‹ Cours de philosophieChapitre 3 sur 16 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

SOMMAIRE

Snile de rnameD du aecoad ment humain. De l'idée d CoD'^luaiOnl du tecond litre. r>e la formalloD 8t du mte»' nleme dei idée* Hini l'eu tende méat. Dea idéea limitlea «t cem|ileie>.— De l'aclitilé et de U psatiricé rie l'eaprit d»n* raciguiiillDO dea iriéea. — Dea caraclèrea le> plui géaéraas de» idées. — Ue raeiocialion dea idéea, — Examen du troi- Bième litre de VEtiai tur l'entendement humain aur le* mou. Pari de l'éloge. — EiameadeiproiwiiiiontaulriDtei: l» Lei mata lirenl-ll> leur première origine d'aulrea mot* ijul (ignifieal dea idéei jensihle»? — S< La signiScalion de* tDOli eil-elle (luremenl arbitraire? — Lea Idées générale) H «ont-ellea qae de* mou? Du nomiDaliime et du réallime. — 4* L«a mati aonl-ila la leale cauae d'erraun , M IouIb MîoDce u'eal-eile c|u'uDe langue bien faite] Fiudereiunon

Hessievid) ,

C'eM nn fait incoDteiUible que , qaand nous avons bien ou mal fait, quand nousa*oas accompli la, loi du juste et de l'tnjtisleou que do lu l'avoDR enfreinte, nous jugeons que nous méritons une rÉcompense ou une punition ; et c'est nn fait encore que nous la recueillons tsi effet , 1° dans le plaiûr de la conscience ou dans

*t HISTOIRE DE LX PHILOSOPHIE.

ramerlame Au remords ; 2° dans l'estime ou te mépris de nos semblables, qui, élant aawi des êtres moraux, jugent comme nous du bien et du mal , jugent comme nous que le bien et le mal méritent pu uiiion et récompense, et nous punissent et nous récompensent , selon la nature de nos actes , tantôt par la peine ou la récompense morale de leur mépris ou de leur estime . tantôt par des récompenses ou des peines physiques , que les lois positives, interprètes légitimes de la loi naturelle, tiennent prSles pour les actions généreuses ou pour les délits et les crimes; Z" enlin , si nous élevons nos regards au delà de ce monde , si nous concevons Dieu comme il faut le concevoir, non-seulement comme l'auteur du monde physique , mais comme le père du monde moral , comme la substance mâme du bien et de la loi morale, nous lie pouvons pas ne pas concevoir que Dieu doit aussi tenir prêtes des récompenses ou des punitions pour ceux qui ont accompli ou enfreint la loi. Mais supposez qu'il n'y ail ni bien ni mal, ni juste ni injuste en soi ; supposez qu'il n'y ait pas de loi : il ne peut y avoiraucun mérite ni aucun démérite â l'avoir enfreinte ou accomplie; il n'y a pas lieu a punition ou à récompense ; il n'y a lieu ni aux plaisirs de la conscience ni aux douleurs du remords; il n'y a lieu ni & l'approbation ni à la désapprobation des hommes, à leur estime ou à leur mépris; il n'y a lieu ni aux supplices ni aux récompenses de l'ordre social dans cette vie, ni dans l'autre aux récompenses et aux punitions du législateur snpréme. L'idée de la récom-

i^Goo^k

TINGTlfcXE LSÇOtl. «S

pente etde la peine repoH donc lur celle du mérite et du démérite, laquelle repoïc sur celle d'une loi. Or, que fait ici Locke? Il tire l'idée du bien et du mal , la loi morale et toutes les règles de nos devoirs de la craioie et de l'espérauce de récompenses et de punitions humaines ou divines , c'^est-à-dire pour écarter toute autre conûdéraiion , et pour rester sur le terrain de la méthode scientifique , il fonde le principe sur 1» conséquence ; il confond , non plus comme antérieurement , l'anlécédeot avec le conséquent, mais le conséquent avec l'antécédent. Et d'nii vient, messieurs, cette confusion ? De cette source de toute confusion que nous avons tant de fois signalée , la recherche prématurée des causes avant une suffisante étude des effets, la recherche de Tongine de l'idée du bien et du malavantd'avoir constaté soigneusement les caractères, et tous les caractères de cette idée. Permettez-moi de m'arrfiter un moment sur cette importante matière.

D'abord, que dans l'entendement humain, tel qu'il est aujourd'hui, il y ait l'idée du bien et l'idée du mal, tout il fait dislincleg l'une de l'autre , c'est ce que l'observation la plus superticielle , pourvu qu'elle soit impartiale, démontre aisément; c'est on fait qu'en présence de certaines actions la raison les qualifie de bonnes ou de mauvaises, de jusiesou d'injusies, d'honnêtes ou de déshonnStes. Et ce n'est pas seulement dans quelques hommes d'élite que la raison porte ce jugement; il n'y a pas un homme ignorant ou instruit, civilité ou sauvage , pourvu qu'il soit un être raison-

*f. HISTOIRE DE L* tBILOSOPHlB.

