CHAPITRE n
su BIÊX DB L'AMB COMBIDÈWLÈM SANS tOM BAVPOmT AVBO UiMATUaB.
SECTION L Du bien de rame dans son rapport avec le corps.
L*AME a des rapports avec la nature ; je ne m'arrêterai pas à le montrer ; ce serait répéter une explication qui a été donnée en psychologie, et revenir sur un fait qu'il ne s'agit plus de reconnaître , mais seulement de considérer dans ses conséquences morales.
L'âme a des rapports avec la nature ; que s'ensuit-il au sujet de la destination qu'elle a à remplir? que se doit-elle comme force en relation avec les forces physiques ? quel est son but au sein du monde ?
Et comme avant tout au sein du monde, elle est liée , par les relations les plus intimes et les plus étroites, avec cette portion de matière qu'elle ap-
pelle son corps , quel est d'abord son but dans ses relations avec le corps ?
Le corps lui est un moyen de sensations et de mouvement : de sensations, c'est évident, puisque, du moins ici-bas , elle ne reçoit pas une impression qui ne lui vienne par quelque organe. Mais les sensations ne vont pas seules , et elle les a à peine en sa conscience, qu'excitée à se développer d'après le| lois qui lui sont propres, elle juge des choses sensibles, de leurs qualités et de leurs rap** ports , tire des conclusions de ces données , va du connu à l'inconnu , conçoit l'invisible par le visi* ble , et devine ainsi sous les phénomènes qu'elle perçoit de toute part, tantôt seulement de simples causes, des forces qui manquent d'intelligence ; tantôt des forces qui ont la pensée , l'amour et la liberté. La voilà donc qui , du sanctuaire où la lumière lui est venue , s'ouvre sur tout cet univers mille diverses perspectives , dont la vue l'instruit, lui profite ou la charme; la voilà qui du regard le pénètre et le parcourt , y découvre les saveurs , les sons et les couleurs , les formes et le mouvement , le chaud avec le froid , le rude et le poli, l'étendue en un mot et toutes les propriétés de l'étendue ; elle y compte et y distingue une foule infinie d'êtres, qu'elle compare, ordonne, classe en genres et en espèces pour en mieux retenir l'idée; elle y trouve des règnes , des harmonies entre ces règnes , une loi suprême de ces
harmonies qui les réduit et les fond en un seul et vaste ensemble ; elle reconnaît les terres, les mers^ ci les cieux ; elle s'élance dans l'espace , elle touche à l'infini. Or, Dieu est là , que sans doute elle ne sent ni ne perçoit , mais qu'elle croit par la raison et admet comme la force , qui a l'immenîâté devant elle , et y épanche sans fin, sans faute, ni désordre, tous ces germes de vie, que porte et féconde la création. Ainsi c'est grâce aux sensations et aux organes qui en sont les sièges , que directement ou indirectement elle atteint et conçoit toutes les réalités extérieures depuis le graio de sable jusqu'à l'homme, depuis l'homme jusqu'à Dieu. Les sensations et les organes de moins, elle resterait un esprit , esprit pur et dégagé de tout rapport avec la matière , mais aussi impuissant à rien connaître de la matière et de tout ce qui se révèle par la matière : de telle sorte qu'alors, au lieu d'être appelée à ce granc^ développement d'intelligence dont les objets extérieurs sont la cause déterminante, elle n'aurait plus , si même elle Tavait, que l'exercice incomplet de son intime pensée et de sa conscience solitaire. Au contraire, par les sens elle entre dans une carrière vaste et indéfinie, qui lui permet de mettre en jeu, de déployer et d'employer toutes ses aptitudes intellectuelles.
Et comme on sait que dans leur marche la sensibilité et la liberté suivent le cours de l'intelli-
gence , on comprend que toutes les impressions qui font appel aux idées s'adressent également aux affections et aux déterminations volontaires , et que , de cette manière , elles concourent à l'énergie productive non-seulement d'une faculté, mais de toutes les facultés de l'âme.
Sous ce premier point de vue, le corps est donc bon à l'âme , puisqu'il lui est une occasion et une condition nécessaire d'activité et de progrès.
Mais il lui est encore bon d'une autre façon , et pour un autre usage.
