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la maladie; il s'environne de ressouroes et se crée nombre de biens. Nouvelle raison pour traiter avec prudence et économie les espèces qui lui offrent des avantages aussi précieux, pour ea multiplier le nombre, en améliorer la qualité, en accroître la valeur , au moyen d'un régime habilement ménagé.
Ajoutez que les animaux ont eaooré à l'égard de rhomme une propriété remarquable. Lors mémç qu'ils ne lui sont bons ni comme instrop mens de travail , ni comme objets de consommation , ils peuvent , ceux surtout qui ont avec lui le plus de rapport, et qui se distinguent à ses yeux par leur gentillesse ou leur beauté , lui paraître des compagnons qu'il recherche et qu'il attire, afin de jouir de leur présence , de leur so^ ciété et de leur sympathie. Lui , qui se trouve déjà moins seul lorsqu'il vit au milieu des fleurs, et que de ce monde , auquel cependant manque une âme pour son âme , il se fait , grâce à son .goût et à sa vive imagination, un mcmde à lui, et comme une famille, au sein de laquelle par poésie il éprouve quelque chose du père et du tuteur ; combien plus n'est-il pas tou<^ de ses relations avec des êtres qui ont presque de lui la pensée , le sentiment et le langage. Le chien est comme son ami , tant il le voit tendre et dévoué, attentif et fidèle, docile, désintéressé, d'un attachement à toute épreuve ; le cheval est comme
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son compagtum , comme son disciple iatelligent ; il le dressa , l'exerce , l'associe^ à ses plaisirs , à ses jeux et à ses combats , et rencontre en lui docilité, courage et dévouement; les oiseaux, qui ne lui sont pas en aussi grande familiarité , lui agréent cependant par leur dbant, leur plumage , la grâce ou la noblesse de leurs attitudes et de leurs allures; il aime à les avoir en sa demeure f autour de lui 9 dans ses chemins , dans ses bois y au bord des ruisseaux et dans les champs , partout enfin où il porte ses pas. Il ne le remarque pas toujours 4 mais néanmoins il est toujours vrai que jusqu'aux espèces les moins élevées, jusqu'aux insectes dont les couleurs, les formes et les mouvemesis ont ausfti leur charme , tout dans ce règne de la nature répond à son besoin de société ; que tout lui révèle à sa satisfaction sous ces apparences diverses une vie comme la sienne, qui, eh se pressant autour de la sienne, la baignant de ses flots, la rafraîchit en quelque sorte , la recrée , la retrempe, la rend meilleure et plus active. N'éprouire-t^I pas même souvent que cette espèce de commerce avec des créatures innocentes , dont il n'a à re douter ni violence ni perfidie, le repose et le console d'un commerce moins doux avec ceux de ses seml^ables qui le poursuivent de leur haine ? Il peut donc bien se dire à lui-néme : là aussi est pour moi une société amie , une réunion
d'êtres animés , que la Providence a semés avec magnificence autotir de moi, afin que de toute part et sous mille formes je sentisse venir à moi et sympathiser avec moi la puissance universelle. S'il en est ainsi , il doit s'attacher , autant du reste que ce soin s'accorde avec ses autres obligations, à maintenir un ordre d'existences qui lui est favorable et agréable, à le perfectionner, et à l'embellir. Il doit au sentiment de tout ce qu'il trouve de bonheur et de douce récréation dans la présence et le concours de tous ces êtres qui peuplent et animent pour lui le théâtre de la nature , reconnaître qu'il est bien de ne pas troubler cette harmonie , mieux encore de la soutenir , de la répandre et d'en développer au loin les ravissans effets ; la négliger ou la détruire, la remplacer par une dispersion et une ruine sans motif; se jeter en sauvage sur ces espèces qui viennent à lui , et loin de lui être hostiles, lui apportent, comme à leur roi, le tribut de leurs dons; les frapper sans pitié, les mettre à mort par plailir, est de sa part un acte de violence, qui n'est au fond que de la faiblesse ; car la solitude qu'il se fait ainsi , comme toute espèce de solitude , est pour lui chose fâcheuse : elle le prive de ces hôtes , dont la présence bien sentie l'eût ravi d'admiration ; elle lui ôte ces chants si purs , ces plumages si brillans , ces contours si gracieux , ces mouvemens et ces jeux si naïfs et si animés ; elle
lui ôte toute cette poésie dont , sans qu'il s'en doutât , son âme se nourrissait , et elfe le laisse triste et chagrin. Voyez l'hiver , quand la nature semble lui retirer pour un -temps , avec les brillantes décorations du ciel et de la terre, les acteurs qui lui donnaient un spectacle si beau , si varié , si harmonieux ; son cœur se serre de douleur à l'idée de l'abandon où elle semble le labser. Mais au printemps , quand tout renaît , quand lui reviennent des jours purs , de tièdes souffles , de fraîches fleurs , et des bois et des champs tout parés de jeunesse , et que lui reviennent en même temps ces troupes innombrables d'artistes, que l'éternel poète rappelle et remet en scène en les parant avec luxe de leurs vêtemens nouveaux , il se sent plus fort, plus expansif , mieux disposé à la vie; eh bien ! que par imprudence, caprice ou brutalité , il ne se fasse pas à lui-même un hiver plus solitaire, plus sévère et plus sombre que celui de la nature ; qu'il travaille plutôt à se ménager avec adresse de continuels renouvellemens de ces merveilles de tout genre. Il y a sous ce rapport des règles d'action qu'il est absurde et coupable d'omettre et de violer , qu'il est sage et jusqu'à un certain point , honnête et obligatoire de pratiquer avec diligence. Ce ne sont sans doute pas des règles qui aient force de lois sociales; mais comme cependant elles regardent une partie du bien de l'homme , il y a réellement quelque
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mérite à les suivre et à s'y conformer, comme il y a quelque démérite à les enfreindre ou à les négliger.