nable et moral , qui ne porte le même jagement' Gomme le principe de causalité s'égare et se rectî6e dans Vapplication sans cesser d'être , ainsi la disttais lion du bien et du mat peut porter à fans, varier dm» «et ol^ts et s'éclairer avec le temps sans cesser d'être la même au fond dans tous les hommes ; c'est une conception universelle de la raison , et voilà pou rqaoi tontes les langues . ces images fidèles de la pensée , la Mprodnixent. Non-seulement cette distinction est une conception universelle , elle est aussi une conception nécessaire. En vain la raison , après l'avoir conçue, essaye de la récuser et d'en mettre en question ta vérité, elle ne le peut; on ne peut à volonté regarder la même action comme juste ou injuste ; ces deai idées résistent i toute tentative de les permuter l'une dans l'autre : elles peuvent changer d'objets, jamaiB de nainre. Il y a plos : la raison ne pejt concevoir la distinction du bien et dn mal , dn juste et de Tmjuste, de rfaonnële et du dèshonnète, sans concevoir à l'instant mdnie que l'un ne doit pas être fait et que l'atilre doit ëlre fait : la conception du bien et du mal donne immédiatement celle de devoir et de loi , et comme l'une est universelle et nécessaire, l'autre l'eu également. Or une loi nécessaire pour la raiaon en matière d'action, c'est, pour un agent raisonnable mais libre , ime simple obligation, mais c'est une obligation absolue. Le devoir nous obHge sans nous enebalner; mais en même tempe, si nous pouvons te violer, noBB ne pouvons le renier ; et alors même qne la

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VUCTIËMS LKQOn. «1

ftihlette éa li liberté «t l'asceDdant de )• ptmon font mentir en quelque sorte IVtioD kti loi , (a raiaoa îfldépendaiite maintient la loi violée comoA une loi inviolable, et riispace encore avec une aatoritè Uipréne à l'action infidèle comme «a règle inqireacriptible. Le s»itiment de la raiMMi et celui de rofaligatioo morale, qu'elle nosg révèle et qu'elle doui impOM, c'egi la conscieoce à mhi degré et dtas ton emploi le ping élevé, c'est la tonscience morale proprement ditfl.

Remarquez bien sur quoi porte l'obligation : elle porte aur le bien à faire ; elle ne porte que sur ce point, mais là elle est absolue. Elle est donc iadépenduite de tonte considéraiion étrangère ; eJle n'a rien â voir avec les facilités oa les périls que son accomptissemoat rencoBtre, ni avec les coméqoenœs qu'il enlralae , avec le plaisir o j la peine, c'ett-à'dire arec le benlienr ■et le malheur, c'est-i^ire encore avec iout nMtir, quel qu'il soit , d'utilité ; car le [Saisir et la peine , le bonfaeur et le malbeur , ne «ont que des objets ik h sensibilité ; le bien et l'obligation morale sont <1m conceptions de la raison ; l'utile n'c«t qu'ihi accident qui peut être on n'être pas ; le devmr est un principe.

Maintenant, lebien n'est'-îl pts loujours niiAt àcelui qui l'accomplit et aux autres? Ce» uite autre question qui n'est plus du ressort de la raison , mais de l'eipé* rience. L'expérience la décide-t-elle toujours affirmativement ? Hëme alors , et l'utile fdl-il inséparable dn Wen, le bien et l'utile n'en seraient pas moins distincU en eux-mêmes, et ce ne serait pM à titre d'n^ que h

4i HISTOIRE DE LA PflILOBOPHlE.

Tcrtn serait obligatoire , et qu'elle obtiendrait la véoération et l'adiniration nnivenelleB. On l'admire , messieurt , donc on ne la prend pas sealement comme utile. L'admiration est nn phënomëue qu'il est impossible d'eii^iquer tout entier par l'ntililé.

Si le bien n'était qnc l'utile, l'admiration que la vertu excite serait loajoara en raison de sob utilité : or cela n'est pas. L'humanité a tort peut-être d'être aîoii bite ; mais son admiration n'est pas toujours l'expression de son intérêt. L'acte vertueux le pins utile ne peut jamais l'être autant que certains phénomènes naturels qui répandent et entretiennent partout la vie. il n'j a pas un acte de vertu , si salutaire qu'il soit, qui puisse être comparé sous ce rapport avec l'influence bienfaisante du soleil. Et qui jamais a admiré le soleil ? Qui jamais a éprouvé pour lui le sentiment d'admiration et de respect que nous inspire l'acte vertuenx le plus stérile? C'est que le soleil n'est qu'utile ; tandis que l'acte vertueux , utile ou non , est l'accomplissement d'une loi , auquel l'agent que nous qualifiong de vertueax, et que nous admirons, l'est conformé volonlairemenl. On peut profiter d'une action sans l'admirer, comme on peut l'admirer sans en profiter. Le fondement de l'admiration n'est donc pas l'utilité que l'objet admiré procure aux autres ; ce n'est pas davantage ,' c'est encore bien moins l'utilité que l'action procuie à celai qui la fait. L'action vertueuse ne serait alors qu'un calcul heureux ; on pourrait bien en féliàtcr «on auteur , mais

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VL>fGT]ËHE LEÇON. 40

OQ ne serait pas tenté le moinsdu monde de l'admirer. LliuiDanité demaDde à ses béros un autre mérite qne ceini àa marchand habile ; et, loin que l'utilité de l'agent et soD intérêt personnel soient le litre et lamesure de radmiration , c'est un fait que, toutes choses égales d'ailleurs , le [^énomène de l'admiration décroît ou t'élère en proportion même des sacrifices que coûte l'actioD vertueuse. Mats voulez-vous une preuve manifesle que la vertu ne repose pas sur l'intérêt perunnel de celui qui la pratique ; prenez l'exemple que je vous ai déjà cité (i) , celui de l'honnêie homme auquel sa vertu tourne en ruine au lieu de lui être Qlile ; et pour prévenir toute idée de calcul, supposez un houime qui donne sa vie pour la vérité , qui meurt sur un échafaud , jeune et plein de jours, pour la cause delà justice. Ici point d'avenir , donc nulle chance de bonheur ultérieur ; donc nul calcul, nul intérêt personnel possible. Cet homme, si la vertu n'estque l'utile, est un fou, et rbunianité qui l'admire est en délire. Ce détire est un fait pourtant , un fait incontestable ; il d^ontre sans réplique que dans l'entendemeul humain , tel qu'il est , autre chose est l'idée du bien et du mal, de la vertu et du vice, autre chose l'idée de l'utile, du plaisir et de la peine , du bonheur et du malheur. Je viens de vous montrer la différence essentielle et meta physique de ces idées (%); il faut maintenant rou«

(1) Tome Uc, 8" le{on.

