne débute pas par ces formules .qu'il n'^ a pas de modification sans sujet , qu'il n'y a pas de corps sans espace, etc.; mais une modificaiion lui ëtaul donnée, il conçoit un sujet particulier de cette modification ; un corps étant donné , il conçoit que ce

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ViNGT-DEUIlËHE LEÇON. ISS

corps est dans un espace ; uoe succession particulière étant donnée, il conçoit que cette succession particulière est dans un temps déterminé , etc. Il en est ainsi de toutes nos conceptions primitives ; elles sont toutes particulières , déterminées , concrètes. De plus , e( je l'ai démontré encore , elles sont mêlées les unes aux autres, toutes nos (acuités entrant en exercice simulianément ou presque simultanément. Il n'y a pas Goitscience de la plus petite sensation sans un acte d'attention, c'est-à-dire sans un déploiement quelconque de la volonté ; il n'j a pas de volition sans sentiment d'une force causatrtce intérieure ; pas de sensation perçue sans rapport à une cause externe et au monde , que nous concevons de suite dans un espace et dans un temps , etc. Enfin , sang répéter ici ce que j'ai dit tant de fois , toutes nos conceptions primitives sont uon-teulement concrètes, particulières et déterminées , mais glraiiliaiiées , et comme l'entendement nedébuie pasparTabElractian, mais parla particularité, de même il ne débute pas par l'analjse, mais par la synthèse. Nos conceptions primitives présentent encore deui caractères distincts , les unes sont contingentes, les autres sont nécessaires. Sous l'œil même de la conscience est une sensation de peine ou de plaisir que je perçois comme réellement existante; mais cette sensation varie, change, disparait, et de là bientôt la conviction que ce phénomène sensible que je perçois, est réel sans doute , mais qu'il pourrait être ou n'être pas , et que pouvant être ou n'être pas , je pourrais le

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140 HISTOlKB DE LA raiLOSOPHIB.

percevoir oa ne le percerotr pus; c'eat ce caractère que ping tard la philosophie désignera sous le nom de caraclère conlingent. Mais lorsque je conçois qu'un corps est dans l'espace , si je veui essayer de concevoir le conlraire , qu'un corps peut être sans espace , je ne le puis, et celle conceplion de l'espace est une conception qu'ultérieurement la pbilosophie désignera sous le nom de conception nécessaire. Mais toutes nos conceptions contingentes on nécessaires , d'où TÎennenl-elles ? De la faculté de concevoir qui est en nous , de quelque nom que vous appeliez cette faculté dont Dons avons conscience , esprit , raison , pensée , entendement, intelligence. Les actes de cette faculté, nos conceptions sont essentiellement aflirmaiives, sinon oralement, du moins mentalement. Nier même , c'est affirmer; car c'est affirmer le contraire de ce qu'on avait affirmé d'abord. Douter, c'est afBrmer encore; c'est affirmer l'incertitude. D'ailleurs , nous ne débntons évidemment ni par le doute ni par la négation , mais par rafBrmalion. Or affirmer d'une manière quelconque, c'est juger. Si donc toute opération intellectuelle se résout dans l'opération du jugement, toutes nos conceptions ou contingentes ou nécessaires se résolvent en jugements on nécessaires on contingents; et toutes nos opcralîoQS primitives étant concrètes et synthétiques, il suitque tous les jugements primitifs que supposent ces opérations s'cTcrcent aussi sous celte forme.

Telle est la scène primitive de rintelligence. Peu à

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vnteT-DEniifeiiB leqon. ki

peu dieie développe. Dans ce développemeat sarvient le langage qui réfléchit l'eniendemeDt , et le met , pour ainsi dire , en dehors de lui-rnSme. Si tods ouvrez les grammaires , tous verrei: qu'elles commencent toutes par les éléments pour aller de là aui propositions, c'est-à-dire qu'elles commencent par l'analjse pour finir par la synthèse. Hais dans la réalité , messieurs , il n'en est pas ainsi. Lorsque l'esprit se traduit par le langage , les premières expressions de ses jugements , sont comme ses jugements eux-mêmes , concrètes et synthétiques. Images fidèles du développement de l'esprit , les langues débutent non par des mots , mais par des phrases, par des propositions , et des propositions très-composées. Une proposition primitive est un tout qui correspond à la synthèse naturelle par laquelle l'esprit débute. Ces propositions primitives ne soni nullement des propositions abstraites, telles que cellesci : H n'y a pas de qualité sans un sajet , pas de corps sans espace qui le renferme , et autres semblables ; mais elles sont toutes particulières, telles que : J'existe, ce corps existe , tel corps est dans cet espace , Dieu existe , etc. ; ce sont des propositions qui se rapportent à un objet particulier, déterminé , qui est ou moi, ou le corps, ou Dieu. Hais après avoir exprimé par des propositions concrètes et synthétiques , ses jugements primitifs, concrets et synthétiques, l'esprit opèrepar l'abstraction sur ces jugements , il en néglige le concret pour n'en considérer que la forme , par exemple, ce caractère de nécessité dont plusieurs sont

revélus , et qui , dégagé et développé , doDiM , an lieu des propositionii coDcrèies : J'exUle , ces corps tout dans tel espace, etc., les proposUions abstraites : 1) ne peut y avoir de corps sans espace , il ne peut y avoir de modification tans un sujet, il ee peut y avoir de succession sans lempe , etc. Le général était d'abord enveloppé dans le particulier ; pais , dans la complexité du Tuit primitif, vous dégagez le généril du particulier, elvotisrexpriroezseul. Mais j'ai suffisamment e:ipli<]ué ailleurs la fonualion des proposiLions générales (i).

Le langage est le signe de l'esprit , de ses opéralions et de leur développement. Il exprime d'abord les jugements primitifs , concrets et synthétiques par des propositions primitives, concrètes et synthéliques ellesmêmes. Les jugements peu à peu se généralisent par l'abstraction , et à leur suite les propositions deviennent générales et abstraites. Daus ces abstractions , une abstraction noQvelleopère de nouvelles abstractions. Les propositions abstraites , signes de jugements abstraits, sont elles-mâmes composées, et renferment plusieurs éléments. Nous abstrayons de ces propositions ces éléments pour les considérer séparément. Ces éléments sont ce qu'on appelle des idées. C'est une grande erreur de croire que not» ayons d'abord ces éléments sans le tout dont elles font partie. Nous ne commençons pas même par des propositions , mais par des jugements ; ce ne sont pas les jagemenls qui vieit-

(t) LetOB dii-Deuviime.

.IINGT-DEUXIËHE LEÇON. 149

ii«nt des prapoùtiooB ; ce soDt les propoûtioDS qiù viennent des jugements , lesiguels viennent eux-mémea de la faculté de juger, laquelle repose sur ta vertu originelle <le l'esprit. A plus forte raison , nous ne débu* loDS point par des idées ; car les idées nous sont données dans des propositions. Soit, par exemple , l'idée d'espace. Elle ne nous est pas donnée solitaire , ma» dans cette proposition tout entière : Il n'y a pas de corps sans espace , laquelle proposilion n'est que la forme d'un jugement. Otez les propositions qui ne seraient pas sans les jugements , et vous n'aurez pas d'idées ; nuis aussilâl que le langage vous a permis de traduire vos jugements en propositions, alors v(Hit pouvez conslilérer séparément les différents élémenta de ces propositions , c'est-à-dire , les idées séparées Tune deTauLre. A. parler rigoureusement, il n'ya pal de propositions dans la nature , ui propositions concrètes , ni propositions abstraites , ni propositions parûculièreg, ni propositions généiales ; à plus forte raison, il n'y a pas d'idées dans la nature. Si par idées oa entend quelque chose de réel , qui existe indépendanment du langage , et qui soit un intermédiaire entre les êtres et l'esprit , je dis qu'il n'y a absolument pas d'idées. Il n'y a de réel que les choses, plus l'esprit avec ses opérations , savoir ses jugements. Viennent ensuite les langues qui créent en quelque sorte un nouveau monde , spirituel et matériel à la fois , ces êtres symboliques qu'on appelle des signes , des mots , i l'aide desquels elles donnent une sorte d'esittence