En effet , par les nerfs , les muscles et les os , par toutes les parties enfin dont se composent ses appareils , il se prête admirablement à l'action qu'elle lui imprime ; il la reçoit dans les nerCs qui s'irritent et s'ébranlent , dans les muscles qui se contractent , dans les os qui se déplacent , se relèvent ou s'abaissent, se fléchissent ou se redressent ; il la porte ainsi du cerveau à tous les points de la surface , dans toutes les directions et sur toutes les lignes ; il la traduit par mille mouvemens , les uns saillans et manifestes , les autres secrets et imperceptibles. A ces mouvemens il joint d'autres phénomènes qui concourent à animer cette vivante transmission du sentiment intime , tels que la voix avec la riche variété de ses innombrables modifications , la coloration de la peau, la vivacité du regard , l'air et l'habitude du visage. Ainsi quand tout va bien dans cetlc
machine admirable , Pâme qui la trouve si docile ,' si souple et si précise , qui s'en sert avec tant de bonheur, se l'associant étroitement, se Fassimilant jusqu'à la personnalité, sent aussitôt doubler sa vie, et de nouvelles facultés s'ajouter pour les étendre aux facultés qu'elle a déjà. Elle n'est plus seulement ce moi , qui vit seul avec lui-même, qui par lui-même ne peut rien au sein du monde extérieur ; elle est le moi qui s'est fait chair , le moi fait homme, et comme tel ayant sa part et uneiarge part dans le domaine de la nature. Force morale par la pensée, l'amour et la liberté , elle est force physique par sa puissance sur les organes et leurs fonctions; force morale par elle-même, elle est force physique par accession , et tandis qu'en sa conscience elle agit comme principe d'idées, d'affections et de libres résolutions, dans son corps et par son corps elle agit comme principe de mouvement et de déplacement , d'attraction et de répulsion, décomposition et de décomposition, de transformation, d'animation, en un mot de toute espèce de phénomènes sensibles ; elle s'applique aux opérations minérales , végétales , zoologiques et physiologiques ; elle touche à tout, se mêle à tout ; elle est vraiment de la nature , avec cet avantage singulier, qu'elle n'en est pas, comme ces êtres qui ont le mouvement sans le savoir , la vie sans la sentir , et qui, en faisant œuvre matérielle , ne sont eux-mêmes que matière ; c'est
Bciemment , c'est librement , c'est comme esprit qu'elle matérialise , c'est-à*dire , qu'elle accomplit tout son travail sur la matière.
Les causes purement physiques n'ont en elles ni notion , ni émotion , ni volonté qui président à leurs effets ; elles les réalisent aveuglément , avec indifférence et fatalité. L'âme , au contraire , toujours âme alors même qu'elle agit et fonctionne comme cause physique , ne détermine pas dans les molécules le moindre changement d'état , qu'elle n'y montre son intelligence , sa sensibilité et sa liberté ; en quoi elle triomphe , et à bon droit ; car elle a ainsi deux mondes à elle ^ celui de l'étendue et celui de la pensée , qu'elle gouverne l'un par l'autre , subordonnant et accommodant le premier au second, l'adjoignant au second pour se faire un champ plus vaste , et ouvrir à son activité tout un nouvel ordre de rapports.
Elle ne produit donc pas un mouvement qui ne procède de quelque disposition intime et spiri^ tuelle , qui ne réponde à quelque sentiment , qui ne traduise quelque impression et ne soit une sorte de langage. Mais c'est surtout quand le mouvement est de notre part un objet de conseil et de réflexion , quand nous le déterminons avec connaissance , que nous le dirigeons avec calcul , que nous l'employons aux combinaisons les plus compliquées et les plus savantes; c'est alors sur-
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tout qu'il représente bien tout ce que nous aTons dans la conscience , et devient pour notre pensée une manifestation d'autant plus claire qu'il est plus en notre pouvoir , sous notre conduite et selon nos vues. Or cependant en tout ceci , nous agissons sur des corps et non sur des esprits.