(a] Voyez lei Frasmenlt pbUotophigues, programme d'un coari d« philMDphie, p. 348-210.

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M BISTOIBB DE U PHILOaOPBIE.

en ùiire voir le rapport. Il e«t certain que V'iâée de li vertu e«t distincte . dans l'entendement humaio , de celle du bonheur ; mais je demande si , lortque toiu rencontrez un homme vertueux , nn agent moral, qai, libre d'accomplir ou de ne pas accomplir une loi sévère, l'accomfJit aux dépens de ses affectioas les pins chères; je demande , si cet homme , cet agent moral ne TOUS inspire pas , indépendamment de l'admiraiion qui s'attache à l'acte , an sentiment de bienfeillance qui s'attache à la personne ? N'est-il pas vrai que tous Mriez disposés, si le bonheur était danSTOS mains, i le répandre sur cet homme vertueux? N'est-il pas vrai qu'il votis parait mériter d'être heureux, et qu'à «OB égard le bonheur ne vous parait plus seulement nn iaii arbitraire , mais un droit. En même temps, quand l'homme coupable se trouve malheureux par l'elTeide ■es vices , ne jugeons-nous pas qu'il l'a mérité? En un not , ne jugeons-nous pas , en général , qu'il serait i^^■ juste que le vice fût heureux et la vertu malheurenie? C'est li évidemment l'opinion commune de tous les hmnmes; et cetie opinion n'est pas seolement uDtvercelle, c'est une conception nécessaire. En vain la rai* ton essayerait-elle de concevoir le vice digne du boofaeur , elle n'y peut parvenir , et elle ne peut parvenîr à ne pas mettre une harmonie intime entre le bonheur et la vertu. Et en cela , nous ne sommes pas des êtres sensibles qui aspirons au bonheur, ni des êtres sympathiques qui le souhaitons ik nos semblables; nous gommes des êtres raisonnables et moraux qui jugeons

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VINCnfellE LEÇOH. kl

nnù pour let aulrei comme pour noui-mAmei , avec uoe autorité Bupérieure ; et quand les i'aiu Be l'accordent pSB aTec no8 jugemenU , ce ne sont pas no« jugemenlB, qqe nous condamnoiiB ; noiw les maintenons iaviDciblemeni devant les faits contraires que nous nliésiioiig pas à qiialiBer de désordres. L'idée de mérite et de démérite esl inséparable pour la raison de celle de la loi morale , accomplie ou violée (i). De là , messieurs, l'idée de peine et de récompense, idée uaiverselle et nécessaire comme son principe.

Là ou b vertn et le vice ont leur peine et leur récompense, il y a ordre pour nous, là où le vice et la vertu sont sans punition et sans récompense ou également traités , là , pour nous , il y a désordre. Les récompenses et les punitions sont diverses , selon les cas qu'il ne s'agit point ici de déterminer et de classer avec une précision parfaite. Quand les actes vicieux ne sortentpasd'uoe certaine sphère, lasphèredelapcrsonoe qui les commet, nous ne leur imposons d'autre peina que leméprii : nous les punissons par l'opinion. Quand ils sortent de celte sphère et atteignent celle d'autrui , alors ils tombent sous les lois positives ; et de là les kûs pénales. En tous temps, en tous lieux, ces deux genres de punitions , morales et matérielles , ont été infligés aux agents vicieux. Sans aucun doute, il est utile à la société d'infliger le mépris à celui qui viole l'ordre moral : sans aucun doute, il est ntile Ji

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DB Ll PHILOUPBIE.

la sociëléde punir effeelifementcclui qui porte atteinte aux bases de l'ordre social. Cette considération d'utilité eit réelle; elle est puissante ; mais je dis qu'elle n'est pas la seule, qu'elle n'est pas la première, qu'elle n'est qu'accessoire , et que la base immédiate de toute pénalité est l'idée du mérite et du démérite essentiel des actions , l'idée générale de l'ordre qui veut iupériengement que le mérite et le démérite dea acies, qui est une loi de la raison et de l'ordre, «e réalise dans une société qui se prétend raisonnable et bien ordonnée. A ce titre , et à ce titre seul de réaliser celte loi de b raison et de l'ordre , les deux puissances de la société, l'opinion et l'Ëlat, nous paraissent fidèles à leur loi première. Vient ensuite l'utililé, l'uLilité immédiate de réprimer le mal , l'utilité indirecte de le prévenir par l'exemple , c'est-à-dire par la crainte. Mais cette considération a besoin d'une base supérieure qui la légitime. Supposez, en effet , qu'il n'y ait en soi ni bien ni mal, et par conséquent ni mérite ni démérite essentiel , et par conséquent encore nul droit absolu de mépriser et de punir, de quel droit, je vous prie, déshonorer un homme, le faire monter sur l'échafaud , on le mettre pendant toute sa vie dans les Ters, pour l'utilité des autres , quand l'action de cet Lomme n'est ni bonne ni mauvaise , et ne mérite en soi ni blîme ni punition? Supposez qu'il ne soit pas juste en soi de mépriser cet bomme et de le punir , c'en est fait de la légitimité de l'infamie et de la gloire, de la légitimité de toute espèce de récompense et de punition. Je