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m BISTOIBE DB Lk PHILOSOPHIE.

extérieure et indépendante am résultais des Opérationt de l'eiprit. Ainsi , en exprimant les jugements <m propositions, elles ontl'air de réaliserces propositions; il en est de même pour les idées. Les idées ne sont pas plus réelles que les propositions , et elles sont aussi réelles qu'elles; elles ont toute la réalité qu'ont les propositions, la réalité d'abstractions auxquelles le langage impose une existence nominale et conven^onnelle. Toute langue est à la fuis et un analyste et un poète ; elle f»it des abstractions et elle les réalise. C'est lit la condition de tout langage. 11 Faut bien s'y résigDer et parler par figures , pourvu qu'on sache ce que l'on fait. Ainsi tout le monde dit : Avoir une idée de telle chose , en avoir une idée claire ou obscure , fidèle 'ou infidèle ; et par là nul ne veut dire qu'il ne connaît les choses qu'au moyen de certains intermédiaires appelés idées ; on veut seulement marquer par là l'acte de l'esprit par rapport à telle chose , acte par lequel l'espritconnalt cette cbose,laconna1lpIuEou moins, etc. On dit encore : Se représenter une chose , et souvent une chose qui ne tombe pas 'sous les sens , pour dire U connaître , la comprendre , par une métaphore empruntée aux phénomènes des sens , et du sens dont l'usage est le plus fréquent, celui de la vue. Le goAl est ordinairement le seul joge de l'emploi de ces figures. On peut aller, et l'on va souvent très-loin dans ce style métaphorique , sans obscurité et sans erreur. J'absous donc le langage ordinaire de la plupart des :t je crois qu'on peut absoudre aussi celui

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vnreT-DEDiiËHe leçon. i«ii

de beaacoup de philosophes , qui Bouvent ont parte comme le peuple tans être plus absurdei que lui. 11 en impossible, en effet, d'Interdire toute métaphore au philosophe ; la seule loi qu'il faille lui imposer est de ne pas s'arrËler aux métaphores , et de ne pas les convertir en théories. Peut-Èire l'école écossaise qui a repris au xviii* siècle l'ancieniie polémique contre ridée représentative au nom du sens commun du genre humain , n'a-t-elle pas toujours assez songé que tes philosophes aussi Tont partie du genre humain ; peuiilre a-l-elle imputé à beaucoup trop d'écoles , et at-«lle trop voulu voir partout la théorie qu'elle s'était chargée de combattre ; mais il est certain qu'elle a rendu nn service érainent à la philosophie , en démontrant que l'idée-image n'est au fond qu'une métaphore, et en faisant justice de cette métaphore , lorsqu'on lui attrihue sérieusement une vertu représentative. C'est là le vice dans lequel Locke est incontestablement tombé, et que j'ai dâ vous signaler avec quelque soin comme UD des écueils les plus périlleux de l'école scnsualisie. C'est du point où nous sommes parvenus que l'oo peut juger aisément la doctrine des idées innées dont la réfutation remplit lont le premier livre de VEiiai lur rentendemenl (i). Le moment est venu de nous expliquer sur cette doctrine, et sur la réfutation de Locke. Locke divise la doctrine générale des idées innéesen deux points.les propositions ou maximes géné-

(1] VojtM lejOD illx-*e|itièoie, 1. Il, p. 354.

14* BISTOUE DK LA PHILOSOPHIE.

nies, el les idée». Et nous aussi, non» rejetons lee propogitiont et les idées innées , et par une raison trèssimple , savoir, qu'il n'y a ni idées ni propositions dans la nature. Qu'y a-t-il dans la nature ? Avec les c<»^ rien aulre chose que des esprïls , entre antres celui que nous sommes , qui conçoit et connaît directement les cboses , les esprits et les corps. Et dans l'ordre de Tes* |M'it qu'y a-t-il d'inné? Bien que l'esprit lui-mime, l'entendement , la faculté de connaître. L'eDtendentent, comme l'a dit profondément Leibnits, est inné à luimême ; le développement de l'entendement lui est également inné en ce sens qu'il ne peat pas ne pas Être , l'entendement une fois donné avec la vertu qui lui est propre ; et , comme vous l'avez vu , le développement de renlendement , ce sont les jugements qu'il porte d'abord , et les connaissances impliquées dans ces jugements. Sans doute ces jugements ont des conditions quisonidu domaine de l'expérience. Olez Tel périence, riea dans le sens, rien dans la conscience , par conséquent rien dans l'entendement. Celle condition même est-elle la loi absolue de l'entendement? Ne pourrait-il juger encore et se développer sans le secours de l'expérience , sans une impression organique , sans une tuisation? Je ne l'affirme point et je ne le nie point; hypolheia non fingo , comme disait Newton , je ne fais pas des hypothèses , je constate ce qui est, sans savoir cequi pourrait être, ce qui sera, ce qui fui. Je disque, dans les limites de l'état présent, c'est un fait irrécusable que , tant que certaines conditions expérimentales ne

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VINCT-DEUXIËHE LKÇOK.

MOI pat acGOiiiplî«g , l'esprit n'enU% pa»

oe juge pas; maU je dit en même temps qu'iuwitôt que ces condition» sont accomplies, l'esprit, par sa vertn même, se développe , juge, pense, conçoit, et eonnail une Toule de choses qui ne tombent ni soiu la conscience ni sous les sens , comme le temps , l'espace , les canses extérieures , les existences et la sienne propre. 11 n'y a pas plus d'idées innées que de propositions innées ; mais il y a une vertu innée de l'entendement , qui se prodnit en jugements primitifs, lecquels, qnand arrivent les langues , s'expriment en propositions , lesquelles propositions décomposées engendrent sous la main de l'ahstraclion et de l'analyse des idées distinctes. Comme l'esprit est égal à lai-méme dans tous les hommes , les jugements primitifs qu'il porte sont les mêmes dans tous les homro^. et par conséquent les propositions dans lesquelles le langage eiprime ces jugements . et les idées fondamentales dont se composent ces propositions , sont tout d'abord et universellement admises. Toutefois il y faut une condition, qu'elles soient comprises. Lorsque Locke a prétendn que ces propositions , Ce quiest est , Le même est le même, sont des propositions qui ne sont ni universellement ni primitivement admises, il a ea tort et il a en raison. Assurément le premier venu , le pSitre. auquel vous diriez. Ce qui est est. Le mSnie est le même , n'admettrait point ces propositions , car il ne les comprendrait pas , parce que 'vous lui prtericE tin langage qui n'est pas le sien , celui de l'abstraction et

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de l'aoalyse. Hais ce que le pAtre D'admet pas et ne comprend pas dans ta forme abstraite . il l'admet tout d'abord et nëcessaîremeDt eous la forme coDcrète et tyolbélique. Demandez à ce même homme qui oe comprend pas voire langage métaphysique, demandez-lui si , sons les diverses actions ou seasalions que sa conscience lui atteste , il n'y a pas quelque chose de réel et de subsistant qui est lui-même ; s'il n'est pas le même aujourd'hui qu'il était hier ? En un mot , au lïeu de formules abstraites, proposez-lui des questions particnlières , déterminées , concrètes, et alors la nature humaine vous répondra , parce que la nature humalDe, parce que Tentendement humain sont dans le pitre tout aussi bien que dans Leibnitz. Ce que je viens de dire des propositions abstraites et générales , je le dis des idées simples que l'analyse tire de ces propositions. Par exemple , demandez à un sauvage s'il a l'idée de Dieu ; vous lui faites une demande ï laquelle il ne peut répondre , car il ne l'entend pas. Mais sachez interroger ce pauvre sauvage , et vous verrez sortir de son intelligence un jugement synthétique et confus, qui , si vous gavez y lire , renferme déjà tout ce que vous donneront jamais vos analyses les plus raffinées; vous verrez quesousla confusion deleurs jugements naturels, qu'ils ne savent nidémélernieiprimer.lesauvage, l'enfant, l'idiot même , s'il ne l'est pas entièrement , admettent primitivement et universellement toutes les idées qu'ultérieurement l'analyse développe sans les produire, ou dont elle ne produit que la forme scientifique.