Uais tous les animaux ne sont pas pour noua d'utiles giuxiliaires , des moyens de bien-être ou des compagnons agréableis ; tous ne servent pas à nous rendre l'existence plusjGeicile , plus puissante et plus douce; tous ne sont pas bons à notre destinée. Un grand nombre au contraire , et ceux surtout qui sont sauvages, y apportent des obstacles de plus d'une £aiçon, et soit par le peu de sympathie et d'agrémens qu'ils ont pour nous , soit par leur complète inutilité , soit enfin par le» dangers et les attaques dont ils nous menacent , ils peuvent être considérés comme défavorables et hostiles au développement de notre activité.
Ainsi d'abord il y a toutes ces bétes , qui , d'ailleurs inofiensiv es , nous répugnent par leurs couleurs, leurs formes, leurs mouvemens, lenr physionomie et leur expression. Leur aspect nous inspire aversion et dégoût. Nous ne sup portons pas ces organisations qui ne nous offrent dans leur ensemble que l'image d^une vie disgracieuse et hideuse ; nous en fuyons le spectacle comme objet déplaisant ; nous en craignons les impressions , nous souffrons de leur laideur comme d'un obstacle à notre amour. Au lieu de modèles qulé veillent , excitent et développent en nous le sens de la beauté , qui donnent ainsi à notre
activité par attraiWet par charme, plus d'aise et pias d'élan , nous n'avons que figures repoussantes et hideuses , qui nous déplaisent et nous repoussent. Quoique nous n'éprouvions certainement auculi dommage matériel , nous sommes cependant plus faihles que dans l'état opposé ; nous avons moins d'animation , et notre vie va moins bien ; c'est qu'il y a là dommage moral , dommage de cœur et de poésie , véritable cause de ikiblesse. Nous avons donc bien raison dans nos r^atîons avec les animaux d'éviter ou d'éloigner ceux, qui ont à nos yeux ce fâcheux caractère , et si nous ne le pouvons , de tâcher du moins de contracter à leur égard une sorte d'indifférence dont le résultat soit de nous préserver de ces pénibles sensations.
Pouf quelques races toutefois notre devoir s'étend plus loin. Gomme en les croisant avec d'autres races , comme en les soumettant à un certain régime , il est possible de leur ôter de leur laideur et de leur difformité, pour obéir à la nature, qui nous les a en quelque sorte données à réfor^ mer et à embellir, nous devons nous en emparer, malgré nos répugnances instinctives , et mettre toot« notre industrie à les modifier et à les corriger. Nous ferons ainsi œuvre meilleure qu'en les abandonnant ou en les fuyant.
Blême remarque à peu près au sujet des espèces inutiles. Sommes-nous convaincus par l'expérience
qu'elles ne nous sont bonnes à rien , laissons-les , nous perdrions notre travail et notre temps à vouloir leur donner une valeur qu'elles ne peuvent avoir. Mais il en est d'autres dont l'inutilité n'est qu'apparente et provisoire , et qui , à l'aide de certains soins, grâce à de certaines combinaisons, peuvent acquérir un prix que d'abord elles n'avaient pas. Il nous faut en profiter et nous créer par ce moyen une richesse qui nous manque.
Quant aux animaux féroces , puisqu'il est évident qu'en les laissant se multiplier autour de lui , et assiéger sa demeure, l'homme finirait certainement par en être la victime , si l'instinct ne l'y portait pas , la raison l'obligerait à les combattre, à les détruire , à les repousser dans le désert , à les y retenir par l'impression d'une puissante terreur. Gomme , pour la plus grande partie du moins , il ne peut espérer de les dompter et de les réduire à la domesticité , tous ses efforts doivent se tourner à se délivrer sans retour d'ennemis aussi dangereux , et à en préserver en même temps une foule d'espèces utiles , qui par ellesmêmes seraient incapables de résister et de se défendre. Pour lui , et pour tous les êtres qui ont besoin de son secours, comme souverain et comme tuteur, comme administrateur vigilant de toutes ces créatures , confiées par la Providence à son gouvernement et à ses soins , il a , pour ainsi parler, la haute police de la nature ; il en est le gar*
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dieo, le justicier et rhomme d'armes ; où menace quelque attaqué , ou éclate quelque guerre , sa charge est de s'y porter, et par force et industrie, d'y ramener la sûreté, d'y rétablir la paix, et de délivrer son royaume des fléaux qui l'affli** gent. Ce n'est pas sans raison qu'une grande gloire dans l'antiquité , une gloire de demi-dieux , de héros , de grands hommes , était accordée aux destructeurs de monstres et de bétes féroces ; ils étaient à leur manière civilisateurs et conservateurs; les Hercule et les Thésée, vainqueurs d'un monde sauvage, indompté et terrible, étaient comme les instituteurs de l'agrieulture et des arts, des pères de l'humanité ; ils lui faisaient , eux aussi, la terre heureuse et douce. Et n'était-ce pas au même titre que les imaginations populaires honoraient au moyen âge ces pourfendeurs de géans , ces destructeurs de dragons et d'animaux fabuleux , ces chevaliers prêts à prendre la défense du faible et de l'opprimé non-*seulement contre les violences et la tyrannie de l'homme , mais aussi contre les puissances désordonnées de la nature? On leur donnait pour mission de tenir tête à la force brutale, sous quelque forme qu'elle «e présentât , et de la combattre dans les choses aussi bien que dans les personnes ; c'était là leur grandeur.
Le chasseur n'a pas toujours été ce qu'il est [larmi nous, simplement un homme de plaisir, III. 1^
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un personnage peu sérieux , qui ne s'explique le plus souvent que par un goût et que par un csh priée ; il a eu plus d'importance quand il a ré* pondu à un grand besoin, représenté une idée , accompli la tâche utile de faire triompher par son courage Thumanité , faible encore , des nombreux ennemis dont l'entourait le monde physique. Dans les temps modernes, en Amérique, lorsque la civilisation européenne y est venue disputer et arracher la terre à une nature sauvage , puissante et malfaisante, le chasseur a eu son rôle, comme le défridieur et le colon ; il a été le soldat de cette guerre , que la société , pour se conserver, était obligée de soutenir contre l'hostilité des animaux. Un écrivain l'a bien senti» quand il a peint, à plusieurs reprises, et avec une complaisance de poète, ce héros des forêts vierges, qui , avec son fusil et ses deux chiens, fait l'avantgarde de la culture , et se dévoue passionnément à la vie rude et aventureuse de batteur d'estrade et de coureur de bois.