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VIHCTEËHB LEÇON. Il

<iii ph* : BÏ la peine n'a d'aulra fondement qae rmililé. c'eR «M fait de «on ulilité même ; car , poar qu'une peine «oil utile, il faut l" que celui auquel on TînOige, pounn qu'il est du principe du mérite et da démérite, M tron?e juiiement puni et accepte la punition avec Une dispoeition convenable; 2* que lea ipectalema, pounot également du principe du mérite et du démériie, trouvent le coupable justement puni en tant qae coupable, «'appliquent paranticipation la même jnatiG«, H nient rappelés à l'ordre par la vue de kr légitimât représailles, De là l'utilité dereiemple; de là Tnlilitéde b peine, aoit morale, toit physique. Mais ôtez ce fondement de la justice, et tous déb-uiseï son utilité; vous «ibstiuiei l'indignaLion etl'faorreur à la leçon et au repentir, et dans le condamné et dans le publie; tous réf (dlez au lieu d'aTerttr; Touk mettes le courage, la iympa> (bie, tout ce qu'il y a de noble el de grand dans b nature hiiroaine du côté de la victime; vous soulevez tMtes les tmes énergiques contre la société et ses lois artificielles, Ainsi l'utilité même de la peine repose sur la jatlice, loin que la justice repose sur l'ulilité de ta peine. La peine est la sanction de la loi , non son fondement. L'ordre moral ne repose pas sur la peine» Biais bien la peine sur l'ordre moral. L'idée du bien et du mal ne repose que sur elle-même et sur la raistm qui nous la révèle; elle est la condition de l'idée d* mérite et du démérite , laqueUe est la condiUou de l'idée de la peine et de la récompense; celle-ci est doncaux deux premières, surtout à l'idée du bien et dn

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M HISTOIBE OE t* PgiLOSOPHIE.

mal, daDR le rapport de la coniéquence an prÎDcipe ( i ). Ce rapport , qui coDlieot l'ordre moral tout entier, «ubiisie aussi inviolable que la raison mâme qol dous le doune , lorsqu'on passe de la sphère de cette vie et de la soeiélé humaine à celle de la religion et d'un monde où Dieu règne sans partage , où le destin fait fAtiee à l'action pure de la Providence , où le fait el le droit ne sont qu'une seule et même chose. I^, noue ne pouvons conceToIr Dieu ^sans le concevoir comme la cause et la substance du bien , comme le représentant en quelqite sorte de la loi morale , c'est^-dire sans Inî rapporter la loi qui nous est imposée. Or, en même temps que nous concevons Dieu comme nousimposant une loi JBSte , noos ne pouvons pas ne pas concevoir que Dien attache une peine ou une récompense à l'accomplisse ment de cette loi ou k son infraction. L'idée de mérite et de démérite , transportée en quelque sorte dans l'antre moncle , est la base de 1» conceptioD des peines et des récompenses de l'autre vie. Supposez que Dieu ne soit pas pour nous le représentant de la loi morale, il nous paraîtrait impossible qu'il pût nous punir ou nous récompenser pour l'avoir enfreinte on ponr l'avoir remplie. Ce n'est pas sur le caprice d'un 4b« mpérienrànousen puissance querésidelalègitimilé 4es peines et des récompenses del'atitre vie. Otez la justice de Dieu ; sa puissance , tout absolue qu'elle soit ,

(1) Vojci U tradaetlon de Pktfon, l. Ht, arpiinent da

VIMSnfclU LEÇON. S>

ne nouB parait ^m on fondemeot sufflsant des peine* etdesrécoiDpensea.Olezta JDitice; quereste^l? Un ordre et nODODe loi; et au lieu de tarëatieatioiiiublinfe de l'idée do mérite et àa démérite , la TÎe futAre n'en pluï qoe la menace d'une force sapérieure sur un être plus faible, condamné au rAte de patient et de Tictirae. Dans le ciel comme Bur la terre, et dans le ciel bien mieux encore que sur la terre , la sanction de la lot n'en est pas le fondement ; la peine et la récompensv dérivent du bien et du mal, elles neleconslituentpas (i). Appliquons à tout ceci les distinctions que nous avons précédemment établies. Nous avons distingué l'ordre logique des idées de leur ordre d'acquisition. Dans le premier , une idée est la condition logique d'une autre idée lorsqu'elle l'explique; dans le second, une idée est la condition chronologique d'une autre idée lorsqu'elle natt dans l'esprit bumain avant elle. Or js dis que, dans la question qui nous occupe ,^ l'idée de la justice , l'idée de la loi morale , violée ou aceomplie, est : 1° la condition logique de l'idée dit mérite ou du démérite qui aaa» elle est incompréhensible et inadmissible ; 2" Tantéoédent , la condition chronologique de l'acquisition de l'idéedu mérite on du démérite, qui certes jamais ne naîtrait dans l'esprit, ■i préalablement n'était donnée l'idée du juste et dé rînjusle. Or Locke , après avoir confondu souvent ,

a eooti d« pbilo-

tfMsat août l'avori v« , la condition to^iiqae d'une idde atec m eondition efaroDolagifgiia , confmid ici à U tbb la c<nidi^(m logique et chronelogtque d'vne idée avec ceiie même idée , et même avec une cwwé- <]uenoe de cMIe idée ; car tldée de peine et de réeompente u'eet qu'ime coosëqueBoe de Hdée du mérite et du démérite. qui( i son tour, n'eM qu'oue conséquence de l'idée du bien et du mal , du juste et de l'injaste , qui eit ici le principe «upréme au delà duquel il est inpQwible de remonter. Ainai , au lieu de' poser d'abordl'idée du bien et du mal, puis celle du mérite et du démérite, puis celle de la peine et de la récompflDM, c'est ta récompense ou la punition, c'est-i-dire le plaisir ou la douleur qui en résulte , qui , suivant Locke, est le fondement du bien et du mal et de la r«etitDde morale des actions.