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VINGT-PEUXIËKE LEÇON. ilO

Il d'; a pas d'idées innées , il n'y a pas de proposilions innées, attendu qu'il n'y a ni idées ni propositions i^llement existantes ; et encore , H n'y a pas d'idées et de propositions générales, universellement et primitivement admises sous la forme d'idées et de propositions générales , mais il est certain que l'entendement de tous les hommes est gros en quelque sorte de jugements naturels , que l'on peut dire innés , en ce sens qu'ils sont le développement primitif, oniversel et nécessaire de l'entendement humain , lequel , encore nne fois , est inné à lui-même et égal !t lui-même dans tous les hommes.

VIHGT-ÏROISIÈME LEÇON.

SOMMAIRE

de r<ri»incD>du quaiiième liire de VXitai lur l'entendement humain. Dsia coaoaiiiance. Sei modei. OmluioD de la ronnsiuance indiictive. ~ Sei Aegrii. Fautif dlaliDClon de Lorke entre rramallre tl juger. — Que la théoria cnnnaiiiaDce el du Jugemenl de Locke le rtaoul dm) delà perce|>liOQ d'un ra|iport deranvenanceoudedii- ■ de> I liées. El amen détaillé de cetle théorie. — Qu'elle l'applique aui JugemenU abitraili et non primiet DulIPoiGnl aui jutjeineDli iiritiiltifi qui impliquent icDCe. — Analyse de ce jiigiment ; J'eiisle. Troii iion» : l» lm|ioitihi1tté d'arriver i l'exislence réelle 'abulraclion de l'eililence; S° que débuter lur l'abi-

0° que la ihéorle de Locke impliiiue un iiaralugiimc. — Ana1f)e des jugemept» : Je ptofe, Cr corinexiite. Ce corp) oloré. Dieu e>l>ie. etc. — Aonlyte dea JiigemeDii !H|Qel' l'arilbtDé tique et la géométrie re|ioient.

Messieurs,

Nou8 nous somincg arrêtés qoelque temps ù la porte du quatrième livre de VEiiai tur l'enteTtàernetU humain: il s'agit ci'; entrer aujourd'hui.

Le qualrième livre de YEitai tur rentendemetU

VtHGT-'niOIHIËIIE LEÇON. IBI

humain Iraile de la cooDaiuance en général , de sei divers modes , de tes divera degrés , de son étendue et de ae« limiies, avec (pelqaei applications : c'est, à fwopremeul parler, une logique avec ud peu d'ontidogie. Le principe de cette logique repose sur la théorie qne nous avons examinée , celle de l'idée représentative. Nous avons vu que la condition de toute connaissance légitime pour Locke est la conformité de l'idée à l'objet ; et nous avous convaincu de toute manière cette conformité de n'être qu'une chimère. Nous avons donc renversé d'avance la théorie générale de la connaissance ; maia nous l'avons renversée dans son principe seulement. C'est en quelque sorte une question préjudicielle , une iîn de non-^'ecevoir, que nous avons élevée contre cette théorie ; il faut aujourd'hui l'examiner en elle-même , indépendamment du principe de l'idée représentative , la suivre dans le développement qui lui est propre , et dans les conséquences qui lui appartiennent.

Que l'idée représente ou ne représente pas, toujours reste-i-il,dans le système de Locke, que l'entendement ne commerce avec les choses que par ses idées ; que les idées sont les seuls objets de l'entendement, et par coDséquent tes seuls fondements de la connaissance. Or, si toute connaissance porte nécessairement sur des idées, ikoii'd n'j aurait point idée il ne pourrait y avoir connaissance , et partout où il y a connaissance . il y a eu nécessairement idée. Hais la réciproque n'est pas vraie, etpartoutoùily a idée.iln'yapasconnaisssnce.

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(BS HISTOME DE LA PHILOSOPHIE.

Par exemple, pour que vous puiwiei avoir une connaissance apprcrfbndie de Dieu , il faut d'abord qae tous ayez une idée quelconque de Dieu ; mais , de ce que vous eu avez une idée quelconque , il ne suit pas que TOUR en ayez une connaissance approfondie. Ainu la connaissance est limitée par les idées, mais elle ne va pas jusqu'où vont les idées.

Uv. IV, ch. MI, § 1. t Notre eoimaittanee n* «a ( point au delà de noi id^ei. tlbid.,l6.i Noire eont naùiance t*t plut bontie que nos idéet. >

Si la connaissance ne dépasse jamais les idées e( quelquefois reste en deçà , et si toute connaissance ne roule que sur des idées , il est clair que la connaissanee le pourra jamais Sire que le rapport d'une idée à une autre idée, et que le procédé de l'esprit humain dans la connaissance n'est autre cfaote que la perception d'un rapport quelconque entre des idées.

Liv. iT, ch. I, § 1. I Puisque l'esprit n'a point € d'autre objet de ses pensées et de ses raisonnements i que ses propres idées , qui sont la seule chose qu'il

< contemple ou qu'il puisse contempler, il est évident

< que ce n'est que sur nos idées que roule toute notre I connaissance. ■

§ 2. 1 II me semble donc que la connaissance n'esl ( antre chose que la perception de la liaison et de la I ccmvenance , ou de l'opposition et de la disconve- • oance qni se trouvent entre quelques-unes de nos I idées ; c'est en cela qu'elle consiste. Parlent où se t nrouve cette perception , il y a connaissance ; lors-

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VINCT'TIOlfil&HE LEÇON. tS3

■ qu'elle D'à pas lieu, nouB ne saurîoD»jam!H> parvenir

■ àlacoDnaÎBgaDce , quoîqa'itDoussoilpouibled'ima- I giner, de conjecturer ei de croire, etc. t

De là luivenl les difTéreiUB modes et lee dJITéreaU degrés de la connaistance daoB le système de Locke. Noue ne conoaiasons que ai nous percevons un rapport de cooTcuance ou dedisconveuance entre deui idées. Or DonB pouTOns percevoir ce rapport de deux manières : ou dohs le percevons iuimédiatement, et alors la conBaisBanceeslinluiliTe; ou nous ne pouvons le percevoir immédiatement, et il faut que nousayons recours à une autre idée ou k plusieurs autres idées, que Qous plaçons entre les deux idées doni te rapport ne penl être directement pergu , de manière â ce qu'au moyen de cette nouvelle idée ou de ces nouvelles idées nous saisissions le rapport qui nous échappe. Alors la connaissance s'appelle eonnaûtance démontlrative. {Liy. iv, ch. n, § *.— /6id., g 2.)Ici Locke failuneexcellente remarque queje ne dois pas omettre, et dont il est juste que je lui fasse honneur- Mul doute que souvent nous ne soyons forcés de recourir à la démonstration , à l'intermédiaire d'une ou de plusieurs autres idées, pour apercevoir le rapport caché de deux idées ; mais cette nouvelle idée que nous interposons en quelque manière entre les deux autres , il faut que HOusenapercevionslerapportavecl'uneet avec l'autre. Or, si la perception de ce rapport entre cette idée et les deux autres n'était pas intuitive, si elle était démoastrative , il faudrait avoir recoure à l'intermé-