No^s nous adressons à des êtres qui peuvent recevoir nos impulsions , mais non comprendre nos intentions ; nous savons ) en les abordant que nous allons les déplacer , les rapprocher ou les écarter, les diviser ou les unir, etc., mais non leur faire sentir et leur communiquer notre pensée , et nous les traitons en conséquence ; nous les tenons pour des choses et les traitons commodes choses; nous le;s mouvons et ne leur parlons pasfc'est-^dire qtie nous ne cherchons pas à donner à nos idées cette expression sympathique, que nous tâchons de leur imprimer quand nous les destinons à nos semblables; nous ne les rendons pas d'une manière aussi vive et aussi nette ; nous ne les nuançons et ne les analysons pas, nous ne les mettons pas en saillie , comme quand elles doivent devenir sociales et aller de l'homme à l'homme. Mais lorsqu'il s'agit véritablement de parler et de dire , lorsque nous nous proposons sérieusement d'entrer en commerce d'intelligence avec les personnes qui nous entourent, que nous avons, pour nous y déterminer , quelque motif pressant . con-
liction OU passion , notre âme tire du corps un bien autre service; elle peut tellement le mouvoir, Fexciter et Fanimer , le pénétrer de son activité, le faire vivre de sa vie, s'y projeter et y rayonner par chaque nerf et chaque fibre , qu'elle semble en dernière fin passer- et comme transpirer à travers tous ces appareils et venir au yisage, sur le front , sur les lèvres ^ dans le regard et la voix, dans les .gestes et les attitudes , s'y exprimant tout entière et s'annonçant ainsi aux âmes qu'elle aspire à gagner. De sorte que le corps lui est alors comme un symbole à mille faces, qui, mobile et flexible , délicat et précis , propre à tout représenter, lui offre à choix les formes variées qui lui sont nécessaires pour se produire au dehors , et prendre place par le langage au sein du monde des esprits.
Je n'insisterai par sur un autre usage auquel l'âme emploie le corps , pris comme moyen d'expression. Je crois l'avoir assez expliqué en montrant en psychologie comment l'expression en général et la parole en particulier servent tout aussi bien à former qu'à communiquer la pensée ; c'est pourquoi je n'y reviens pas. Mais, tout en renvoyant pour plus de développement à ce que j'ai dit en cet endroit, je crois cependant devoir rap- ^ peler que sans signes , et surtout sans sons articulés , nos idées seraient si vagues , si confuses, si fugitives , si peu propres à être retenues , que dans
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cette pauvreté d'intelligence nous serions tout^à'fait incapables de science et de poéâe ; que, par suite aussi , en vertu du rapport qui subordonne nos affections et nos volontés à la nature de nos idées, nous serions également réduits à un trèsfaible exercice de la sensibilité et de la liberté ; qu'en un mot l'âme , moins le langage , moins le corps par conséquent, serait une force impuis* santé, dont toute l'activité expirerait dans les étroites limites d'une personnalité sans expansion. Mais si , comme agent de mouvement , le corps est d'une telle utilité au - principe spirituel , on conçoit sans peine qu'il n'est pas de vertus intimes , et d'intentions qui , pour passer à la pratique et se convertir en actions , n'aient besoin da concours et de l'appui des organes. Qu'on se propose en effet une œuvre de l'ordre physique , social ou religieux, comment pourrait-on la réaliser sans joindre à l'activité morale et volontaire, l'activité organique ? Que serait l'industrie , à laquelle manquerait son premier instrument , et avec celui-là tous les autres ? Que seraient la justice et la bienveillance envers autrui , qui ne se produiraient par aucun fait sensible et perceptible ? Que serait la religion , sans formes et sans culte ? de vagues et vains sentiraens honnêtes sans doute et légitimes , mais qui seraient nuls et de nul effet au sein du monde visible. Les s^itimens sont nécessaires aux habitudes extérieures qu'ils
vivifient et moralisent ; omis ces habitudes à leur toar sont nécessaires aux sentimens qu'elles pro<> duisent et réalisent. C'est quelque chose , c'est le principe que de donner son âme au bien, mais c'est le principe et la fin , c'est l'achèvement de la vertu que de s'y dévouer de c<>rps et d'âme.
Si donc l'âme unie au corps trouve dans la double propriété qu'il a d'être à la fois un conductiBur de sensations et un producteur de mouvemens , une condition excellente d'action et de développement ; si elle est plus forte , forte de plus d'extension , de progrès et de vertu , avec que sans les organes, avec des organes dispos, com* plets , pleins d'aptitude , qu'avec des organes ma-* lades, mutilés et inhabiles, sa destination bien entendue est évidemment de profiter de cette con* dition do sa nature pour ouvrir à ses facultés un plus vaste domaine et les déployer de son mieux dans toutes les voies qu'elle y rencontre.