livre 11 , cbap. xiviii , g S. C« qut e'itt qvu biat H mai moraJ. — i Le bien et le mal n'est que le

< plaisir ou la douleur, ou bien ce qui est l'oCcttston 1 mi la cause du plaisir ou de la douleur que nous * «autans. Par conséquent , le bien et le ipal , conû- I déré moralement , n'est antre cboso que la coubr- 1 mité ou l'opposition qui se trouve entre nos actions t volontaires et une certaine loi ; coaforaiité etoppo- ( sitioo qoi nous attire du bien ou du mal par In

< volonté et la puissance du législateur ; et ce bien et ) ce mal qui n'est autre chose que le plaiur on la t douleur , qui , par la détermination du législateor ,

< accompagnent l'observation ou la violauon de la loi,

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tUCTlfcllE LIÇO:<. ST

< c*Mte«qaeB<MKafipeloaBréooBipeMe«tpwutHa. I De là , Lotka disUago» trois lois ou règles, savoir :

b loidiTiiie, la loi cinle, laloid'opDioQoader^tilalion.

Ibid., g 7. < Lorsque les hommes rapporleot l«iin « «GtioDS à la premiëm de ces lois , ils jugent par li I ei ce soot des péchés ou des devoirs. Lorsqu'ils las f rapportent 4 la seconde, ils jugent si elles sont c crioiinelles ou innocentes; et à la troisièoie, ils

■ jugent si ce sont des vertus ou des vices, i Jbid.,^H. t Première loi ; loi divine, règle ce qui

4 est péché ou devoir.

I Premièrement , |>ar la loi divine , j'entends celle

< loi qne Dien a prescrite aux hommes pour 6tre b t règle de leurs aotiens , soit qu'elle leur ait été noti- I Sée par la lumière de la nature, ou par voie de I révélation. Jo ne pense jias qu'il y ait d'homme

< assez grossier pour nier qne Dieu ait donné une

< teUe rè^e, par laquelle les hommes devraient se ( conduire. H a droilde le faire , puisque nous sommes ( set créatures. D'ailleurs , sa bonté et sa sagesse le f portent à diriger nos actions «ers ce qu'il ; a de

< meilleur, et il a le pouvoir de nous y obliger par

< desrécDmpeosesetdespunilionsd'uopoidaetd'unt! « dorée inboie dans une autre vie ; car pertoone ne

■ peut nous enleverde ses mains. C'est la seule pierre I de touche par ou l'on peut juger de la reclilude

< morale ; et c'est en comparant leurs actions à cette 1 loi que les hommes jugent du plus grand bien on

i^Googk

s* BISTMRE U! LA PmLOHPBlE.

« in plus grand mal moral qa'ellM renfemeot, c'eil- € i-dire si , eo qoalité de deroira on de péchés , elles < penvent leur procurer du booheur ou du malheur t de la part dn Tout-Puisiant. >

VmU donc les peines et les récompenses de l'antre vie déclarées la seule pierre de touche , la seule mesure de la rectitude de nos actions. Hais, snpposeï que la loi que Ken nous a donnée ne fût pas juste en elle-même , indépendamment des peines ou des récompenses qui y sont attachées, l'acte qui l'accomplit ou qui l'enfreint ne serait ni bon ni mauvais en soi , el alors b volonté divine aurait beau avoir attaché i cMlo loi , indifférente en elle-même , et à son accomplisse^ment et à sa violation , les peines et les récompenses les plut séduisantes ou les plus terribles, ces promesse» el ces menaces ne s'adressant qu'à la sensibilité , «ajet du loisir el de b peine , et non ii b raison , eiciteraienlen nous b crainte on l'espérance, non le respect et le sentiment du devoir. Et il ne faut pas dire, comme Locke , que Dieu a le droit de le faire , c'est- A-dire d'établir cette loi, indifférente en elle-même, puisque nous sommes ses créatures; car cela ne veut pas dire autre chose , sinon qu'il est plus fort et que nous sommes tes plus faibles : ce n'est invoquer que le droitde b force («)■ Bn général , cette théorie tend à faire de Dieu un roi arbitraire , à substituer en Dieu

(1) IVaiftfcifon tle Platon, I. I", Argument de l'Eaihr'

;..,Goo^k'

VINGTlfellE LKÇOn. B»

U Tirionté et ta poitsiDce li la raiw» et à la ngene. Cetl nue Ihéodicée des Kns , non de la raiwD , faiW pour det esclaTes et des bète* , non pour dm dtrm iotetligenls et libres.

§ 9. La loi civile e>l la règle du crime et de Finnoeenee. -— < En second lieu la loi civile , qui ecr établie

< par la société ponr diriger les actions de ceux qoi I en foDl partie, estuneanire règle à laqadle lei

< hommes rapportent leurs actions pour juger si elle*

< lonl criminelle« ou non. Personne ne méprise cetto

< loi ; car les peines et les récompenses qui lui don- ( nent du poids sont toujours prêtes et preporlionnéea

< à la puiisance d'où celte loi émane, c'est-à-dire k

< la force même de la société , qui est engagée à dé- 1 fendre la Tie, la liberté et tes biens de ceux qui ( vivent oonfonnément à la loi, elqni a le pouvoir I d'Mer, à ceux qui la violent, la vie, la liberté ou ■ les biens ; ce qui est le chAtimenI des offenses corn*