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duire d'une nouvelle idée. Hait li enlre celte idée et les idées auiérieures la perception de rapport n'était point iniuitive , mais démoasiraiive , il faudrait avoir recours encore à une nouvelle idée . et toujours ainsi k l'tnSni. 11 faut donc <]ue la perception du rapport entre l'idée moyenne et les termes extrénies se fasse ialuitivement , et il faut qu'il en soit ainsi à tous les degrés delà déduction , de sorte que l'évidence démonairaiivË est fondée sur l'évidence intuitive , et la sappoee GonsUmment.

liv. iT. ch. II, § 7. Chaque degré de la déduction doil avoir une évidence intuitive... t A chaque pas ( que la raison fait dans une démonstration , il faut t qu'elle aperçoive par une connaissance intuitive la

■ convenance ou la disconvenance de chaque idée qui i lie ensemble les idées entre lesquelles elle intervient I pour montrer la convenance ou la diiconvenance ( de« deux idées extrêmes. Car sans cela on aurait ( encore besoin de preuves pour faire voir la conve-

■ nance ou la disconveoance que chaque idée moyenne I a aveccdiesentre lesquelles elle est placée, puisque I sans la perception d'une telle convenance ou discon- 4 venance, il ne saurait y avoir aucune connaissance. I Si elle est apergue par elle-même , c'est une con- 4 naissance intuitive ; et si elle ne peut être aperçue

< par elle-même . il faut quelque autre idée qui inter-

< vienne pour servir en qualité de mesure commune k 1 montrer leur convenance ou leur disconvenance. ( D'où il parait évidemment que dans le raiscmimiieDt

TinGT-TIlOISltllE LEÇ0.1. ISE

1 chaqw degré qui produit U conoaiMance a une ( ceriitude iutuilive que l'esprit n'a pa« plutôt apercne I qu'il n'est besoin que de t'en reuouveoir pour faire 1 que la convenance ou la disconvenance des idées, t qui est le sujet de noire rechercbe , soit visible et t certaine. De sorte que pour faire une démoDstration, t il est nécessaire d'apercevoir U convenance immé- ( diale de l'idée mojrenne, par où l'on reconnaît la « convenance ou la disconvenance des deux idées c qu'on examine, et dont l'une est loojoius la pre- ( mière et l'autre la dernière que l'on énonce. On doit 1 aussi retenir exactemenl dans son esprit cette p«- ( ception intuitive de lu convenance ou disconvenance t des idées moyennes dans chaque degré delà démon- • stration, et il faut ôtresOr qu'on n'en omet aucuno t partie. >

Aiusi l'intuition et la déiiioiislr.ttion , tels sont lés divers modes de la connaissance selon Locke. Haïs n'y en a-l-il pas d'autres encore? N'y a-t-il pas des connaissances que nous n'acquérons ni par l'iniuition ni par la démonstration ? Comment acquérons-nous la eaunaissance des lois de la nature extérieure? Prenez celle qu'il vous plaira, la gravitation par exemple. Certes, il n'y a point ici simple intuition et évidence immédiate ; cardeseipériencesmultipliées et combinées sont nécessaires pour la moindre loi , et encore geôles elles ne suffiraient point, la moindre loi dépassant le nombre, quel qu'il soit , des expériences particulières dout on la ûre. U but donc l'interventic»! de quelque autre opé-

ISS BISTOtse DE Lt PHILOSOI^IE.

ration de l'esprit que riDlailioa. E^t-ce la démoDStra' tion ^ Impossible. Qu'est-ce , en effet , que la démon- «ratioDÎ C'est la perception d'an rapport entre deux idées au mojen d'une troisième , mais à cette condition que celte-ci soit plus générale que les deui autres, afin de les embrasser et de les lier. Démontrer, c'est en dernière analyse tirer le particulier du général. Or, quelle est la loi physique plus générale que celle de la gravitation , et de laquelle celle-ci soit déduite ? Mous n'avons pas déduit la connaissance de la graTilàlion d'nne autre connaissance antérieure à elle , et qui la conttni en germe. Comment donc avons-nous acquis celte connaissance qne nous avons bien certainement, et en général la connaissance des lois physiques? Un phénomène s'étant présenté quelquerois à nous avec tel caractère , dans telles circonstances , nous avons jugé que si ce même phénomène se présentait de nouveau dans des circonstances analogues, il aurait le m'ïme caractère ; c'est-à-dire que nous avons généralisé d'abord le caractère particulier de ce phénomène : au lieu de descendre du général au particulier, nous nouBSommes élevés du parliculicrau général. Ce caractère général est ce qu'on appelle une loi; cette loi, nous ne l'avons pas déduite d'une loi ou caractère pins général ; nous l'avons tirée d'expériences particulières pour la transporter au delà ; ce n'est ici ni un simple résumé , ni une déduction logique ; il n'y a ni simple intuition ni démonstration : il y a ce qu'on appelle induction. C'est à l'induction que nous devons tontes

VlilGT-TROlSIËME LBQON. IBT

■OS conquêtes sur la nalure, toutes nos découvertes des lois du monde. Longtemps tes physiciens se contentèrenlou d'obser rations immédiates qui ne rendaient pas gra nd 'chose , ou de raisonnements qui ne rendaient que des hypothèses. L'induction ne fut longtemps qu'un procédé naturel de l'esprit humain dont tous les hommes faisaient usage , pour acquérir les connaissances dont ils avaient besoin relalivement au monde extérieur, sans s'en rendre compte, et sans qu'il passât de la pratique dans la science. C'est à Baeon surtout que nous devons non pas l'inven- Itoa, naais la découverte et l'exposition scientilique do ce procédé. Il est étrange que Locke , compatriote de Bacon , et qui appartient à son école, ait précisément laissé échapper dans sa classification des modes de la connaissance celui que l'école de Bacon a le plus eéléhré et mis en lumière. Il est étrange que toute l'école sensualiste , qui se prétend fille légitime do Bacon, ait, à l'exemple de Locke, presque oublié révidence d'induction parmi les différentes espèces d'évidence , et qu'à rencontre de ce qu'aurait dû faire une école eipérimentale , elle ail négligé Tinduction ponr s'enfoncer dans la démonstration. Telle est la raison de ce bizarre mais incontestable phénomène , qu'an xvin° siècle , la logique de l'école sensualiste n'a guère été qu'un reflet de la scolaslique péripatéticienne du moyen âge , de cette scolastique qui n'admettait d'autres procédés dans la connaissance quel'intoîtion et la démonstration.

IBS HISTOIRE DE L* PSILOSOPRIE.

Voyons mainteDuit quels 8oni, selon Locke, les divers «legrés de h eonnaituince.

Noua coonaissons quelquefois d'une manière certaîae , sans que la connaissance que nous avons soit mêlée du plus léger doute. Souvent aussi, au lieu d'une connaÎMance absolue, nous n'avons qu'une connaissance probable. La probabilité a elle-même bien des degrés , et elle a ses fondements particuli^Y. Locke en traite avec étendue. Je vous engage à lire avecsoinleschapitres peu profonds, mais sufBsamment exacts , où il traite des différents degrés de la connaissance. Je ne veux pas m'engager dans tous ces détails et me contente de vous signaler tes 14", iS' et 16° chapitres du quatrième livre. Je ne m'attache qu'à une distinction k laquelle Locke met ta plus grande imporlance , et qui , selon moi , n'est pas fondée.

On nous connaissons d'une manière certaine et absolue , ou nous connaissons seuleoient d'une manière plus ou moins probable. Locke veut que l'expression de connaitsance soit exclusivement réservée à la connaissance absolue, placée au-dessus de toute probabilité , et il appelle jugement la connaissance qui manque de certitude, la simple conjecture, b présomption plus ou moins vraisemblable.