Toutes les fois que l'homme a dans sa position une raison légitime de se livrer à cet exercice de ses facultés militantes , il a certainement le devoir de s'armer et de se mettre en guerre contre des ennemis qui seraient à craindre , s'il ne se hâtait de les repousser. Il pourvoit d'abord ainsi à la sûreté de son existence ; il acquiert, en outre, une habitude du péril et de la fatigue , un sang-froid,
june patieiice, una intrépidité et une actiyité, dont Tapplication à un grand but , à la défense d'une grande cause , constitue la vertu et le mérite du soldat. De tout temps , la chasse , considérée dans ce qu'elle peut avoir de nécessaire , de sérieux et de bdiliqueuK , a été regardée comme une image et comme une école dé la guerre.
Seulement, ainsi que dans la guerre, il faut prendre garde d'y contracter des goûts de destruction , de brutalité et de cruauté , qu'on porterait ensuite dans des relations qui ne demanderaient que conservation , bon ordre , amour de la paix et bienveillance. Rien ne serait plus déplorable que cette disposition à tout traiter par la violence et par la force.
La guerre en particulier ne peut être bonne à l'homme que comme une crise passagère , durant laquelle un moment , et dans un intérêt pressant et juste, les hommes s'émeuvent et s'irritent, mais pour bientôt se calmer et revenir au plus vite aux habitudes de douce vie et de paisible activité.
La destination de l'homme , dans ses rapports avec les végétaux et les minéraux , diffère trop peu de celle qu'il a dans ses rapports avec les animaux, pour que je croie devoir en disserter d'une manière spéciale. Ce que j'en pourrais dire rentrerait beaucoup dans ce qui vient d'être exposé. Je me bornerai donc à faire remarquer que, comme ces deux nouveaux règnes sont, pour
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rhomme , qnoiqne sans douté à uo degré inférieur, à peu près tout ce que lui sont les espèces vivantes , son but, dans ces deux cas , se trouve à peu près le même.
Ainsi certaines plantes, par exemple , pour peu surtout qu'il les cultive , lui sont utiles à la fois comme moyens de travail et comme objets de consommation, etc. Il est bien clair, en conséquence , qu'il est de sa sagesse de les conserver, de les multiplier, de les perfectionner selon ses besoins, et de s'en servir avec économie. Mais d'autres le charment par leur beauté, et fleurs aux douces couleurs , aux formes vives et délicates , au port riant et gracieux , ou bien arbres à la haute taille , aux nobles et grandes proportions , à l'aspect majestueux , elles le séduisent , l'enchantent , l'étonnent et le frappent d'admiration. Pour celles-là , il doit être poète , homme de goût et d'amour ; religieux dans son regard , quand il n'a qu'à les contempler; religieux dans ses soins , quand il les touche et y fait œuvre. Il y a là tout un monde , ou plutôt un vrai temple dans lequel le dieu de la nature se révèle et se peint sous mille formes ravissantes. Un philosophe a dit : La plante est une idée vivante ; idée vivante , en effet , et que fait vivre le créateur, sous le vêtement de la rose , sous la parure du lis et l'élégance du peuplier; et alors je demande qu'elle ne soit pas foulée aux pieds , brisée et flétrie sans
raison. Je ne veux rien exagérer, et ce n'est qu'en apportant à mon sentiment toute la réserve nécessaire , que je l'exprime et que je le propose ; mais il est certain qu'il manque quelque chose , quelque faculté, quelque sens à l'homme qui n'est pas touché du charme .et de la beauté des fleurs.
Cependant'le règne végétal n'est pas partout et toujours utile , partout et toujours beau. Il a ses espèces sans valeur, nuisibles et dangereuses ; naturellement le bien n'est plus de les rechercher, de les conserver et d'en développer les propriétés^ mais de les fuir, de les détruire, ou, s'il y a lieu, de les améliorer. Il a ses espèces hideuses; le bien n'est plus également de les considérer avec admiration, de les cultiver avec amour; mais d'en détourner les yeux, de se délivrer de leur présence, ou de les rendre , s'il se peut , moins repoussantes et moins laides.
Je voudrais abréger et éviter les redites ; ce^ pendant je ne puis guère me dispenser de présenter au sujet des minéraux, quelques réflexions analogues à celles qu'on vient de lire.