< misescontre cette l(û. i

Assurément la société a cedroit; ce droit est même un devoir pour elle; mais à une condition, à cette condition que les lois «[u'elle fera soient justes ; car snpposeï que la loi qu'établit la société soit injuste . la violation de cette loi cesse d'être injuste , et alors h punition d'un acte non injuste qui a transgressé une injuste loi est elle-tnéme une injustice. Otei , je le répète, la légitimité et la justice préalable de la loi , voua déimiseï la justice et la légitimité de la peitoe. La pmè perd tout caraeière de monlit^ , et ne gaid»

flm qw criii i'aM force paremeol pbyilqiie qw na Munit èlre . Gopunft l'a U'MiieD m Habbea , tro^i redouuJlle, Irop abtoliie, puiaqu'elle oe peul enb- «Mer M ne H fait obaeirer que pir la crainte qu'dle inapirt.

g 10. La loi (lAtfiHapAi^Kc etl la nenire dw stM tt 4$ la x«rM- — < 11 ; a en troiaièrae lien la toi d'opi> t Dtoù «H de réputaiiou. On piélend et on sappose

* par toat le monde que lea mots de \erva et de tIco

< lignifient des acliuns bonnes et mauvniiei de leur I nature; et, tant qu'iUaanl tellement ^iptiquéa en I ce >eu , la vertu a'aooorde parfaitemenl avec ta lot

< divine dont je viens de parler ; et le vice est tout 1

* bit la même cttoie que c« qui e«t ctmtraire à cMto « l(u. Hais quelles que soient les prétentions dea ( hommes sar cet article , il est visible que ces mola t de vertu et de vice, oonudéràt dans les; applications

■ particnlières qu'on en fait panni tes diverses nations t et les différentes sociétés d'hommes répandus aur

< la terre , sont constamment et uniquement ettrilméa

• i tdies OH telles aotions , qui , danscttaque pays et f dana chaque société, sont réputées honorables et

■ honiMiies. Et il ne faut pas trouver étrange que les A biHDmes en oaent ainn, je veux dise que par tout

< le monde ils donnent le nom de vertu aui aetiona

• qui , parmi eux , sont jugées dignes de louange* , et

< qta'ils appellent vice tout ce qui leur parait digne « debUme; car autrement ils secondamneraieMeus- « mtam s'ils jugeaient qu'une chose est bonne et

;..,Goo^k

VMbTIBHB LE^:C. «1

[ jail«, Mni t'accompagaer d'aucaue marque d'ei-

[ Ume, et qu'une autre ett manvaiie, NosyatUchw

I aneone idée de blIoiB. Ainii la meiura de ce qu'oa

■ appelle vertu et *ice, et qui patte ponr tel dan* tout I lemoode, c'est cette approbation ou ce méprit, I cette estime on ce blâme, qui t'établil par un leeret I et tacite conseniement en différentes sociétés et I assemblées d'hommes, par où différentes actions I sont ettiraées ou méprisées parmi eux , selon le ju{;e- I ment , les maximes et les coulâmes de clui(|ae lieu ;

■ car , quoique les hommes réunis en sociétés pditi- I qoes aient résigné entre les mains du public la ditr

■ posiiioD de toutes leurs forces , de sorte qu'ils 04 I peuvent pas les employer contre aucun de leurs ( concito]'ens au delà de ce qui est permis par la loi

■ du pays , ils retiennent toujoars b puissance de I penser bien ou mal , d'approuver on détappiwiTer

■ les actions de ceux arec qui ils vivent et entretien- I nent quelque liaison ; et c'est par cette api^obatioa

■ et eeUe désapprobation qu'ils établissent parmi eu • ce à quoi ils donnertml les noms de venu et de i vice. »

9 il. I Que ce soit Ik la mesure ordinaire de ce

I qu'on nomme verin et vice , c'est ce qui paraîtra à

I quiconque considérera que , quoique ce qui passe

■ pour vice dans un pays soit regardé dans un autre I comme uoe vertu , ou du moins comme une action

■ indifférente , cependant la vertu et la loeango , le I vice et leblâmevoDlpartODtde compagnie. >

SI BISTOIBE DE LA HDLOUI'BiE.

Sur quoi Locke cite tonte l'antiquiié païenne qui «xcita toujours à la vertu par l'appât de la gloire. Il dte même un passage de samt Paul , qu'il force et détourne de son seos naturel pour arriver à cette conclution , qu'il n'y a d'>ub« mesure de la vertu que la bonne ou la mauvaise renommée. Ltseï aussi le g 12 : Ce qui dimnt de la force à ceUe loi , e'tit la louange et le bldtne.

Hais TOUS cmiceTez qu'il en est de l'opinion , de la loi prétendue philosophique , comme il en est des châtiments publics ou de la loi civile , comme il en est des châtiments de l'autre vie ou de la loi divine. Supposez que la vertu ne soit pas vertu par elle-mënie , et que ce soit la louange et l'approbation qui la rateenl telle , il est clair qu'il n'y a pins de morale , il n'y a plus de loi , il n'y a plus que des coutumes arbitraires, locales, passagères : il n'y a plus que la mode et l'opioion. Or, ou l'opinion n'est qu'un bruit mensonger, ou die est le retentissement de la conscience puUique, et alors elle est un elTet et non pas ane cause ; sa légitimité et sa force résident dans l'énergie du sentiment du bien et dn mal. Hais élever l'effet au rang de la cause , asseoir le bien et le mal sur l'opinion seule , c'est détruire le bien et le mal , déunturer et corrompre la vertu en lui donnant pour ressort la crainte; c'est l^ire des courtisans, non des hommes vertueux. La popularité est la chose la plus douce qu'il y ait an monde, mais quand elle est le reOet de notre propre conscience, et non la rançon de la complaisance; quand

.i.i=t;..,Goo^k

TlNGVlklIE LE^K. U

eHeett acquise par Hue mite d'aeletvrairaentvertiiMiK, par la conUaoce à sod caractère, la fidélité à ce* prindpes et à set amis dans le service commun de la pairie. La gloire est la couronne , non le TondeBieitt de la vertu. Le devoir ne se mesure pas à la réeompeuse. Sans doute il est plus facile à accompUr sur un théilre aux applaudissements de U foule ; mais il ne décroît pas dans l'ombre , il ne péril pas dan* l'ignominie ; là , comme ailleurs , il reste identique à luimême , inviolable et obligatoire.