Liv. IV, ch. I1V, l i. < L'esprit a des facultés qui t s'exercent sOr la vérité et sur la fausseté. La pre- ( mière est la eonnaistanct , par où l'esprit apergwt « certainement la convenance on la disconvenance ( qui est entre deux idées et en est indubitablement

VtNGI-TKOlSIËME LEÇON. ISfl

I. La seconde est Uju^emefO, qui consiste 1 i jobdre des idées dans l'esprit , ou i les séparer 4 l'one de l'autre , lorsqu'on ne voit pas qu'il y ait ( entre elles une convenance ou une disconvenance ( certaine , mais qu'on le présume. >

Biais i'osage géaËral de toutes les langues est contraire à un emploi aussi limité du mol connaître. Une connaissance certaine ou une connaissance probable on mène conjecturale , c'est toujonrs de la connaissance 1 des degrés différents 11 en est de même du jugement. Comme les langnes n'ont pas réservé Vexpresùon de connaissance pour la connaissance absolue, de même elles n'ont pas réservé l'eipression de jugement pour la connaissance simplement probable. Nous portons dans certains cas des jugements certains ; dans d'antres cas nous portons des jugements qui ne sont que probables ou même purement conjecturaui. En nn mot , les jugements sont ou infaillibles ou douteux il tel on tel degré; mais, douteux ou inraillibles , ce sont toujours des jugements , et celte distinction entre la connaissance comme étant ei^clusiveraent infaillible, et le jagement comme étant eiclusîvement probable , dontenx ou conjectoral , esl une distinction verbale loat à fait arbitraire et stérile. Aussi le temps en a-t-îl feîl justice ; mais il semble avoir respecté la tbéorie qui est an fond de cette distinction, ibéorie qui fait consister la connaissance et le jugement dans la perception d'un rapport de convenance entre deux idées. Tonte distinction veiliale écartée , juger on connaître.

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leO HI5T0I!t« DC t.k PBILOSOPBIE.

coDDallreoa juger, n'est pour Lockeque perce Toirtori intuitÎTemenl, soit démonslrativement, un rapport de (convenance ou de disconvenance.soit certain, soitpro' bable, entre deux idées : telle esila tliéorie delà conDui»gance et du jugement de Locke réduite à m plus simple expression ; c'est de Locke qu'elle a passé dans l'école sensualisie, oùelle jouit encore d'une anlorité incontestée et forme la théorie convenue dejugement : elle réclame donc et elle mérite l'examen le plus scrupuleux.

D'abord, constatons bien la portée de cette théorie : elle ne prétend pas seulement qu'il y a des jugements qui ne sont autre chose que des perceptions de rapport de convenance ou de digconvenance entre deux idées : elle prétend que tout jugement est soumis k cette condition ; c'est là ce qu'il s'agit de vérifier.

Locke dislingue quatre rapports que l'entendement peut percevoirentre les idées (liv. IV, ch.l, §3). Ou les idées sont identiques l'une à l'autre ou diverses entre elles ; c'est le rapport queLocke appelle rapport (TidratitJ oudediveniié; ou elles ont simplement entre elles un rapport quelconque que l.ocke ne détermine pas et qu'il appelle relation ; ou elles ont entre elles un rapport desimpie coexistence ou déconnexion nécessaire ; ou bien encore elles expriment un rapport d'existence réelle. Ainsi les rapports ne peuvent être que de quatre espèces: 1° la relation générale; 2° l'identité ou la diversité ; 5° Iï coexistence ou la liaison nécessaire ; 4** l'existence réelle. Toute ta question est de savoir s'il n'y a pas une seule connaissance , un seul juge-

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VIHGIIWNSI&HE LltOH. 4«l

tnept qui échappe à ce* catégories. V»;odb donc ; allons de conoaissance en connaissance , de jugement en jugement ; si nons ne trouvons pas une couDaiasauce, an jugement qui ne soit h perception d'un d* ces rapports entre deux idées, alors la théorie d« Loclte est absoute. Si, au contraire, nous trooToni an seul jugement qui échappe ii cette condition , la théorie deLot^e, en tact que théorie uniTerselle et illimitée, est détruite.

Prenons une connaissance quelconque , un juge, ment quelconque. Jo vous propose le jugement su»- Tant : deux et trois font cinq ; ce n'est pas là une chimère ; il y a bien là connaissance , il y a bien U jugement, cl jugement certain. Comment acquéron|.> nous celte connaissance , quelles sont les conditiona de ce jugement?

La théorie de Locke en suppose trois : 1" qu'il j ait deux idées qui soient là , sous les yeni de Veo^ lendement , connues antérieurement i ta perception du rapport ; 2° qu'il y ait une comparaison entre ces deux idées ; 5" qu'à la suite de cette comparaison il ji; ait perception d'un rapport quelconque entre ces deux idées. Deux idées, oue comparaison entre elles, une perception de rapport dérivant de cette comparaison : telles sont les conditions de la Lhéorie de Locke.

IteprenoQs: deux et trois font cinq. Où sont les deux idées T Troisct deux, plus cinq. Jesuppose que je n'eusse pas ces deux idées , ces deux termes , d'une part, denx et trois, de l'autre, cinq, pourrais-je

:..,G00gk'

1HI QISTMU DE Lï PULOm»».

jamaU apercevoir qn'il y a entre ens dd rappoH d'6- ^liié ou d'inégalité , d'identité ou de diversité? Ht». Et ai, ayani ces deux lermeB, je ne les coraparaigpat, percevrai«-je jamais leur rapport? Pat davantage. El « les comparant , malgré tous met efforts, leur rapport échappait à mon entendement, armerais-je jamais à ce résultat que deui et trois font cinq? Nnllement. Et ces trois conditions accomplies, ce résullat est-il infailliblement obtenu 1 Je ne vois pas que rieny manque. Ainsi, jusque-là, la théorie de Locke me semble aller fort bien. Preudrai-je un autre exemple arithmétique ? Mais les exemples arithmétiques ont cela de propre, qu'ils se ressemblent tous. Qu'est-ce , en effet , que les vérités arithmétiques , sinon des rapports de nombres? Les vérités arithmétiques ne sont que cela ; donc les connaissances arithmétiques rentrent dans la théorie générale de la connaissance de Locke; et le jugemeot arithmétique , si on peut s'exprimer ainsi, n'est autre chose que la perception d'un rapport de nombres ; jusque-là, encore use fois, k théorie de Locke est parfaitement absoute.

Prendrons-nens la géométrie ? Hais si les vérités géométriques ne sont que des rapports de grandeur , il est clair que nulle vérité géométrique ne peut être obtenue qu'à la condition d'avoir préalablement deux idées de grandeur, puis de les comparer , puis d'en tirer un rapport de convenance ou de disconvenance. Et comme les mathématiques entières ne sont , ainsi que l'a dit Newton , qu'une arithmétique universelte ,

il wmbte bien qae le jagemeol malhématique en gc~ nénil n'est qu'une perceptioD de rapports.

Prenons encore d'autres exemples un peu à T&venlore. Je voudrais savoir a Alexandre est nn vrai grand htHnme ; c'est un questi<H] qu'on agite souvent. Il est évident qne si , d'an cité , je n'avais pas l'idée d'Alexandre , et si , de l'antre, je ne me faisais aucune idée du vrai grand bomuie ; si je ne comparai! pas ces deux idées, si je n'apwcevais entre elles aucun rapport de convenance ou de disconvenance , je ne pourrais pas prononcer qu'Alexandre est un grand homme ou ne l'est pas. Là encore , nous avont et nous devons avoir nécessairement deux idées , l'nne particulière, celle d'Alexandre, l'autre générale, celle du grand homme, et nous comparons ces deux idées, pour savoir si elles conviennent ou disconviennent entre elles, si le prédic.it peut s'affirmer du sujet, si le sujet rentre dans le prédicat, etc.