Les minéraux nous sont utiles ; ainsi , par exemple , il est peu de métaux que nous ne puissions employer à quelque usage de la vie. Les uns nous servent à consolider et à soutenir nos édifices , nous fournissent des instrumens, des machines ou des armes , et concourent ainsi à assurer notre vie
et notre bien-être ; les autres ont une autre pror priété; devenus la mesure de toutes les valeurs, convertis en monnaie , ils facilitent à merveille les relations commerciales, et deviennent ainsi une source féconde de richesse et de puissance. Nous ne saurions donc les négliger /et ne pas en user sous ce double rapport, sans nous priver par notre faute d'un secours que la nature met d'ellemême à notre portée , sans nous rendre jusqu'à un certain point coupable de lèse-civilisation. Aussi est-ce un devoir, tout industriel qu'il paraisse , de tirer parti par notre travail de ces ressources matérielles et d'apporter à les mettre en œuvre toute la diligence et toute l'habileté dont nous sommes capables; et afin qu'on ne s'y trompe pas , et qu'on ne prête pas à ma pensée un sens faux et absurde , je dis que c'est un devoir, parce que si on s'abstient de ces pratiques , on s'expose inévitablement à retomber dans l'état sauvage , et que c'est là une dégradation. Voye* en effet les peuples sans industrie : en même temps qu'ils sont si peu avancés dans tous les arts de la vie , ils le sont également fort peu sous tous les autres rapports , et la raison en est bien simple : dans le dénûment où ils se trouvent, ils n'ont ni loisir ni sûreté ; ils ne vivent qu'au jour le jour» dans l'inquiétude et les alarmes , sans autre bat que de satisfaire les plus urgens de leurs besoins. Comment dans cette situation donner place à la
culture des hautes facultés de l'âme ? C'est bien assez que de pourvoir aux premières nécessités du corps. Il y a donc devoir sous ce point de vue dans les plus grossiers des métiers , et quoique souvent ceux qui les exercent n'en aient pas le sentiment , il n'en est pas moins vrai qu'ils sont dans l'ordre , et que pour leur part ils contribuent au bien de l'humanité. Il faut sans doute les estimer à d'autres, titres, quand ils y ont droit ; mais comme ouvriers seulement , et sans autre considération, s'ils sont laborieux et appliqués, ib méritent l'approbation, parce qu'ils font chose utile et bonne. J'ajouterai que je n'entends pas que tout individu doive , de sa personne , être mineur, fondeur, forgeron, etc., etc., manœuvre enfin , ce qui serait absurde ; mais il doit l'être par représentant quand il ne l'est pas par luimême , et avoir à lui par conséquent un travail qui lui soit propre, et avec lequel il puisse payer le travail qu'il achète. ïl serait absurde , je le répète , que chacun fut à lui-même et pour tout ce qui lui est nécessaire, son manœuvre et son artisan ; mais il ne l'est pas que moyennant salaire ; chacun se donne et s'associe l'artisan dont il a besoin.
Naturellement ce qui vient d'être dit à propos des métaux , s'étend à tout le règne minéral. Je supprime donc des développen^ns qui offriraient peu de nouveauté , et je passe à ce qui regarde le point de vue du beau.
Daos le genre de corps dont il s'agit , il en est un grand nombre qui , indépendamment de l'utilité qu'ils ont ou peuvent avoir, valent surtout par un autre côté , et acquièrent un grand prix à titre d'œuvres et d'objets d'arts ; ainsi , par exemple, les métaux , quand, comme l'or et le bronze , fondus, moulés et ciselés , ils prennent entre les mains et par le travail de l'artiste une admirable expression de beauté et de poésie ; quand sous forme d'ornemens , de vases , de statues , ils éveillent dans l'esprit de toutes autres idées que celles de leur valeur vénale , et le captivent merveilleusement par mille images de grandeur, de noblesse et de grâce.
L'artiste est créateur ; que le créateur veuille donc ; que le poète qui a en lui la faculté divine de s'imposer à la matière , et de l'animer de sa pensée, ne la laisse pas inerte et brute; là où elle repose comme dans le néant, qu'il la prenne pour la former , qu'il la touche de ses doigts , lui souffle son esprit et lui prête enfin quelque chose de la vie qu'il a en lui. Ce serait mal de s'en abstenir. L'humanité , je crois l'avoir déjà dit , est un peu à la nature comme une mère à sa fille , ou comme une sœur à une sœur dont elle a le soin et la garde : attentive , vigilante , aimante et dévouée , elle doit sans cesse s'occuper à l'orner et à l'embellir , elle doit pouvoir s'admirer en elle , être fière et heureuse du charme dont elle
la revêt; c'est à cette fin que la Providence la lui a commise et confiée» Or, le poète est le serviteur que rhumanité emploie à ces soins délicats, à ce noble et doux office ; s'il le néglige , il est coupable, il a manqué à la beauté : mais si de toute la force de son génie il s^af^plique à transformer, à idéaliser la nature, à la vaincre par Feaprit , à la soumettre à la pensée , à la foire selon son âme, il remplit un ministère qui l'honore et l'élève, il est grand sur la terre, parce qu'il y éveille et y satisfait de purs et nobles sentimens. Voilà le bien dont sont capables et et auquel , par suite , sont obligés tous les artiste» dont le travail a pour sujet les corps bruts.
SECTION III
Du bien de rame dans sou rapport ayec la nature en général.
QoE dire maintenant de la nature considérée dans son ensemble ? Que lui doit l'homme ? ou plutôt que se doit-il à lui-même en conséquence des rapports qui l'unissent avec elle ?
Quoique sans doute en expliquant sa destination sous ce point de vue , il n'y ait guère qu'à reproduire d'une manière générale les considérations particulières qui viennent d'être présentées à propos des animaux , des végétaux et des
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minéraux, ccp^idant je crois utile de considérer encore cette nouvelle face de la question ; elle peut donner lieu à quelques remarques qui modifient , développent , et achèvent de justifier les idées qui précèdent.
Et d abord la nature considérée dans son ensemble , est autre chose que la collection et Farrangement artificiel en règnes et espèces des animaux, des végétaux et enfin des minéraux; elle est le monde qui les porte , les procrée , les conserve, et en recueille pour les raviver les débris décomposés; le monde qui les coordonne, et synthèse vivante , les rapproche et lès fond en mille groupes harmonieux. Par l'air, l'eau et la lumière qu'elle leur dispense avec richesse, par ces forces de toute sorte , calorifiques , électriques, magnétiques et vitales dont elle les anime et les soutient; par ce concours de circonstances au milieu desquelles elle les place, elle est comme l'âme qui préside à leur commune destinée. Elle en serait la providence , s'il ne lui manquait le sentiment , l'amour et la volonté ; mais au moins grâce aux instincts et aux divines nécessités qui la poussent et la dirigent , elle est l'agent de la Providence et sa docile servante ; elle est en sa place et sous sa loi , la mère , la nourrice, l'industrieuse ouvrière qui veille et qui pourvoit à toutes ces existences, l'enchanteresse qui les pare et leur prête mille attraits par
la magie des sons , des formes et des couleurs. La nature ne comprend pas Dieu, puisqu'elle ne se comprend pas elle-même , mais elle ne l'en représente pas moins dans ses desseins sur la matière ; et si elle n'en est pas comme l'homme une incarnation intelligente , elle en est dans la pierre , la plante et l'animal , une admirable in^ corporation.