D'où se conclut le dévoir de la conservation et du soin du corps : vrai devoir , en effet , quand on le rapporte à sa raison , et qu'on le met à sa place , quand on ne l'exalte pas outre mesure et jusqu'à en faire inconsidérément la loi souveraine de la vie; vrai devoir , tant qu'il reste l'obligation limitée non de vivre afin de vivre , et sans autre but que le bien physique , mais de vivre pour tous les biens auxquels l'homme peut parvenir par ses moyens matériels ; devoir faux , ex-
oessif , et qui cesserait par là inême , s'il devenait rengagement de se conserver à tout prix par dessus tout , et avant tout.
Entendu ainsi qu'il doit Pêtre , c'est-à-dire, considéré comme une tâche préparatoire , comme le degré et le moyen d'une foule de bonnes actions, . il est très-réel, très-obligatoire, et il y aurait grand mal à le négliger.
£n ce sens , il est donc sage de veiller sur son corps , de le mettre et de le maintenir dans le meilleur état possible , de le conserver et de le perfectionner autant qu'il dépend de soi; et comme vis-à-vis de l'âme il a deux fonctions principales , celle de la sensation et celle du mouvement , le conserver et le perfectionner dans chacune de ces fonctions , dans chacun des appareils qui servent à ces fonctions , dans tout ce qui concourt à les lui assurer, voilà une règle de conduite qu'il est raisonnable de s'imposer.
C'est pourquoi il est bien, en premier lieu, de s'occuper du bon état des organes de la sensation , dç les préserver dos maux auxquels ils sont exposés , de les guérir de ceux dont ils sont atteints , d'éviter ou de combattre toutes les causes qui les menacent ou les altèrent de quelque façon. Il est bien dans ce dessein de consulter la science ou la prudence commune, et d'en suivre avec diligence les principes ou les conseils. Sous ce rapport , les médecins sont de véritables moralistes dont les pa-
rôles doivent être écoutées comme autant de pri^ ceptes ; la sobriété , la tempérance , la patience dans la maladie , l'emploi conyenable des remè-des , autant de vertus et d'habitudes qui méritent estime , pourvu qu'elles restent à leur place , et qu'elles se subordonnent quand il le fiaut à de plus hautes vertus et à de plus saintes habitudes. Certes , ce serait une grave erreur que de compter la propreté , ou tout autre soin hygiénique , pour autant que la fidélité aux lois de la justice et de l'honneur ; mais ce serait une antre erreur que de ne pas les <*,ompter du tout, et de les négliger comme inutiles , et étrangères au bien de Thomme ; l'homme vit par son âme, mais il vit aussi par ses sens , et il est de son devoir , pour sa plus complète amélioration , de développer de son mieux ces deux espèces de vies , en prenant soin seulement de les coordonner entre elles , de ne pas mettre la première au-dessous de la seconde , et de donner celle-ci pour auxiliaire à celle-là.
U est sage , en deuxième lieu , les organes de la sensation dispos et conservés , de les exercer de manière qu'ils acquièrent de plus en plus delaptitude à recevoir avec finesse et sûreté toutes les impressions qui les regardent. On sait tout ce que l'esprit peut gagner en idées , en science et en poésie , à ce jeu délicat , juste et facile à la fois , des instrumcns de la perception ; il y trouve de tpioi travailler , s'exercer et s'étendre d'une ma» • III. 11
niëre indéfinie. Aussi est-il convenable, dans Tin* térét de son progrès y qu'il fasse avec soin l'édacalion de ses sens; qu'il instruise l'œil à bien juger des lignes et de couleurs , la main des formes et des dimensions , l'oreille des sons et de leur valeur, le palais des saveurs, et l'odorat des odeurs; qu'il possède en un mot et gouverne si bien tout son système nerveux , qu'il ne s'y passe pas la moindre chose, sans qu'aussitôt il n'en ait avis, conscience et notion vraie. Il est même important qu'il ne se borne pas aux seuls appareils dont la nature l'a pourvu et doté , mais qu'il recoure également à ceux que l'industrie lui a créés , qu'il double et tripte ainsi , qu'il multiplie autant que possible ses moyens de pénétrer au sein du monde matériel , et d'en saisir par la pensée les propriétés les plus secrètes et les rapports les plus profonds.