Je voudrais savoir û Dieu est bon. D'abord , il fani que j'aie l'idée de l'existence de Dieu , l'idée de Dieu , en tant qu'existant ; puis il faut qae j'aie l'idée de I» bonté , une idée plus ou moins étendue , plus ou moiou complète de là bonté , de manière ï pouvoir affirmer , après comparaison de l'une et de l'autre idée , que ces deux idées ont entre elles un rapport de convenance.

Voilà bien les conditions de la connaissance, les conditions du jugement dans ces différents cas. Mais rendons-nous compte de la nature de ces différents cas. Et d'abord, examinons ce que sont les vérités mathé-

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I«4 HISTOIRB DE Ll FHlLOBOmE.

matiqnes qui m piitenl ai bien à la théorie de Lodie. Les véritég arithmétiques , par exemple , eiieteitt-^llet dan« ia nature? Non. Et poorqnoi n'existeot-elles pas dans la nature 1 Parce que cet rapports, qu'on appelle dM vériiés arilbméiiqueg , ont pour lermes non des qaantiiée coi)crèle«, c'e8l-Ji-dire rëellcB, mai« des quantités diicrëtes, c'est-i-dire abstraites. Un, deui, trois , quatre , cinq , tout cela n'existe pas dans la nature ; par con&éqtrent les rapports entre ces i^aotités abstraites et nim réelles n'existent pas plus que leurs termes : les vérités arithmétiques sont dte pures abstractions. Ensuite , la numération et le eatcnl cornmeacent-ils sur des quantités discrètes et abstraites eomme dans l'arithmélique? L'esprit humain débute-t-il par t'arithmélique abstraite? Nullement, il opère d'abord sur des quantités concrètes , et ce n'est que plus tard que du concret il s'élève ï la conception de ces rapports généraux, qui sont les vérités arithmétiques proprement dites. Elles ont deux caractères : 1' elles sont abstraites; 2° elles ne sont pas primitives; elles supposent des jugements concrets antérieurs dans le sein desquels elles reposent, en attendant que l'abstraction les en tire et les élève k la hauteur de vérités universelles. J'en dis autant des vérités de la géométrie. Les grandeurs dont s'occupe ia géométrie ne sont pas des grandeurs concrètes, ce sont des grandeurs abstraites qui n'existent pas dans la nature; car iln'existedansla nature quedes figures imparraites, et la géométrie a pour condition d'opérer sur des 6gures

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- VINGT'TROlSltME LEÇOif- ' tflS

pirA^i, lor le triangle parfait, le cercle prrâit, elc-', c'est-à-dire sar deg figures qai n'ont pas d'existence réelle, et qui sonl de pures conceptions de l'esprit. Les rapports d'abstractions ne peuvent donc être que des abstractions. De plus , l'esprit bumain n'a pas plus débnléparconceroirdesriguresparfaitcs, qu'il n'a débuté par concevmr les rapports abstraits des nombres; il a conçu d'abord le concret, le triangle imparfait, le cercle imparfait, dont il a tiré plus tard, par une abstraction , il est vrai , rapide , le triangle et le cercle parfaits de la géométrie : les vérités de la géométrie ne sont donc pas des vérités primitives dans l'entendement humain. Les antres exemples que nous avons prb, les connaissances et les jugements sur lesquels nous avons essayé la théorie de Locke, savoir, qu'Alexandre est un grand homme , que Dieu est bon , tons ces jugements , toutes ces connaissances ont ce même caractère; ce sont desproMèmesinsti tués parune réfleiion tardive et une curiosité savante dans le développement ultérieur de l'entendement. En un mot, jusqu'ici nous n'avons vérifié la théorie de Locke que snr des jugements abstraits et qui ne sont pas primitifs : prenons donc des jugemens marqués d'autres caractères , et poursuivons le cours de nos eipériences.

Voici une autre connaissance , nn autre jugement que je propose à votre examen : J'existe. Vous ne doutez pas plus de la certitude de celte connaissance que de la première connaissance que je vous ai citée , deux et trois Tont cinq : voua douteriez même plutôt de la

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lee - BIGTtHItE IIB Lt PHILOSOPBIE.

première que de la seconde. Ëh bien ! cette CMuit- •ance certaine, ce jugement certain, j'eiiste, aoamettORR-le aux. conditions de la théorie générale de la connaissance et du jugement de Locke.

Je TOUS rappelle les conditions de cette Ibéorie : i" deux idées; 3° comparaison entre ces deux idées; 3" perception d'un rapport quelconque de convenance ou de disconvenance.

Maintenant , quelles sont les deux idées qui devront eire les deux termes de ce rapport et les bases de la comparaison? C'est l'idée de jt ou «toi, et l'idée d'exislence, entre lesquelles il s'agit de trouver un rapport de convenance et de disconvenance.

Prenons bien garde k ce que nous allons faire. Ce n'est pas l'idée de notre existence qui sera une des deux idées sur lesquelles portera la comparaison ; car , que cherchons-nousî Notre exi^nce. Si nous l'avions, nous De la cherchenons pas : il ne Taui donc pas supposer ce qui est en question , savoir , notre existence ; donc l'idée d'existence qui doit èlre ici un des denx termes de la comparaison, c'est l'idée de l'eiisience en général, et non pas l'idée pariiculiére de notre existence : c'est là la condition rigoureuse du problème. Et quelle est l'autre idée , le second terme de la comparaison? L'idée du moi. Maisquecherchons-noustLe moi existant. Ne le supposons donc pas, car noussapposerions ce qui est en question. Ce n'est donc pas le moi existant qui sera le second terme de la comparaison , nuis un moi qu'il faut concevoir nècesniremeiu

1U6T-TBDIBlillE LBÇWI. 1«T

coBuna dittiuct de l'idée avec laquelle il s'agit de le compar» , pour savoir si elle lui convient ou dod , savoir, Tidée d'esislence , un moi qa'il faot concevoir par conséquent comme ne possédant pas rexiuence . ' c'est-ii dire un moi abstrait , un moi général.

L'idée d'oD moi abstrait, et l'idée de l'eiUtence abstraite, voilà les deux idées sur lesquelles doit porter la comparaison, delaquelle doit sortir]ejuf;ement Pense»j, degrâce; que cherche i-vous? Voire eiisience personnelle. Ne la supposez pas, puisque vous la cherchei; ne ta mettez dausaucundesdeuitermesà la comparaison desquels vous la demandez. Puisqu'elle ne doit être que le fniil du rapport de ces deux termes, elle ne dwt être supposée ni dans l'un ni dans l'autre , sans quoi la comparaison serait inutile , et la vérité serait alors antérieure à la perception de leur rapport , elle n'en serait pas le résultat. Telles sont donc les conditions impérieuses de la théorie de Locke ; deux idées abstraites , l'idée abslraile du moi , et l'idée abstraite derexistenee.il s'agit maintenant de comparer ces deux idées, desavoir si elles conviennent ou disconviennent entre elles , de percevoir le rapport de convenance ou de diaconvenance qui les sépare ou qui les lie. D'abord, jepourraisincidentcrsurcetleexpressiondenmcenanre et de dûerniveTtanee , et monU^r comlùen elle manque de précision et de netteté : )e ne le ferai pas. Je prenda les mots comme Locke me les donne; je laisse sa tliéane se déployer librement: je ne l'arrête pas, je veux «avoir seulement où elle arrive. Elle part da

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i«8 uisrouG DE LL pmLoaomiii.