Nous deyrions, par ce seul motif, prendre garde de la troubler dans ses lois et son action ; nous devrions la seconder , et la favoriser dans son développement , car partout où se mmitre une pensée providentielle ; il est toujours bien de ne pas s'y opposer, de la suivre et de la seconder.
Mais la nature est avec nous dans bien d'autres relations ; elle vit et agit en nous , elle a accès dans notre conscience , y pénètre , s'y fait sentir, y vient modifier de sa présence nos diverses facultés ; par les organes qu'elle nous prête, qu'elle partage avec nous, qui sont à nous et à elle, il n'est pas un instant où elle ne soit pour quelque chose dans nos manières d'être personnelles ; nos deux existences se touchent et se confondent de *«lle sorte qu'il ne se passe pas à notre portée quelque phénomène qui lui soit propre, qu'il ne devienne aussitôt nôtre par impression et sensiUion. En conséquence , ce qu'elle est, elle ne * €8t pas seulement pour elle , elle l'est aussi pour
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nous ; ses propriétés nous importent , ses attributs nous regardent, toute sa puissance nous intéresse; utile et belle en elle-même et dans ses diverses productions , elle Test par suite à notre égard , par Tinfluence qu'elle exerce sur nous. Dans ce commerce continuel que nous ayons avec elle , toute la richesse qu'elle déploie, tout le charme dont elle se revêt sont ou peuvent nous devenir sensibles et contribuer de quelque façon à notre bien-être matériel ou à la poésie de notre âme. Fille de Dieu comme nous, notre sœur, notre compagne , la nature ne sépare jamais sa destinée de la nôtre , et comme dans une famille bien unie , elle n'a rien de si précieux , rien de si beau et de si admirable qu'elle ne nous l'offre et dont elle ne nous invite à user et à jouir. Elle est excellente pour nous , à moins qu'il n'y ait de notre faute , et que par ignorance et négligence, grossièreté et paresse , nous ne sachions pas profiter de ses bienfaits et de ses dons ; d'autant plus excellente qu'il n'y a point à craindre avec elle de caprice et d'inconstance, et qu'elle donne tout ce qu'elle promet avec une régularité providentielle. Que si parfois elle se montre sévère , hostile et terrible même , et que , se dépouillant à nos yeux de son caractère habituel d'agrément et de bonté , elle nous attriste d'images affreuses, de tableaux repoussans, nous afflige de privations, nous assiège de périls et d*affligeans fléaux.
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c'est qu'elle en a mission de Dieu , qt qu'elle lui sert comme d'institutrice pour nous éprouver , nous fortifiier et nous former par cette rude et et austè];jB éducation à des habitudes plus sérieu* ses, plus viriles et plus patientes. Mais alors même , pour qui l'entend bien , elle est encore excellente , car elle tend par ces misères à développer en nous un nouveau genre de vertus , un sentiment plus pressant, une recherche plus active de l'utile et du beau , une industrie plus énergique et un art plus achevé : peut-être jamais le génie de l'-économie et de la poésie n'est plus fortement inspiré qu'à la suite de ces leçons où se révèle par contraste et dans de dures expériences le but qu'il doit se proposer.
Nous devons donc à la nature de la traiter avec une sorte de soin et de respect, tant elle a une large part dans l'accomplissement de notre destination.
Et comme au moyen de nos organes et des instrnmens qui en étendent et en multiplient les pouvoirs , nous sommes capables de la déterminer et de la modifier dans ses effets , de ladiriger dans ses opérations, de la gouverner dans ses combinaisons; comme nous pouvons participer à son travail de production, de conservation , et de rénovation , que nous avons une action sur toutes les forces qu'elle déploie, sur tous les lieux qu'elle possède, sur les plaines et les montagnes, m. U
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les contÎBens et les iles, les ileuyes , les lacs et les mers; qu'il u'est pas jusqu'aux astres qui ne soient à notre disposition , si ce n'est pour ab mouToir et se déplacer à notre gré , du moins pour nous guider par leur cours et leur marche , dans la mesure du temps , la prévision des saisons et la direction des Toyages ; nous devons en conséquence nous efforcer de rendre la nature plus utile et plus belle , afin qu'elle puisse mieux concourir au développement de notre existence.
De là, deux grandes règles de conduite que des explications déjà présentées me permettront de résumer et d'exposer rapidement.
La première regarde l'utilité , et voici ce qu'elle nous prescrit : il ne s'agit pas en bonne économie, en économie vraiment morale, de satisfaire tous les besoins , même ceux qui n'ont leur raison que dans le caprice et le raffinement d'une imagination mal réglée. Tout besoin est une faiblesse ; et en fait de faiblesses , nous avons bien assez de celles auxquelles notre condition nous condamne fatalement , sans y ajouter par notre faute celles qui ne sont qu'artificielles; et comme il est d'expérience que l'indulgence à l'égard des désirs factices, et le soin que noua mettons à les contenter sans les combattre , leur donnent plus d'énergie et finissent par les convertir en besoins impérieux , nous devons nous
meure en garde contre de telles tentations , et quand nous serions en état d'y pourvoir par notre travail , ne pas employer à un vain luxe des facultés dont certainement nous aurions à Sadre un meilleur usage. Je ne soutiens pas thèse contre le luxe, je ne le proscris pas à la manière de ces niveleursde l'industrie, qui nous ramèneraient volontiers à la simplicité ou plutôt à la nudité de rétat sauvage ; je n'ai pas cette prétention. Je l'ai d'autant moins que rien n'est plus délicat et plus difficile en cette matière que de tracer de justes limites ; j'avoue même que le luxe qui tient aux ol]jets d'art, et comme musique, peinture, sculpture et architecture, répond à autre chose qu'aux pures jouissances des sens , éveille et excite en nous le sentiment du beau , non-seulement je l'absous, mais je l'approuve et le réclame : il est bon à l'homme, dont il développe une des plus nobles inclinations.