Même ordre de remarques à peu près à présenter au sujet du corps considéré comme producteur de mouvement. 11 s'agit aussi sous ce rapport de le conserver et de le perfectionner.
£n effet , d'abord , il est nécessaire que le corps ne perde le libre usage d'aucune de ses fonctions de locomotion ou d'expression , qu'il soit pré* serve dans ce double but de tout empêchement provenant de blessure ou de maladie , dé mutilation ou d'infirmité ; qu'il reste intact et sauf, afin d'être constamment capable des deux espèces d'of-
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ficés auxquels Fâine l'emploie. Soit qu'elle ne veuille agir que sur la matière , soit qu'elle le reuille sur la matière , et par la matière sur l'es* prit , il doit demeurer, autant que possible , corn* plet et Inen pourvu , prêt et docile à l'impulsion. Que si, faute de prudence, ou malgré toute pra* dence , il se trouve frappé en quelque partie de faiblesse ou d'impuissance , et qu'il y ait remède et guérison, il est du devoir de celui qui souffre, f omme au reste c'est son instinct , de cbercber à relever cette macbine qui tombe > à réparer cet instrument qui se brise et s'arrête , à y remettre la vie , l'action , et le jeu facile; résultat qui ne s'obtient qu'à la condition de faire appel à l'expérience des hommes de l'art.
Ici encore on peut voir comment l'hygiène et la médecine se rattachent à la morale et lui prêtent leur concours.
Mais il ne s'agit pas seulement de conserver , ii s'agit de perfectionner la motitité du corps , et alors il faut encore savoir de quelle culture et de quelle amélioration l'organisme est susceptible , soit sous le rapport de l'expression , soit sous celui du simple mouvement.
On remarquera d'abord qu'il n'est aucun siège ou aucun agent de l'expression qui ne soit plus on moins soumis à l'empire de la liberté , et qui par là ne soit sujet à être modifié dans ses habitu*' des par l'action volontaire : le visage , la voit , le
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geste et l'attitude , tout se prête à l'applicatioo du travail et de Fart , et dans ce fait oomme dans bien d'autres , Thumanité entre en partage et en concours ayec la nature , quelquefois par malheur en combat. Si donc, j'ose le dire, une haute gymnastique , une gynmastique dirigée dans une vue de bien et de moralité , vient présider à cet ensemble de symboles vivans , les développer et les façonner de manière à les rendre plus. souples au sentiment, plus fidèles à l'idée, plus intimement ^gnificatifs ; si , s'étendant harmonieusement à toutes les parties qu'elle doit régir, et les traitant toutes selon leur importance , elle coordonne discrètement dans un seul et même système les soins divers à donner à la parole , au chant r à l'action oratoire , à la danse , etc^ il est certain que , par cette éducation habilementconcertée, elle prête au corps sa vraie beauté, celle qui ne tient plussimj^lement au jeu de la vie animale, mais à cette autre vie que l'art communique et dont le principe est dans la pensée ; par là même elle assure à TaiMe une variété de langages qui , empreints tour à tour de grâce et de noblesse, lui servent admirablement, soit à se mieux sentir elle-même , soit à se mieux faire sentir aux autres. L'âme en effet revêt alors l'expression comme une parure , dont le charme la relève à ses yeux et aux yeiu. du moade; quelles que soient ses qualités intimes et personnelles, elle vaut mieux tout son prix
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quand eUe se produit dans une adkm vraie , claire et animée , que quand elle parait comme sous voiles , et sous des formes qui .reffacent , robscurcissent et Taecablent ; sa facilité à dispo^ ser des appareils expressifs , quand surtout elle la doît à l'étude et au travail , est une aorte de mes rite extérieur et physique qui concourt heureusement aux mérites de conscience , et leur prête assistance , ornement et attrait. La vertu éloquente, persuasive et entraînante * est plus puissante, et meilleure que celle qui est inexpansive , sans accent et sans élan. Celle-ci se fraie à peine sa route elle-même , celle-là se la fraie et l'ouvre aux au-r très ; elle les y appelle et les y pousse ; elle éveiUe des sympathies , excite des imitations , touche et gagne les cœurs ; en un mot , elle se communique ; l'autre reste solitaire , stérile et sans empire.