deux termes aïairaits , elle les compare , et cliei<ébe un rapport de convenance ou de disconvenance en- Ire eux , entre l'idée d''eiiBtenGe et l'idée du moi. Elle les compare donc, soit; et à quoi aboutît' elle? A un rapport, à on rapport deconvenance. Soit encore ; je ne veux remarquer ici qu'une chose, c'est ^ne ce rapport, quel qu'il soit, doit fitre nécessairement de ta même nature que les deux termes sur lesquels il se fonde. Les deux termes sont abstraits : le rapport sera donc nécessairement abstrait. Que résullera-l-iL alors de la perceplion du rapport, que je lenx bien supposer de convenance , entre l'idée générale et abstraite de l'existence, et l'idée générale et abstraite du moi? Une vérité de rapport de la même nature que les deux termes sur lesquels elle est fondée; une connaissance abstraite, une connaissance logique de la non-contradiction qui se trouve entre l'idée d'existence et l'idée de moi , c'est-à-dire la connaissance de la pure possibilité de l'exisiencc d'un moi. Mais lorsque vous croyez, lorsque vous pensez, lorsque vous juj^ez que vous existez, portez-vous seulement , je vous le demande , ce jugement qu'il n'y a pas contradiction entre J'idée générale du moi et celle d'existence t Pas dn tout. Il ne s'agit pas d'un vous, d'uD moi possible , mais d'un moi bien réel , de ce moi bien déterminé que nul ne confond arec une absmction logique ; il ne s'agit pas de l'existence en général, mais de la vCtre , de votre existence toute personnelle et individuelle, Au contraire, le résnUat dn

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ntKT-ntDisibiie Lttçaji. tei

H qoi éltïn de la pereeptiOo d'un ral>port de c«HiTeiuaee enlre l'idée générale et abstraite de l'existence.et l'idte gteérale et abetraiie do moi, n'împlï^ qae pai l'exiateBce récrie ; elle donne , al l'on vent , une existence poiaible , mais elle ne donne cl ne peut dwiier rien déplus.

Voilà donc , meaaiean , ofi nous sommes arrivés ; il n'y a point de contradiction entre l'idée du moi et l'idée d'eiisience. Or ce résultat n'est pas adéquat à cdui qui est impliqué dans le jugement naturel que -TOUS portez quand tous dites : J'existe. L'un n'est pas l'antre ; la théorie de Locke ne nous donne que Fun , et non pas l'anlre; c'est là le premier ïice de cette tiiéoric. En voici on autre.

Le jngemenl , j'existe , est un jugement primitif par excellence ; c'est le point de départ de la counais- •ance ; évidemment , vous ne connaissex rien antérieurement à vouft-mëme. Or , dans la théorie de Locke , ■et deux idées sur lesquelles porte le jugement, et entre lesquelles il s'agit de percevoir le rapport de coavanance , -sont nécessairement deux idées abstraites. Donc la supposition radicale de la théorie de Locke est qoe l'esioît humain part de l'abstraction dans la connaissance; supposition gratuite et démentie parles faits. En fiiit, nous débutons parleconcretetuonpar l'abstrait, et lors même qu'il serait possible , ce que je nie, ce que i'ai démontré ne pouvoir être , de tirer la réalité de l'abstraction, il ne resterait pas moins vrai que le procédé que Locke impute ii l'esprit humain , fût-il légi-

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lime , M lerait pu celui que l'esprit hnnaîn eipl o îe.

La théorie de Loclie ne peul donner qu'un jn|^ meai abstrait et non un jugement qui atteigne l'exi»leuce réelle ; elle o'est pas le vrai procédé de renUndenieni humain , puisque le procédé qu'elle emploia est toat abstrait et nullement primitif: de plus . cette théorie renferme un paralogisme.

En effet, Locke se propose d'arriver à la conoaiBsance de l'exisience réelle etpenomtelle par la comparaison de l'idée d'existence et de l'idée da moi , en les rapprochant poar en apercevoir le rapport. Haia eD général , et pour 6nir la quesLion d'an seul coup , l'abstrait ne nous étant donné que dans le concret , lîrer le concret de l'abstrait , c'est prendre comme principe ce qu'on n'a pu avoir que comme couséquence, c'est deuiander ce qu'on cherche à cela mène qu'on n'a pu connaître que précisém«tt au maj^en de ce qu'on cherche. Et duw le cas particoUer , à quelle GondtUon avei-Tous eu l'idée générale et abstraite d'eiistence, et l'idée générale et abstraite de moi, que vous comparez, pour en tirer la connaissaDee de voire exislenceî A cette condition, que vont ayez eu l'idée de votre propre existence. Il est imposable que vous vous soyez élevé ù la généralisation de l'eiisience sans avoir passé par la connaissance de quelque existence particulière ; et la connaissance de l'existence de Dieu, ni celle de l'existence da monde extérieur, ne précédant et ne pouvant précéder la vAtre , il suit que la connaissance de votre

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LEÇON. «Il

prepre eiittence ne peut p» ne pM avoir été une des bawc de l'idée abstraite et générale d'eiistence; pu* CMMéqueni, vouloir tirer la coonaiesance de votre eutieoce de l'idée générale d'esteience , c'est tomber dans an paralogisme évident . Si Locke n'avait pas«ii qu'il existait, si déjà il n'avait acquis la connaissance de son moiréeleteiislant.dn'anrait jamais eu ni l'idée générale et abstraite d'un moi, ni l'idée générale et abstraite d'eiistence, ces mêmes idées auxquelles il demande ta eoonaissance du moi et de l'eiisience personnelle (i).

Ainsi , trois objections radicales contre la théorie de Locke:

1° Elle part d'abstractions , par coBséqneot elle ne donne qu'tin résultat abstrait, et qui n'est pas celui qne vous cherchez ;

2° Elle part de l'abstraction, et par conséquent elle ne part pas du véritable point de départ de l'intelltgaace humaine ;

3' Elle part d'abstractions qu'elle n'a pu obtenir qu'à l'aide de connaissances concrète* , de cet mêmes ei»Datssances concrètes qu'elle prétend tirer d'abstractions qui les supposent ; par conséqoent elle suppose ce qui est en question.

La théorie de Locke succombe sons ces trois objeclions. U est impossible de tirer le moi existant du rsp- ^ochement forcé et artificiel de l'abstraction existence

m BIBTWBE I» hk

et de rdMraction moi. Mut quand même cela Mnii p(W4 nble, ce ne serati pat U ke procédé de l'ei^rit htimin qu'il s'agit de retronver et de reproduire ; et encore i le procédé , par lequel la théorie le remplace artûirairemenl , n'est possible qa'i ooe conditioa , i I» condilio» de supposer ce qui est cq question , savoir ,' que tous avesdéjà la connaissance particiiliére dunioi 1^1, d'où l'abslractioa tire et l'idée d'existence et l'idée de moi , auxquelles Locke emprunte la connaistance da moi réellemeoi existaot. Ce jagemeoi,' i'exisle.échappedonc de toute manière auKGonditions de la théorie de Locke.

Ce jugement a deux caractères :

i" Il n'est pas abstrait : il implique l'existence ;

20 C'est un jugement primitif ; tous les autres ïp •apposent , et il n'en suppose aucun.

Or rem&rqoei que c'était tout à l'heure sur des jugements abstraits et des jugements ultérieurs , si vous me permettez cette expression , que la théorie de Locke s'est vériSée. Ici, le ju{;ement ioqdiqo^ l'existence et il est primitif; la théorie ne s'yvértf» plus. Il faut donc choisir entre la théorie et la certitude de l'existence personndle : car l'une ne peut ahatdo^ ment donner l'autre.

Voilà, messienrv, pour l'existence personnelle. D en est de même de tous les modes de cette existenee , de nos facultés, de nos opératioDS , toit la sensation, (oit la volonté, soit la pensée.

Prenons le phénomène qu'il vous plaira : je sens ,

jeTpiu, jepeBM. PreoMu : je pesie , par exempl». C'eal, coniBie od dil, wt fait de contcieBce; hmUI» coucieftce , c'eM asnmr encore {cetunn tibi), c'm «MWaltre , puisque c'est le comaltre Mi-mëiDe , o'eat croire, c'ett affirmer, c'est juger. Q»utd vous Aies: Je pente, c'est wn jugement qae vona portez et etftn- ■Me ; et quand vous aies la conscience de penserant le due , c'est un jugement eneore que Toas portez saos l'exprimer. Or ce jugentent, exprimé on noB, implique l'esiHence , il implique qne veos , £tre réri , accomplissez acUellement l'opération réelle de la pe»- •ée. .De plus, c'4«t un jugement primitif, au moîM contemporain an jugement que vous exiuei.