Mais le luxe que je condamne, c'est celui qui ^ dépassant la mesure des besoins réels, et sans autre but que la fantaisie et une puérile sensualité, absorbe inconsidérément des valeurs considérables ; tant d'efforts et de ressources rappor» tés à cette fin frivole, au lieu de concourir par le bien-être , par l'aisance et la vraie richesse , à l'indépendance et au libre exercice de notre pouvoir matériel ^ ne font que iavoriser en nous par d'abusives superfluités les habitudes de mol-
lesse, de vie fecile et yoluptuease, auxquelles nons sommes déjà trop portés, et ne contribuent par conséquent qu'à corrompre notre âme et qu'à énerver notre activité. Il faut donc après avoir accordé à nos besoins légitimes tout ce que nous leur devons dans l'intérêt de notre conservation et de notre santé , que nous nous abstenions sévèrement de toutes ces délicatesses excessives dont la poursuite est souvent si mal à propos dispendieuse , et dont la possession ne peut être qu'inutile ou dangereuse à notre vrai bien. Faisons pour nous de la nature une puissance qui nous assiste dans toutes les difficultés de notre existence ; faisons-la féconde et riche, afin d'avoir sous la main des ressources qui suffisent à toutes nos nécessités; cultivons-la et soignons-la, ne négligeons aucun de ses dons , de peur d'être un jour ou l'autre pris par notre faute au dépourvu; ménageons-la comme un allié qui nous vient de Dieu, et que nous ne saurions nous rendre trop secourable et trop propice; il y va de notre puissance matérielle et morale ; il y va de notre destination. Mais a'il est sage et raisonnable de voir dans la nature une compagne qui nous est associée pour nous aidera mieux vivre; s*il est bien, à ce titre , de réclamer d'elle tous les services que nous pouvons en recevoir , il est mal de la traiter comme une esclave dévouée aux caprices d'un maître, de la prostituer à nos
goûts et à nos désirs insensés, de la faire servir à ces orgies, à ces plaisirs délirans où nous précipitent Fintempérance et une imagination débordée; c'est en faire la complice et la complaisante de nos vices, au lieu de l'utile auxiliaire réservé à notre faiblesse; c'est ne plus lui conserver le caractère de libérale mais économe ménagère qu'elle devrait toujours avoir dans ses rapports avec nous , et lui donner , à notre honte , celui d'une mère trop fiaicile , qui , au moindre mot de ses enfans, leur prodigue sans discrétion ses trésors les plus précieux , et dissipant tout et s'épuisant en faveurs vaines et sans mesure , au lieu de leur être vraiment bonne , ne contribue finalement qu'à les dépraver et qu'à les corrompre. En général , à cet égard nous n'agissons pas envers la nature avec assez de respect , et nous ne craignons pas assez d'abuser de ses bienfaits et de les lui arracher avidement, pour des fins qui souvent sont bien petites et bien misérables ; nous sommes auprès d'elle d'une importunité , d'une ambition , qui ne lui laissent pas de repos , et par force ou par adresse nous la tourmentons et la travaillons jusqu'à ce que nous en ayons obtenu ces rares et dispendieuses productions, auxquelles rêve et aspire une sensualité désordonnée ; heureux encore lorsque dans ces folies nous n'associons pas brutalement comme instrumens de la même passion les personnes et les
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choses , les forces morales et les forces physiques , sacrifiant sans remords à l'égal de la matière nos semblables et nos frères , dont trop souvent nos fantaisies ne comptent pour rien le bien-être , la santé et la vie même. Et nons croyons peat-étre alors , parce que nous nous voyons environnés de tout l'appareil de la richesse , être plus forts , plus puissans , plus avancés dans notre destination ; détrompons-nous , il n'en est rien ; en mettant si peu de modération dans nos appétits sensuels , en les laissant se multiplier sans frein et sans retenue, nous n'avons fait qu'aggraver et qu'augmenter à notre détriment les occasions d'infirmité , ' de chute et de faiblesse ; nous nons sommes placés dans la dépendance de toutes ces mille vanités, que nous avons tant de peine à rassembler et à garder autour de nous ; et c'est déjà grande pitié que la meilleure partie de notre activité se consacre à la poursuite de biens si peu réels. Il y a là , alors même que cette dépense déraisonnable de nos facultés et de notre travail atteint le but qu'elle se propose, une cause évidente de désordre , puisque nous détournons et employons à un but qui n'en est pas digne , une activité qui pourrait avoir une bien pins sage application. Mais que , par quelque revers de fortune , comme il en afrrive à. chaque instant f ces objets dont nous nous sommes fait un besoin si impérieux , viennent à nous être eiile-
vés et à manquer à nos désirs , nous voilà faibles et affligés comme de pauvres enfans ; comme des enfans nous ne savons plus que pleurer , et nous plaindre; nous sommes vraiment misérables. Le luxe ainsi entendu est une cause presque infaillible de perte et de ruine morales ; il ne laisse plus à l'âme aSsez de forces pour faire face avec vertu aux autres charges de la vie ; il l'excite et la'stimule pour tout ce qui regarde le bien-être ; pour le reste il ne lui donne ni énergie , ni patience; iirénerve, et l'amollit; en l'entraînant dans ses voies , il la pousse exclusivement vers «ne fin secondaire , qui , réduite à elle-même , est vraiment trop petite , et la distrait de la meilleure et de la plus belle part de sa destinée ; et ainsi il la mène à mal , et il l'y mènerait alors encore , qu'il ne l'induirait pas à commettre de mauvaises actions, car si elle ne péchait pas par cotnmiêsion ^ elle pécherait par omission , et négligerait un bien plus grand chaque fois qu'il ne rentrerait pas dans son étroit intérêt ; mais souvent aussi plus coupable, il se peut que par cupidité, cédant à de fâcheuses et déplorables tentations, elle se livre à l'injustice, à la violence et au crime ; il ne fout pour cela que des obstacles qui l'arrêtent et l'irritent. Je n'ai rien à dire contre l'épicurien spéculatif et savant , contre le philosophe d'une école, le partisan d'un système ; il n'est pas en cause dans une question toute de
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morale et de pratique. Mais l'épicurien vulgaire et tel que l'entend le monde , celui qui Test de fait comme de pensée , d'action comme d'intention, est certainement mal disposé , à moins qu'il ne lui reste au fond du cœur , malgré ses principes et ses habitudes , des instincts généreux et de nobles penchans , à devenir je ne dis pas un héros , un martyr , mais seulement un homme ferme et sérieusement vertueux; il en coûterait trop à son égoïsme , de divertir sa vie du cours doux et facile qu'il s'efforce de lui donner , pour la tourner à des œuvres difficiles et laborieuses, auxquelles d'ailleurs il ne croit pas ; il lui faudrait trop déranger sa voluptueuse existence et la troubler de trop de peines ; il vit trop pour ses sens et dans la religion de son corps; c'est folie à ses yeux que de courir ainsi le risque de privations et de souffrance, auxquelles s'expose nécessairement celui qui accepte tous ses devoirs ; il se renferme donc imperturbablement dans le cercle de ses jouissances , et ne se tourmente pas de vertus qui n'auraient d'autre effet que de l'en arracher douloureusement.