Quant au perfectionnement des facultés tout simplement locomotrices , l'âme doit aussi s'y ap-> pliquer afin de s'assurer par leur secours un pouvoir matériel de plus en plus étendu , dont elle use avec liberté dans l'intérêt de sa destination, Xlle doit , autant qu'il dépend d'elle , les former par des exercices fréquens et Wen réglés à des habitudes de promptitude , de précision et d'adresse, .qui leur permettent en toute occasion de faire beaucoup et de bien faire. L'homme ne vit pas sans industrie ; or il n'y a pas d'industrie sans habileté à mettre en jeu telles ou telles parties du corps ,
soit pour exécuter des travaux délicats et légers , soit pour soulever , déplacer , briser oa iaçonner des masses. Les machines sont sans doute un supplément heureux au mécanisme animal , et les unes par la finesse , les autres par la puissance , d'autres par une admirable combinaison de ces deux propriétés à la fois, lui sont en bien des cas infiniment préférables; mais il faut commencer par donner le branle à ces machines; mais il a fallu les construire ; et ce sont là des fonction! dans lesquelles rien ne remplace le corps , et pour lesquelles il est nécessaire que ce premier instrument soit d'un emploi facile et sûr. Il y a aussi plusieurs arts qui, ne prenant pas leur expression dans les organes eux-mêmes , mais bien dans la nature qu'ils modifient en conséquence , exigent une promptitude , une adresse ou une puissance de muscles et de mouvemens véritablement extraordinaires. Be quelle perfection sous ce rapport n'a pas besoin le musicien dont les doigts , appliqués aux touches d'un piano ou aux cordes d'un violon , doivent, à l'ordre de la volonté et sous l'inspiration du sentiment , leur prêter par le son une âme , un accent ? Que d'essais répétés , quelle éducation laborieuse , attentive et suivie de la main et de l'œil pour parvenir à ces habitudes et à ces facilités prodigieuses de travail et d'exécution ! Quelle dextérité ne déploie pas k nianier le pinceau et à le promener sur la toile ,
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In peintre , dont le gënie n'a pas une coneeptioiii qui ne se tradaise aussitAt sous la direction du» regard et sans autres élémens que des Ugnve ta des couleurs , en tableaux pleins de vie , d^harmo* nie et de beauté ! que de soins lui a dà coûter cette aptitude à faire , selon son gré , du j«u de Forabre et de la lumière, de la combinaison des nnances, de la perspective et du dessin , une lan* gue si admirable de vérité et de vivacité t De même le sculpteur et l'architecte : ils n'excellent l'un et l'autre que par une habileté infinie à tailler le marbre ou la pierre , de manière à y répandre par les formes qu'ils leur donnent les idéesdont ils sont pleins, et qu'ils y jettent comme le créateur jette et imprime les siennes dans la na* ture et lliumanité. A voir comment le sculpteur, tout à la pensée qui le domine , le ciseau à la main, l'impose h sa statue , la marque sur le front et sur l'ensemble du visage , la grave sur les épaules , la fixe sur la poitrine , l'exprime dans tout le tronc, la répète dans les bras , dans les cuisses et dans les jambes, la rend sensible dans le moindre muscle , concertant tous ces signes , et les ramenant avec convenance à l'unité d'un commun efiet ; ne sent-on pas combien il est maître de cette matière qu'il tire du chaos , qu'il façonne , qu'il anime , qu'il revêt d'idéalité ? L'architecte a peut-être encore une tâche plus difficile , à cause des symboles moins expressifs iiuxquels il est obligé de se bor*
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ner ; n'ayant, au lieu d'un langage emprunléaiT oorps fanmain , qu'un langage emprunté aux eorpa ^68 nteîoft Yivans ou les plus bruis de la nature, n'ayant, pour dire ce qu'il veut^ que des colonnes et des voûtes , des fleurs et des feuilles ; c'est n'est que par des artifices et des moyens innombrables, une patience à toute épreuve et des calculs in-> faillibles , qu'il parvient à traduire en monumens et et édifices , ses intimas imaginations, à les étendre en façades , à les élever en dômes, à les dres* ser en colonnes, à les distribuer en mille détails; ^ue je ne saurais dire ni compter , etc. , ete.