Ma conclusion , que je ramène sang cesse , est qu'ici Locke prend évidemment la conséquence pour te principe, l'effet pour la cause. Et remarquée queceti» confusion est une nécessité du système de Locke. Ce système n'admet aucune idée qui ne vienne par la réflexion ou par ta sensation. La réflexion n'étant pas ici de mise , c'est à la sensation que l..ocke s'adresse ; et la sensation ne pouvant expliquer l'idée que tes. hommes ont du bien et du mal, il s'agissait de trouver une idée pins ou moins semblable à celle-là , qui pAt eatrer dans l'entendement humain par la porte de la •ensation , et tenir la place de la première. Or cette idée , c'est celle de la peine et de la récompense , qui K résout dans celle de la crainte et de la récompense , dn plaiur et de la douleur, du tninheur et du mal' iienr, et en général de l'utile. Ekicore une fois, cette confusion était nâcegsaire au système de Locke « et elle le sauve; mats, cette confusion dissipée, et les faits rétablis dans leur vdenr réelle et leur

a« BISTOUE DE Lï Mlt,OB0t>aiE.

arin véritabte, c'en ett hit do «yatiine de Locke.

V<Hli donc, meMieura, oùnoiuen «ommes. Locke a Éprot]<ré ton eystëroe sur un certain nombre d'idées particulières, ssmir: l'idée de l'e«pace, l'idée de l'infini, l'idée du temps, IHdée de l'identité personnelle, l'idée de le substance, l'idée de la cause, l'idée do bien et dA mal, s'imposant la loi d'expliquer toutes ces idées JMr la se n sation et pariarétlesion. NousaTOnBBuiviLockesar Ion cespobtsqu'ilalui-mémecfaoisis-.el, sur tons ces points.uoeiamenatteniirnousa démon tréqu'onnepeitt sipliquer aucune de ces idées par b sensation on par la réflexion, qu'à la condition de méconnaître entière* nent les caractères réels dont ces idées sont asjourd'bui marquées dans l'entendement de tons lea bommea , et de confondre à l'aide de cette altéradon ces idées avec d'autres idées qui leor sont ploa OQ moins iniimBment unies , mais qui ne sont pointdks, xftc des idées qui les précédent , mais ne lea CMSti* tuait pas, ou qui tes suivent , et ne les c pas davantage , comme les idées de corps , cession, de nombre, des phénomènes de la c et de la mémoire , de colleciion et de toulilé , de la récompense et de la peine, de la douleur et du plaisir. Ori sans doute, lii sensation el la réflexion eipliqaeiu ces dernières idées; mais cet idées ne sont point celles qu'il s'agissait d'expliquer , et le sjstème de Locke est par li convaincu de ne pouvoir expliquer toutes les idées qui sont dans l'entendement humain.

Les théories que nous avons exposées et disculées

reiDpliweiii \et Irais qnarU da Mcond Une de VEuai tur l'EntendtmttU Awnsin. Locke n'a plus que des généralisations à tirer ; il n'a plus qu'à faire voir eommeat les idées que nous avons parconnies , et tontes les idées analogues , étant fournies par la seatatioB oa par la réflexion , on peut sur ces bases élever l'édiBce entier de t'entendement humain. De noire c4té, h plue imporianie partie de notre Uche est acconi|die. L'eipoûiiou des bases du système de Locke devait être accompagnée d'une discussion approrondie. Aajourd'hui que ces ba»es sont renversées , non* pouvons aller plus vite ; il suffira de vous rendre un compU rapide de la dernière partie de ce secmd livre , et de vous en retracer les propositions principales en les éclairant de quelques réQexioiu.

Locke appelle en géaéral idées simples toutes lee idéee qui dérivent immédiatement de ceedeux sources, la sensation et )a réflexirai. Les idées simples sont les élémenls avec lesquels nous fwmang toutes les antre* idées. Locke appelle idées composées, idées com- {deses , celles que nous formons ultérieurement de la combmaison des idées «mples et primitives ; de telle sorte que tout le développement et le jeu de l'entendement humain se réduit a acquérir immédiaifiaient par les sens ou la réflexion un certain nombre d'idées simples que Locke croit avoir déterminées, puis à former de ces matériaux, par voie de composition et d'association , des idées complexes ; puis à former encore de ces idées complexes des idées plus

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C« HISTOIBE DE L4 PH1L060PBIB.

complexes qae les premières , et tonjonn ainsi , jusqa'à ce qu'on épuise toutes les idées qui soot dans rentendement humain (t).

Je dois relever ici une erreur d'idée ou de mot, comme il tous plaira.