Je ne me reconnais aucun droit de juger comme science l'économie politique , mais il me semble que, fût-elle du reste d'une exactitude irréprochable, elle pèche toujours en un point delà plus haute importance , je veux parler du peu de soin qu'elle met à estimer et à juger les besoins. Elle
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s^occupe de les satisfaire ^ elle y met tout son lèle , y emploie toutes ses lumières, en recherche tous les moyens ; rien de mieux, sans contredit, à la condition bien entendu qu'elle soit toujours danslcTrai; mais des besoins eux-mêmes, qu'en pense-t-elle ? qu'en dit-elle ? S'inquiète-t-elle de savoir s'ils sont naturels ou artificiels , modérés ou immodérés , légitimes ou illégitimes , s'ils sont de droit ou de fait? les apprécie-t-elle de manière à distinguer ceux qui sont des nécessités , d'inévitables faiblesses auxquelles nous devons pourvoir dans l'intérêt de notre nature , de ceux qui sont des désirs que l'imitation , la coutume et souvent le caprice ont créés et multipliés , et que nous pourrions négliger sans aucun préjudice réel ? Approuve- t-elle les premiers , condamne-t-elle les seconds ? travaille-t-elle pour ceux-là à l'excl usion de ceux-ci Pse fait -die morale, en un mot, et voit-elle au fond de toutes ces questions la destination générale de l'homme? Nullement; elle est et reste économie, elle juge du fait et non du droit , de l'existence et non de la raison d'être des besoins qu*elle constate; elle se voue à tous indistinctement , fait pour tous de la richesse , sans se demander si ses trésors ne sont pas souvent un luxe funeste , qui alimente ou provoque une coupable corruption. Et quant à cette autre richesse dont dispose ui^e âme ferme qui sait par sa seule force pr/évenir ou réprimer , contenir ou
étouffer une foule de ces faux désirs , elle ne Tentend ni ne l'enseigne ; ce n'est plus son a£^re à elle , et elle ne se livre pas à une telle étude. De cette façon, moins vraie, moins large et moins utile, elle n'a plus parmi les sciences qui président à la ?ie humaine un aussi beau rôle que celui qu'elle aurait , si elle s'élevait jusqu'à la morale et s'en proclamait l'auxiliaire : auxiliaire de la morale , voilà le titre de consécration de l'économie po« litique.
Je voudrais donc que y pour être fidèle à la mission qu'il lui confère , elle réglât comme elle le fait la production sur la consommation , et la consommation sur les besoins, mais qu'en entre, ce qu'elle oublie trop, elle réglât les besoins sur l'ordre et la raison. Alors tout serait bien, et elle pourrait dire avec autorité : Produisez et oonsommeK; ce serait dire en d'autres termes : Travaillez à vous perfectionner , à vous rendre meilleurs et plus heureux. Alors aussi ces règles de l'utile : produire pour consommer , et dans ce but ne produire ni trop ni pas assez , mais dans une juste mesure; produire par les moyens les plus sûrs, les plus prompts et en même temps les moins coûteux; consommer ce qui est produit , mais avec tempérance et modération, en évitant le faux luxe et les privations funestes ; ne rien accorder au caprice et aux appétits déraisonnables , et satisfaire , au contraire, toutes les vraies nécessités; ces règles-là,
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je le répète , devienclraient des préceptes qui auraient caractère moral , et concourraient heareut- «ement à la bonne conduite de la vie.
La nature est en général utile et bonne à l'homme, et il lui doit en conséquence , il se doit à lui-même de profiter avec prudence des biens qu'elle lui fournit.
Hais cependant elle a aussi ses momeus et ses lieux où elle se montre stérile, avare, dure et sauvage» où quelquefois même elle parait hostile et dangereuse. A quelle fin Dieu permet-il qu'elle ait un tel caractère ? comment en fait-il le ministre des épreuves qu'il nous envoie tantôt pour nous corriger et nous ramener par la douleur , tantôt pour nous exercer par les privations et la détresse aux plus hautes difficultés de l'industrie et du courage? de quelle manière par .ces crises supplée-t-il ouajoute-t-il à notre éducation ordinaire, et BOUS donne-t-il de nouveaux et de plus forts enseignemens de sagerae ou de vertu ? c'est ce que j'ai déjà expliqué en plus d'un endroit de cet ouvrage , et ce qui d'ailleurs se eomprend bien, pour peu qu'on veuille réfléchir au sens religieux et providentM que doivent avoir pour nous la nature et l'ordre physique ; aussi ne m'arrêterai -je pas à démontrer cette vérité , et tenant pour raisonnable et sagement institué un tel état de choses r je me bornerai à chercher quelle conduite particulière il nous trace et nous commande.
