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Le méchant, l'homme du mal, ne saurait être raisonnablement un objet de sympatliie. Il doit être désapprouvé , évité et même repoussé. Tempérez , modérez , retenez dans Tordre et dans le vrai cette aversion qu'il vous inspire, que votre sévérité soit équitable, paternelle même s'il y a lieu ; et , conservant jusqu'au bout l'espoir de le ramener, n'oubliez jamais qu'il est votre semblable , que vous êtes faible comme lui , et que vous avez aussi besoin d'indulgence et de pardon ; soyez donc charitable même dans votre indignation ; mais encore une fois n'approuvez pas eelui qu'il est sage de blâmer ; n'aimez pas quand il faut haïr ; faites justice , et n'ayez pas pour le bien et pour le mal même affection et même inclination. *
Malheureusement encore, dans l'humanité il y a le laid comme il y a le beau. Des âmes en effet se rencontrent qui, inertes à l'excès ou d'une effrénée activité , font si peu ou si mal pour la fin qu'elles doivent atteindre, qu'à des degrés différens et avec des nuances variées , elles offrent sous toutes les formes l'image du laid moral. Je ne dirai rien de celles que la foUe dégrade et abrutit jusqu'à la stupidité de l'idiotisme ou jusqu'aux transports de la fureur ; à elles pitié, soins dévoués, profonde et triste sympathie pour le malheur qui les afflige; en présence de telles misères , le dégoût qu'elles
pourraient exciter doit se perdre et se perd pour tout cœur compatissant dans un sentiment plus élevé qui porte à les adoucir , et , s'il se peut , à les Êaiire cesser. Mais, parmi les mauvaises âmes, il en est que le ?ice a conduites jusqu'à la bassesse , jusqu'à la turpitude , jusqu'à la plus infâme monstruosité ; l'enfance peut-être n'en compte pas ; j'aime à le croire , et je .me persuaderais mal qu'à cet âge , tout d'innocence , il y ait jamais des exemples d'une si complète corruption. Mais il n'en est pas de même plus tard , et trop souyent des femmes , qui auraient dû vivre pour l'honneur et le charme de leur famille, pour ces vertus douces et décentes, dont la pratique leur; siérait si bien , profanées , flétries, chargées de honte ^ de souillures et quelquefois de crimes, se présentent à nos yeux avec une hideuse moralité. De même des hommes, qui étaient appelés à remplir dans la vie une belle et digne mission , mettant tout en oubli , perfides et lâches sans remords , cruels sans pitié , sans éclat ni courage , bassement traîtres à leur patrie , à leurs amis , à leur Dieu; meurtriers par cupidité et par tous les motifs les plus vils , offrent à nos yeux le spectacle d'une effroyable laideur morale. Eh bien ! en présence de tels tableaux faudra-t-il que nous étoufHons tout sentiment d'éloignement, de dégoût et de répugnance, et que nous restions indifférens à tant d'ignomi- III. 8
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nie ? non certes ; et nous devons , sauf ce qu'il convient toujours d'apporter de tempérament à de pareilles dispositions, n'éprouver que tristesse, peine amère et horreur, à la vue d'êtres moraux si hideusement pervertis. Je Fai dit en parlant de la nature; le laid nous fait ohstacle, mais c'est surtout le laid moral ; il attriste et afflige l'âme ; il pourrait par contagion la flétrir et la ' corrompre. Il faut qu'elle s'en sépare vivement. Il ne serait pas bon que nous eussions sans cesse le spectacle des bassesses et des hontes de l'huma* nité ; ce pourrait être un exemple à gagner la la faiblesse , et la vertu elle-même n'y résisterait jamais qu'avec tristesse et découragement
Après avoir montré quelle doit être notre sensibilité à l'égard de Thomme et de la nature , il ne me reste plus qu'à voir ce qu'elle doit être à l'égard de Dieu.
Ici tout est bien , tout est beau ; Dieu est l'absolue perfection. Le mal et le laid en général ne sont que la limitation ou la perversion de forces qui manquent leur destinée par impuissance ou dérèglement ; le mal et le laid dans la création n'ont pas une autre raison , mais Dieu ! lui l'infini , l'ordre lui-même en son essence, quelles bornes ou quels écarts concevoir à son action ? Un Dieu mauvais et hideux ne serait qu'un £ekux Dieu , ne serait pas un Dieu , mais seulement uae imperfection de l'homme ou de la nature divi-
nisée et placée au ciel. Le irrai Bieu' est l>oii et beau ; boa et beau tout à la fois , eu toute chose et toujours ; bon et beau en un seul attribut , à la difi^rence des créatures qui peuvent être l'un sans être l'autre » et aller jusqu'au bien sans s'élerer jusqu'au beau. Dieu, qui est accompli, n'a pas la bonté sans la beauté , il ne les a pas comme deux degrés d'une vertu plus ou moins grande , mais comme une seule et même excei- Ifflice, suprême et sans limites.