Il n'est pat vrai, messieurs, que nous commencions par les idées simples et qu'ensuite nous allions aux idées complexes: au contraire, noos commençons par les idées complexes , puis des idées complexes nous allons aux idées simples : et le procédé de l'esprit humain dans l'acquisition des idées est présicément inverse de celui que I«cke lai assigne. Toutes nos premières idées sont des idées complexes , par une raison évidente , c'est que toutes nos facultés , ou du moins un grand nombre de nos facultés, entrent i b fois en exercice : leur action simultanée nous donne en même temps un certain nombre d'idées liées entre elles et qui forment un tout. Par exemple, l'idée du monde extérieur qui nous est donnée si vile , si prochainement dans l'ordre d'acquisition de nos idées, est nne idée très-complexe qui renferme une multitude d'idées. H y a l'idée des qualités secondes des objets eilérieurs i il y a l'idée de leurs qualités premières ; il y a l'idée de la réalité permanente de quelque chose à quoi vous rapportez ces qualités, savoir, le corps, la matière; il y a l'idée de l'espace, qui renferme le corps; il y a l'idée du temps , dans lequel s'accomplissent ses

(1) UT.ll,th«p. Il et XII.

TINCTIfen LEÇON. Bl

diOKrenU moDvementa , etc. Et croyei-Toui que voua ayez d'abord isoléineDt l'idée deiqualités preraiÈrei et des qualités secondes, puis l'idéedu injet de ces qualités, puis l'idée du temps, puis l'idée de l'espace t Point du tout, mesaieun; c'est simultanément , ou presque simultanément, que vous acquérez toutes ces idées. De plus, TOUS neles avez pas sang savoir que tous les avez; vous avez la convictjondetes avoir. Or la conviction de lesaroirimpliqQepour VOUE l'exercice de la consetence; et la conscience implique un certain degré d'attention, c'est-ï^ire de volonté ; elle implique aussi la croyance à TOtre existence propre , au moi réel et gobslanttel que vous êtes. Ea un mot, vous avez d'abord une foale d'idées qui vous sont données l'one dans l'autre , el toutes vos idées primitives sont des idées complexes. Elles sont complexes encore par une autre raison; c'est qu'elles sont particulières et concrètes , comme ' je l'ai fait voir dans la dernière leçon. Vient ensuite l'abstraction qui, s'ajoulant à ces données primitives . complexes , concrètes et particulières , sépare ce que la nature vous avait donné réuni et simultané , et considère isolément chacune des parties du tout. Cette partie isolée da tout, cette idée détachée du sein du tableau total des idées primitives, devient une idée abstraite et simple jusqu'à ce qu'une abstraction plus savante et plus profonde fasse sur cette prétendue idée simple ce qu'elle a déjà fait sur l'ensemble des idées antérieures, la décompose, en fasse sortir plusieurs auU%s idées qu'elle considère isolément , abs-

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as aiSTOiaE de la put losophie.

traciivemeot les iinei de* autres ; jusqu'à ce qu'enfin, de décomposition en décompotitioD , l'abelraction et l'analyse arrivent à des idées teUemeat simples , qu'on ne suppose plus qu'elles soient décomposables. Plus, une idée a de simplicité , plus elle a de généralité ; plus une idée est abstraite , plus elle a d'étendue. Nous débototts par te concret , et nous allons à l'abstrait ; nonsdébulong par le déterminé et le particulier pour aller au simple et au général. La marche de' l'eniendement est donc , comme je vous l'ai dit, tout il fait inverse de celle que Locke lui impute. Je dois rendre celte justice à l'école de Locke , qu'elle n'a pas laissé subsister dans l'analyse de realeudement une erreur aussi grave , el que déjà Condillac avait restitué le véritable procédé de l'esprit Lumaln.

Il [t'en a pas été ainsi d'une autre opinion de Locke mêlée à celle-lii, savoir , que l'esprit est passif dans l'acquisition des idées nmples , et actif dans celle desidées complexes (t). Sans doute l'esprit est plus actif;, sou activité est plus facile à saisir dans rabsiraction et la formation des idées générales {c'est là ce qu'il faut entendre par les idées complexes de Locke) ; mai» il est actif aussi dans l'acquisition des idées pariicaliëres (idées simples de Locke) , car là encore il y a Gtmscience , et la conscience suppose l'attention , la volonté, l'activité. L'esprit est actif toutes les foi» qu'il pense ; il ne pense pas toujours, comme Lock*

(1) Li*.ll,(hi|i.ii,S!)5icl

[ LIfOH. «S

l'a trèf'bieii tu (i) ; mais toutes lei fois qu'il penie, et il pense usorément dans l'acquisition des idées jiartîeulîères, il est actif. Locke STsit trop diminué l'inlerveDlioD de l'activité de l'àme; loin de l'étendre, nous verrons qne l'école de Locke l'a encore bien diminuée.

Toutes les idées sont obtenues , ou supposées obtenues: leur mécanisme a été décrit, constaté. 11 ne reste plus qu'à rachercber leurs caractères les plus généraux. Locke les divise en idées claires et distinctes et en idées obscures et confuses (i), en idées réelles et chimériques (s), en idées complètes et incomplètes {*), en idées vraies et en fausses (s). C'est dans ce dernier cbapilre qne se trouve celte remarque , depuis tant répétée , qu'il la rigueur toutes nos idées sont vraies , et que l'erreur ne tombe pas sur l'idée considérée en elle-même ; car , quand même vous avez l'idée d'une chose qui n'existe pas, l'idée d'un ccnlaure, d'une chinnère, il n'est pas moins vrai que vous avez l'idée que vous avez ; seulement cette idée , que vous avei très -réel le ment , qui est incontestablement dans l'entendement humain , manque d'un objet réellement existant dans la nature ; mais l'idée en elle-même n'est pas moins vraie. L'erreur tombe donc, DOn sur

11) Liv.ll,ciiap. i,S1S-10.

<3j Jbid., chap. iiix.

(3) Ibld., chap. II.

14) Jbid., chap. III.

(5j /Ui/.,cbap. iiii.

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