Quel est donc en ces circonstances notre devoir particulier?
Laisserons-nous la nature ne nous accorder qu'à demi ou nous refuser tout-à-fait les choses les plus nécessaires au soutien de la vie ? la laisserons-nous , faute de culture , nous retirer ses moindres dons , nous priver d'alimens , de vétemens et d'abri ? et si , après avoir tout tenté pour lui arracher péniblement les plus minces faveurs, nous reconnaissons notre impuissance, resterons-nous là où elle nous est si dure, et n'ironsnous pas la chercher plus douce et plus féconde dans de meilleurs climats , ou du moins n'emprunterons-nous pas à des pays plus heureux , ce que nous ne pouvons trouver autour de nous ? souffirirons-nous , en un mot, sans résistance et sans lutte, toutes les rigueurs de la nature ? Mais notre condition sera misérable ; nous serons faibles de toute façon , nous le serons d'âme comme de corps , et toute vertu nous défaillera au milieu des angoisses qui assiégeront et troubleront notre activité. Je crois l'avoir déjà dit, c'est le dénùment du sauvage qui en fait en grande partie un homme brut et dégradé; c<nnme aussi c'est la richesse , il est vrai, bien entendue , qui est la condition matérielle de la civilisation et de l'éducation. La question ainsi posée , il nous est aisé de conclure ce que nous avons à faire pour notre bien : nous avons à entreprendre cette
nature difficile , à nous la concilier pour ainsi dire à force d'art et de travail , à nous la rendre meilleure, plus douce , plus prospère; nous avons à en obtenir, par zèle et par patience , les bienfaits que d'elle-même elle ne nous aurait pas accordés; et quand nous l'aurons sollicitée avec tant d'in-» stance et de persévérance ^ nous serons cert(;s bien malheureux, si nous n'obtenons pas comme prix de nos soins et de nos efforts, à défaut de l'abondance^ au moins le nécessaire. II n'y a guère de lieu au monde , si triste et si dépourvu , qui ne finisse par produire et avoir quelque valeur entre les mains de l'homme actif , dont la constance et l'énergie sont durables et intelligentes. Mais si , malgré tout, son industrie est vaine et inféconde » et qu'il ne puisse vivre sur un sol qui ne lui rend pas en richesse ce qu'il lui donne en travail^ c'en est assez , qu'il ne demeure pas là où toute espérance lui est ôtée ; qu'il lève sa tente , et porte ailleurs, dans une contrée plus favorable l'expérience et le génie qu'il a déployés sans fruit sous ce ciel sourd à ses vceux ; qu'il émigré et cherche au loin une patrie à ses destinées : sa place n'est pas là où il n'y a pour lui que détresse, misère et péril de mort. Ainsi font tous les peuples qui, jetés sur une terre aride et désolée , et inquiets de leur avenir , les yeux sur leur étoile, d'instinct ou par raison , se portent vers des contrées plus favorables à leiM's vœux et meilleures à leurs besoins. Ainsi ui. 15
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s'eipliqtteat ces grands otouyeinens, tantôt plus providentiels , tantôt plus libres et plus intelligens , que Fiiuinamté , à toutes les époques et à toutes les phases de son histoire , accomplit , d'un point du globe à l'autre , par populations ou par tribus : rejetée par «ne nature sévère et inexorable , elle recourt à une nature plus libérale et plus riche ; elle se tourne vers la bonne nature et lui demande refuge, sécuritéetbien-étre. Mais si le monde , au lieu d'être pour nous simplement stérile et' improductif , nous est nuisible et dangereux , s'il déchaine contre, nous ses puissances -malfaisantes et nous assiège de ses fléaux , s'il soulève les flots et les pousse contre nos demeures , s'il éclate en tempêtes , en volcans et en tremblemens de terre , s'il nous jette la peste, la maladie , la mort ; assaillk par tant de maux , que devons-nous faire pour nous en préserver ? — Aux temps de la primitive humanité, à ces àg^ d'ignorance, d'inexpérience et de pauvreté , l'âme saisie et tremblante , impuissans à lutter e<mtre des forces si terribles, petits et misérables devant ces gigantesques ennemis, les voyant grands comme Dieu , y voyant Dieu lui-même dans tout l'éclat de ses vengeances , nous aurions pu , en nos faibles coeurs, prendre une peur infinie et nous abîmer dans la religion de la crainte et du désespoir , ou , mieux inspirés dans notre foi , attendre un retour de la Providence , espérer et
prier. Mais dans tous ces cas, qu^aurions^DOus îaH ? qu'aurionsHiOtts opposé dan« notre infir* mité naUre^ à ces immenses débordemens et à ces prodigieuses révoluti<ms d'une, nature indomptée ? Nous aurions M réduits à nous prOA^ terner> ou à nous débattre sans sdcoès «ous les co«ps qai nous auraient frappés.
Mais aujourd'hui qu'après des ^ècie& de civiikation et de progrès , éclairés , instruits , rii^tes d'art et d'ittdustrie, aoeoutumës au combat , et nous fiant à la vietoêre^ nous n'avons plus à nous déltendre , faibles , nus et désarmés , oon<^ tre ces causes redoutables, notre mission est changée , et ce n'est pluaqise dans quelques rares et prodigieuses conjonctures que nous avons tout simplement à laisser faire et à noiïs résigner. B^ordinaire il nous appartient , c'est notre tâche et notre devoir, de tenir bon devant le péril tk de l'affronter a?ec courage , vigueur et habileté. Nous avons contre l'océan et «es vagues efO. tu^multe , le génie du marin qui le monte comme un coursier , se joue de «es fureui^ , et à travers les orages , se fait porter à son gré d'un bout du globe à l'autre ; et voilà d^à une victoire. Venise et la 9ollande nous apprennent comment on contient et- on gouverne ia puissance de l'inondation , ooittment on l'a autour de soi sans en souffrir ni la craindre , comment même on la tourne à son profit et à sa grandeur. Nous sa-