Vérifitwe donc sur ce jugement la théorie de Lodie. comme nous l'avont vèrttée sur cet antre jn^ment [TÎisitif et concret : j'exiale.

Trois conditions néceesaires dans la théorie de liKke pour expliquer et légitimer ce jngeineni, je pense : deux idées , lear comparaison ; perception de npporl entre elles. QneUea sont ici lee deux iddeat Ë^deiu[DeniridéedelapeBséed'nBcMé,el doTastn ViàÂo de je on moL Mais ci c'est l'idée de la pensée ^lÎDete du mû, si c'est une pensée considérée bon ds asijet mai , de ce sujet inoi qui est , ne l'oublica pat , h base de toute existence, c'est la pensée, abetradioB fiéle de l'exîsteBce , c'esl-à-dire la pensée abstrsàte t e'tKbâ-dire la simple poissa Dce de paiser, et pas autre cfceae. D'un antre cété , le moi , qni est l'antre terme nécessaire de la comparaison , ne peut pM èire un

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DMÏ qui peiue , car tous venez tont à llteora d'en t^rer là ]>eDsée ; c'est donc an moi qn*il faut qne vous coneîdérîei, abstraciion faile de la pensée. Et en effet , si tous le supposiez pensant , vous auriez ce que vous cherchez , et il ne serait pas besoin de vous lifrer à une comparaison laborieuse ; vous ponrmz voos arrêter à l'un de* tennes qui voas donnerait Vautre , le moi comme pensant , on je pense ; mais yaar énier le paralogisme, il faut le lupposer non pensant ; et comme votre premier terme légitime est la pensée séparée du moi , vMre second terme légitime doit être aussi un moi séparé de la pensée , un moi non pensant. Et tous voulez savoir si ce moi , pris indépendamment de la pensée , et cette pensée , prise indépendamment du moi , ont entre eux un rapport de convenance ou de disconvenance. Telle est la quesùoo. Ce sont donc, messieurs, deux abstraclioni que TOUS allez comparer ; mais, encore une fois, deui termes absiraiu ne peuvent engendrer qu'un rapport dMrait, et nn rapport abstrait ne peut engendrer qn'au jngMnent absH'ait, ce jugement abstrait, savob, qne la pensée et le moi sont deux idées qui n'impliquent pas contradiction ; de seule que le résultat de la théorie de Locke appliquée à ce jugemeat , je pense, cmnme à cet antre jugement, j'existe, n'est encore qu'un résultat abstrait, une vérité abetoaile, qui ne représente en rien ce qui se passe dans votre esprit , lorsque vous jngez que vous pentes et lorsqM,' vous dites : le pense.

Pnw , la théorie fait débuter l'esprit htmuÎD par

l'abstraclioD ; mais ce n'est pas ainii qu'il débute.

Enfio, elle débute par l'abitractîon et cfaerdte à ea tàrer le concret , tandia que tour n'auriez jamais en l'abBlrait si préalablement vous n'aviez eu ie concret. Vous avesE porté d'abord , naturellement , ce jugement déterminé , coucrel , synthétique , je pense ; et ensuite , comme tous avei la faculté d'abstraire, voua avez opéré une division dans la synthèse primitive ; vous avez considéré séparément, ici b pensée , c'esià-dire la pensée sans sujet, sans moi, c'est4-dire la pensée possible , et là vaut, je, sans l'attribut réel de la pensée , sans pensée , c'esi-à-dire la simple possibilité d'Être ; et maintenant il vous plaît réunir artificiellement et après cou)), par un prétendu rapport de convenance, deux termes qui, primitivement, ue vous avaient pas été donnés séparés et disjoints , mais anis «t confondus dans la synthèse de la réalité et de la vie.

Ainsi les trois objections précédentes reviennent ici avec la même force , et la théorie de Locke ne prat TOUS donner légitimement ni la connaissance de votre «listence , ni même la connaissance d'aucune de voe Tacultés , d'aucune de vos opérations ; car ce que j'ai dit Aeje pente, je pouvais le direde^e veux, je pouvais le dire de je tent , je pouvais le dire de tous les attributs et de tous les modes de l'existence personnelle.

La théorie de Locke ne peut pas davantage donner l'existence extérieure. En effet, prenez ce jugement :

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ce corpi exisie. La IhéM-ie vent <pie vou» n'B;«> cette GOOnaiteaBce qa'à la eotiditioii de l'avoir perçne dans ■a ra]^rt de convenance eoire deux idéei comparées enire elles. Quelles toM ces deux idées T AsBiirément ce n'est pas l'idée d'an corpsréellement existant , car TOUS auriez ce que vous cherchez; ce n'cRt pas non plus l'idée d'existence réelle ; c'est donc l'idée d'un Gw^potsible et l'idéed'une existence possible, savoir, deux abelraclioos. Vous n'en tirerei donc qae cette antre abstraction : il n'; a pas incompatibilité It^ique entre Tidée de l'existence et l'idée de corps. Puis voos débutez par l'abstraction, contre l'ordre naturel. EnGii, vous débutez par ooe abstraction que vous n'auriez jamais eue, si préalablement voits n'aviez obtenu la connaissance concrète, celle précisément que vous vootez tirer du rapprochement de vos abstractions.

Ce que je dis de l'existence des corps , je le dis des attributs par lesquels le corps nous est conno ; je le dis du solide, de la forme, de la couleur, etc. Prenons pa«r exemple la connaissance de la couleur, qualité que l'on relègue ordinairement parmi les qualités secondes, et qui est peut-être plus inhérente au corps et à la figure qu'on ne le croit. Quoi qu'il en soit , que la eouleorsoit une simple qualité seconde ou unequalité première des corps tout aussi bien que la figure, voyons â quelles conditions, dans la théorie de Locke, nous en acquérons la connaissance. Pour porter ce jugement: ce corps est coloré, blanc ou noir, etc., est-il vrai qu'il nous faille avoir eu deux idées , les

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linlr' comparées , et avoir perçu lénr rapp<irtt Lei deoi îdéec devraient fitre celle de corps et celle de eotaleur. Uàîs Vidée de corps ne peat éire ici l'idée d'un raqw coloré ; car ce seul terme impliquerait l'autre , rendrait la comparaison superflue , et suppo- ■erait ce qui est en question : il faut donc que ce soît l'idée d'un corps comme n'étant pas coloré. L'idée de couleur ne peut pas être non plus l'idée d'une couleur réellement eiislanta ; car une couleur n'est réelle , o'eiiste qae dans un corps, et la condition même de l'opération que nous voulons faire est la séparation de b couleur d'avec le corps : it n'est donc pas ici question d'une couleur réelle , ayant telle ou telle nuance déterminée , mais de la couleur , abstraction faite de UMt ce qui la détermine , la spécialise , la réalise ; il n'eet question que de l'idée abstraite et générale de couleur. D'où il résulte que les deux idées qne vous avez sont deux idées générales et abstraites , et des abstractions ne peuvent donner que des abstractions. Bl encore , vous débutez par l'abstraction : vous allez donc contre les voies de la nature. Enfin , et c'est là l'objectiiHi la plus accablante , il est évident que vous a'avez obtenu l'idée générale de couleur que dans l'idée de telle ou telle coulenr particulière et positive , que vous n'avez obtenue qu'avec celle d'un corps ligure et eoloré.Ce n'est pas à l'aide de l'idée générale de couleur, et de l'idée générale de corps , que vous avei appris que les corps sont colorés ; mais c'est , au coo- Iraire, parce que vous avez su préalablement que tel

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