Par conséquent, à la pensée de Dieu, nous d^ ¥ons du fond de notre âme , recueillaiit et rMseml^Umt toutes nos ^sicultés d'aimer , les concentrant pour les fortifier , les exaltant jusqu'à l'idéal , lui en faire un amour à lui, qui, plus saint et plus complet que celui de la nature et celui de l'humanité, que d'ailleurs il ccmtient , soit vraiment difne de l'objet auquel nous l'adressons. Nous deroûs , pleins des mervmlles de cette inefiiadble existence , et sous l'éclat des rayons de sa divine majesté , laisser fondre notre cœur en d'infinie^ extases et s'abîmer dans une profcmde et indicible adoration. Gomme à notre père , et à notre providence, comme au créateur qui. nous a donné, nous conserve la vie , et la méioage incessamment par les bienfaits dont il la comble et les épreuves dont il la sème , dams un but de progrès, d'amélioration et de bonheur; comme à la loi de notre destination , comme au l])ieu de l'homme en un
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iBOi , nous lui deyons sans mesure filialité , reconnaissance , confiance et soumission. C'est le bon Dieu dans toute la simplicité e€ toute la profondeur du mot t celui que sentent si bien et auquel recourent si fidèlement toutes les âmes naïves; le petit enfant qui vient à lui et la prie avec innocence; la jeune fille qui en fait son ange, sa garde et son appui ; la pauvre femme qui dans sa misère, sure de lui , se fie à lui , se résigne et se console. Que leur religion soit la nôtre; qu'elle en ait Fabandon , la pureté , la ferveur ; qu'elle en ait la foi pieuse^ l'espéranee fortifiante et tous ces saints élans du cœur , qui , comme autant d'aspirations à la force des forces , soutiennent rhomtne dans ses faiblesses , le relèvent » lui donnent puissance , le portent et rengagent à la vertu. Puis c'est le Dieu de la nature; le géomètre et le poète de ces mondes innombrables qui roulent dans l'espace avec une si exacte à la fois et isi brillante harmonie; le savant qui parie aux savans dans les lois de l'univers ^ une langue que toutes leurs langues ne sauraient égaler , et dont elles ne reproduisent à grand'peine que quelques lambeaux détachés et quelques formules incomplètes ; l'artiste qui fait les. artistes et leur donne modèle ; qui multiplie à leur intention avec une si riche variété , les formes et les couleurs , les sons et les mouvemens; les distribue et les ordonne avec une si exquise perfection dans tant
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-d'espèces de miiiéraux , de , végétaux; et d'animaux ; ^uiiMt eonooiiirir le tout m cette suite de tableaux et de s^iie&,adH)ira^les dont se compo^ iucessamuieut le grand drame de la créaiuMi:; puj3 qui dit ^ .ses ^lus dans ces expressions mystérieuses qu'eux seuls entende^ « i^W, qu'ils n'entendent pas en vain : voilà de quoi être poètes ; soyez-le donc vous qu^ j'ai appelés ; soyez-le par la parole , par le pinceau, par le ciseau , par tons les divers instrumens que je remets en vos mains. — Oh ! en vérité , avec de telles idées, qui ne serait pas touché' de; Diem ? qui n'en serait pas bienheureux ? qoi n'en aurait pas i'innneiÉBe amour et le désir infini? quine tombéirisit pas devant lui dans une religieuse adora* tion?
Telle doit être notre sensi'bilîté dans son rapport avec le créateur. '
Maintenant enmerésuind^t;j)3 dirai que cette fkeulté a pour légitime ' destination de régler tous ses mouvemens d^attràit ou d'aversion sur la ▼raie valeur des choses, c'c^ét-à-^dire sur la vraSe valeur' dès biens o^ des maut auxquels elle se rapportJe; de '«e diriger par éonséqueht d'après une juste a)ypréciàtk)nde ces biens et de ces miiux, ou, ce qui revienlt à la même chose, diaprés la sagesse qui n'est que la science des divers biens et dès-divers maux.
D'où l'on voit comment la sensibilité dépend
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de l'întelligence , et ne peut se perfectionner que par le perfectionifement de l'intelligence.
D*où l'on voit aussi comment elle appelle le concours de la liberté , sans laquelle nous n'aurions ni le gouvernement de nos opinions ni par suite celui de nos passions.
SECTION in.
Du bien rdatif.à la liberlé. '
Après avoir essayé de déteradaer le but et le rôle de Tintelligenoe , le but et le rôle de la a^naibiliiédans le développement de notre uaiure, je dois me proposer la même question au sujet de la liberté.
n fout avant tout que je me ftlieite , et plus d'une fois encore je me féliciterai de n'être arrivé à la mor^e qu'après et par la psychologie. Grâce à cette méthode et à cet ordre, je n'ai plus aujourd'hui à m'ocouper de savoir ce qu'est rhQmme; c'est là im point établi; je n'ai qu'a chercher ce qu'il doit être, en partatit dei ce qu'il est. Que de difficultés je m'épargne ^si ^ que de solutions préparées ! que de vcnes tout ouvertes , où il n'y a plus qu'à marcher! et, par exemple , au moment où je vais traiter de l'usage et de la fin de la liberté , quelle facilité n'est-ce pas pour moi que d!en avoir an préalable fini avec toutes
les questions do^ la nature de celle faculté est le sajet ordinaire.