Ainsi voilà certains arts dont la condition nétsessairé est l'exercice perfectionné des facultés •motrices. Il est aussi des vertus dont l'effet n'est .complet qu'à une condition semblable : je citerai par exemple les vertus militaires. Avant tout, ^ns doute , dlessont par l'âme, dont elles tirent leur moralité ; mais elles sont aussi par les organes, auxquels elles doivent leur efficacité; et elles n'auraient nulle utilité , nulle puissance ex^ térieure , elles seraient pour la conscience , mais elles ne seraient pas pour le monde , si elles n'avaient à leur service un pouvoir matériel prompt, sûr, étendu , propre en un mot à réaliser les effets auxquels elles aspirent. Mettes le courage et la patience, tels que la guerre les demande, dans une organisation maladive , débile et afiai^ blie , et vou« aurez bien quelques exemples d?
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oœurs^ q«î , à foroe d'héroïsme , et par ane action eKlraordioaire du moral sur le physique , aceooapliront des prodiges avec cette frêle machine; nais le plus souYoat > dans ces eircon^ances, toute constance et toute énergie tombent etexpiren^t devant nmpuissance de supporter Içs privations ou do suffire aux combats ; sans compter tout ce qu'un tel état d'épuisement et de souffrance peut porter de relâchement et de faiblesse dans l'esprit^ U Cerat au soldat pour cette vie de hasard , de périls et de misère qu'il est condamné à mener , il lui faut pour ces situations imprévues, difficiles^ quelquefois désespérantes, auxquelles il est exposé, des qualités physiques peu communes ^ et une organisation faite exprès. C'est peu de chose s'il ne sait que mai^er ses armes avec adresse : marcher, courir, s'élancer, être prêt à l'attaque et à la défense, aux ruses du métier et aux coups de main ; n'être jamais pris au dépourvu , avoir des ressources pour tous ses besoins; pouvoir, en un m0t , iaire de son corps, à peu près tout ce qu'il veut y voilà sous ce point de vue son véritablç office ; il ne remplirait pas sa destination s'il ne s'assurait pas ces avantages. Il n'y a de soldat quq celui qui est valide par le corps comme par l'âme« Je bornerai à cet exemple la preuve de la nécessité d'associer , pour certaines vertus , le perfectionnement matériel ^u perfectionnement mon rai; ,il serait facile d'en donner d'autres.
Maititenant donc , je puis liieD dire que la de»* tination de l'ame dans son rapport avec le <;orpc, est de le conserver et de le perfectionner autant qn'il dépend d'elle , soit coratoe moyen de s^asa* tions , sôit comme moyen de mouTOnioiaL
Mais quoi I si lliomme a ce bat , sa loi deyra donc être de rechercher le bien*étre , de se le proposer comme le bien , d'y tendre comnàe à la ▼ërtu ? Vertu à s'assurer l'intégrité , le bon état et lé libre usage de ses organe^! vertu à se biai porter, à jouir de tous ses sens, à se servir de to«8 ses membres! N'est-ce pas une étrange ihanière d'entendre le bien et la vertu ? Rien n'est plut vrai sans aucun doute , pour peu qu'on prenne lès choses de cette feçon. Certes , il n'y a pas à mes yeux dé plus fausse , et à la fois de plus fbneste idée morale que celle de ramener toute la vie à la vie physique et organique. Je l'ai asseï montré ailleurs , je le montrerais de nouveau ici^ si c'était nécessaire , et je dirais qu'en effet cette opinion , qui a sa racine dans le système matérvalisie, viciée dans son principe , a ceci de déploraWe, qu'elle porte comme conséquence sur les intérêts les plus sacrés de la destinée humaine, les néglige ou les ruine : je dirais que le matérialisme, de théorique devenu pratique , de métaphysique moral , ne serait dans les consciences , s'il y régnait sans partage , ce qui heureusement ne se rencontre pas , qu'une doctrine sans vérité , sans
comolatiaa et sass grandeur, £t d'abord il Ta contre ses propres fins en réduisant tout à la ma^ tière , et il dégrade l'organisation , qu'il prétend exalter en lui retirant tout ce qui lui revient de son alliance avec l'âme. Ne voir en effet dans l'organisation que l'organisation elle-même, 7 reconnaître à l'extérieur certaines formes et certaines couleurs, du mouvement ou du repos , du rude ou du poli^ du froid ou de la chaleur, en un mot , des propriétés ou des phénomènes tout matériels, déterminés et produits par des causes toutes matérielles ; à l'intérieur également des choses purement physiques ; n'y rien admettre de plus, n'y pas sentir une force qui , présente et active , la remplit de son action , et douée d'intelligence , de sensibilité et de liberté , la pénètre, pour ainsi dire, d'idées, d'émotions et de libres déterminations ; n'y pas concevoir l'esprit qui s'y r^>and , y prend siège , y porte le sens et l'expression , et la tran^ormant en une langue , rélève jusqu'à lui et lui communique sa nature; ce n'est , certes , ni la comprendre ni l'estimer ce qu'elle vaut , et je me crois meilleur matérialiste, moi qui la considère surtout dans son rapport avec l'âme, comme un principe d'incitation, d'impulsion et de développement, comme un moyen d'action , d'expression et de locomotion. J'ajoute que dans ce système , la voie tracée à l'homme est trompeuse et bornée ; qu'elle se clôt
à la tombe , au delà de laquelle il n'y a rien ; rien , si ce n'est un abîme où tout se perd et ae confond , la vertu avec le vice , le mérite avec le démérite , sans qu'un ordre nouveau se lève et se déploie pour les bons et les méchants, dans le but de fortifier , de sanctifier les premiers , de corriger , d'amender et de purifier les seconds ; sans qu'aucun avenir de justice et de bonté explique et éclaircisse cette existence de quelques jours, qui n'a de sens et de raison qu'autant qu'elle ne finit pas , mais seulement se renouvelle dans la crise terrible et solennelle de la mort ; et enfin j'accuse la Providence , «i Providence il y a dans une telle hypothèse , qui ne peut faire de ce monde un lieu d'épreuve et de préparation , puisqu'il est la fin de tout , et qui cependant n'en fait pas, nous en avons trop l'expérience, un lieu de récompense et de bonheur.
£t après cela , on le suppose bien , je ne serais pas si inconséquent que d'abonder dans une doctrine dont je sentirais ainsi le vice et la tristesse. Aussi, n'est-ce pas de cette manière que j'enifisage et que j'entends la morale touchant le corps. Le tort du matérialisme est , non pas de recomman-» der le soin de la vie physique , mais de le recommander comme le soin suprême et absolu. Ce tort< je ne l'ai pas ; je dis qu'il est bien de conserver et de perfectionner les organes , mais je ne dis pas que ce soit bien sans condition et sans excep-
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tioB : ayant tout , la loi de Tâme est* d'être kme autant que possible, et comme à cette fin les organes lui sont utiles en général , elle se doit par c^ette raison, et tant que vaut cette raison, d^ veiller et de les garder intacts et dispos ; mais s'il arrive qu'^u lieu d'éti^ des auxiliaires indispensables , ils deviennent des empéchemens , des ohstades, ou une cause de faiblesse et de vice, et que, soit pour les sauver, soit pour les maintaûr en bon état , il faille faire une bassesse , une lâcheté, un crime ; si ce n'est qu'au prix de la trahison , de l'infamie et de l'oubli de toute dignité, de tout devoir, qu'en peut W assurer l'intégrité et le bien-être , certes alors il n'est pas vrai qu,e la vertu soit de, se conserver, que la vertu soit de vivre ; la vertu est de mourir : mou* rir ainsi est un grand acte , dans lequel souvent il se déploie plus d'énergie et de puissance morale que dans toute une longue existence. Un de ces actes fait un hér(^ , un homme saint , qui , en se dévouant , passe a, Dieu plein de vie , et s'ouvre l'éternité , puissant et glorieux. £n un seul de ces momens, toute une destinée s'achève ; l'épreuve est déchirante, mais elle est décisive, et l'âme qui sent assez que son bien n'est plus alors d'agir long-temps , mais d'agir vite , franchit d'un pas sa carrière , et pour plus de liberté , rejette ou donne à briser ces entraves qui la retiennent ; le corps tombe et rentre en poudre , et tout est consommé. 111. 12