B*après ce que j'en ai dit en psychologie , je puis maintenant la prendre pour connue et pour accordée « et en traiter euf moraliste , après l'avoir exjdiquëe en métaphysicimi.
Quelle est donc la £tn de la liberté ?
La liberté, je le rappelle, consiste à se fOBêé^ der, à délikérer, à eeuiair, et enfin à exécuter. S'il en est ainsi , que doitfilen être des differens actes qui lui sont {propres ? Sont-âs étrangers , inutiles ou même mauvais au bien de l'homme ? Faut-il s'y livrer ou s'en abstenir ?s?y appliquer ou les négliger? Quel cara<Hère ont-Us? et pxmrtout dire en un mot, à quoi bon la liberté ? Je ferai d'abord la remarque qu'il en est de cette faculté comme de la sensibilité .et de l'intelligence ; Bieu ne nous l^a pas donnée en vain. Puisque nous l'avons^ iK>iis devons l'avoir, et il sersât oontradieloire ^'ellq fât dans noU*e constitution et qu'elle ne Mt pas dans notre de^nation. Gréés libres , c'est pour être libres ; notre loi ne saurait donc être -àe négliger , de combattre , de détruire en nous la liberté , de nous réduire à la fiaitalité, et de ^an* ger ainsi notre vie d'homme contre celle de la brute et de la plante. Il y a plus de conséquence dans les plans de la Divinité. Ce qu'elle fait nécessaire, doit être nécessaire ; ce qu'elle fait libre, d(^ être libre.
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^Qvte m à oette eonsidéfation de pure m^physiqueon veut joindre quelques observationls ifcirées de ^expérience , n'e»^*il pas< évident qu'en quelque* genre que ee soit, le bien qui â':aceoraplit n'a caractère de moralité, ou, ce qui est Itfméme chose, de véritable. inimaiiité, qu'autant qu'il procède d'un actie librement voulu. Il noué arrive fréquemment d'être assez favorisés des hommes ou de la nature pour parvenir , sans qu'il y .ait de notr'O.part oo9»(eil ^rpréviisîoii, à certains résultats qui sont' bons et heureux. Alors, sans doute, nous avons agi; mais comme nous n'avons ni déterminé ni dirigé notre activité, qu'eUe a été excitée, développée et conduite par des raiséns que nous ignorons , que nous avons simplement cédé à des impulsions instinctives, nous n'avons pas plus de valeur monde que toutes les choses qui viennent à bien sous la loi de la nécessité ; notre excellenee. n'est pas de la Vertu , nos perfections des mérites , ce ne sont que des faveurs et de purs avantages de fortune. Ainsi lés dons, comme on dit, de l'esprit et du cœur; la santé et la richesse ; une heureuse condition , . sociale et politique; voilà, certes, autant d'élémeos d'une bonne et douce destinée. Hais s'il ne s'y mêle aucune moralité, c'est-à-dire aucune liberté, que rien n'y soit que lé fruit des circonstances extérieures ou d'un instinct privilégié, il n'y a pas à en faire plus d'estime que des qualités pré-
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cî^ises dont la nature dans sa libéralité revêt et onm son doinaine; que de l)a fertilité de là terre , de la pureté du ciel ^ delà sahibrité du climat : tout yiest l'œiivrède la Providence, tout y est gràee d'en haut; la vraie grandeur de Thoaime , la liberté n'y paraît pas; D^autre ' part , qu^les vertus trouverez-'^ousi aans,.Ubre effort ? Le travail de la pensée?; 1a science PFàrt ? TéloqùëDce ? Ibws demandee^donc au savant j au poèici eft à l'orateur, déifuelprixils ont payé ces hauts dé- ▼éloppemens d'intelligence aklxquds ils sont parv^aus ; par quelle longue éducation , au imlieu de quelles difficultés , de quels conptbatâetde quelles déÊdtèS) de quels aediblemens et de quels dégpouts, ils ont Ibrmé leur géni^ demandez-leur s'iLnelMir n pas fallu une âmé Sorteet patiente pour soutenir de teUes: épreuves ,^ et où ils en seraient i, s'ils •'étaient ' abnudionné»^ et n'avaient eu sur euxmêmes^ qu'un empire incertain ? Parlexr^vous jde la bonne condùste eft du ménagement des^afiecytiofus '? Mais comidea|L né pas y reoonnaître la^ |Jrésence de cette>faculté qui noiudonae le pouvioir de nous cointenir et de noust abstenir, ^ de' chercher la aagesse, et par la sagesse: làirègle et le gbitverneinent de<la sensibilité ? Quel^triompheun peu se* rieux oblenons^nou»suFno(tr)Bceeur)it|«i ne nous eoûte desréâstancesvdes dé^iremens douloureux, un «xercioe pénibieide eouragei et de patieiien? 8^agit41 de la prudence qui veille au boqpset aux